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Casa emprunte à son insu deux milliards de DH : Pourquoi faire ?


Légal ou pas légal, le prêt contracté par les édiles ?



Le prêt accordé au Conseil de la ville de Casablanca par la Banque mondiale continue de susciter la polémique. Cette fois-ci, c’est l’Association Attac-Maroc qui a ouvert le feu sur les élus de la ville qui ont approuvé, le 13 juillet dernier, une demande officielle de prêt de 200 millions de dollars, soit l’équivalant de près de 2 milliards de DH. Elle a qualifié ce projet de prêt qui devrait entrer en vigueur en 2016 de « dangereux »  puisqu’il risque d’aggraver davantage la situation des finances de la commune urbaine et d’hypothéquer l’avenir de la métropole.  
Attac estime que cet emprunt a été demandé dans des conditions douteuses  et controversées.  « Il faut d’abord préciser que l’opération de prêt en cours de réalisation a été menée hors de tout cadre légal. En fait, les collectivités locales ne sont pas habilitées à contracter des prêts auprès des institutions financières mondiales comme la Banque mondiale ou la BAD par exemple », nous a expliqué Salah Lemaizi, membre de l’Association Attac avant de poursuivre  : «C’est la première fois qu’une commune marocaine contracte un emprunt directement auprès de la Banque mondiale. Une situation des plus incompréhensibles puisque les négociations entre le Conseil de la ville et les responsables de celle-ci ont été entamées en février dernier en présence du ministre des Finances et de l’Economie ». 
Mais, il n’y a pas que ce détail qui pose problème. « Ce projet de  prêt a été adopté par la commission des finances du Conseil en présence de cinq élus seulement et à quelques jours de la fin de leur mandat. Pis, la décision a été prise à la hâte sans consultation avec l’ensemble des édiles de la ville et sans en approfondir les tenants et les aboutissants», nous a précisé notre source. Des propos qui nous ont été confirmés par plusieurs édiles de la ville qui nous ont déclaré que ce projet de prêt a été conçu et mis en œuvre avec une totale omerta. « Nous n’avons été consultés par personne. Seuls le président du Conseil et ses proches ont été dans le secret des dieux », nous a déclaré Abdelhak Al Mabchour, élu USFP (opposition) au Conseil de la ville. 
Pourtant, l’enjeu est de taille. Ledit prêt représente 50% du budget du Conseil et risque d’aggraver l’endettement extérieur de l’ensemble des communes marocaines, qui ne dépasse pas les 280 millions de DH. Ceci d’autant plus que le service de la dette grève déjà le budget de la capitale économique. 125 millions de DH ont été consacrés à cette rubrique dans le budget de 2014 pour honorer les intérêts d’anciens prêts.  Un montant en progression de 68% par rapport à 2011, précise un communiqué d’Attac. « Le comble, c’est que pour faire passer la pilule,  les défenseurs du projet n’ont pas trouvé mieux que de mettre en avant son faible taux d’intérêt (1,29%) par rapport au taux pratiqué par le Fonds d’équipement communal (6,5%). Pourtant, la réalité est autre.  Elle a trait au fait que le taux d’endettement de Casablanca a atteint les lignes rouges alors que la qualité de sa gestion demeure déplorable », a souligné notre source. 
Le référentiel idéologique de la Banque mondiale suscite également l’inquiétude d’Attac-Maroc. « Cette institution est réputée pour ses orientations idéologiques et ce prêt n’est qu’une porte ouverte devant ses responsables pour mettre en œuvre leurs programmes.  D’ailleurs, ce prêt qui s’étale sur cinq ans, est conditionné par l’application de réformes ayant trait à la « modernisation de l’administration fiscale locale», ainsi qu’à l’«amélioration de la gestion des RH,  du climat des affaires au profit des promoteurs immobiliers et de la propreté de la ville». On n’y parle nullement d’amélioration de la mobilité, de la culture, de l’emploi, de la santé. En d’autres termes, il s’agit de mesures destinées d’abord à satisfaire les exigences des hommes d’affaires et non pas des résidents casablancais », nous a confié  Salah Lemaizi. Un état de fait des plus absurdes puisque ce n’est pas la première fois que les Casablancais bénéficieront de «l’expertise» de la Banque mondiale. La mise à niveau du secteur des déchets ménagers et des décharges a, en effet, reçu un financement de cette institution en 2009. Tout le monde est unanime à dire que les résultats de ce programme sont catastrophiques, a indiqué un communiqué d’Attac-Maroc.   
Face à cette situation, l’association appelle au rejet de ce projet de prêt et de ce qu’il comporte comme conditionnalités et exige aussi la réalisation d’un audit de la dette de la ville de Casablanca et de son budget tout en demandant le recouvrement des créances dues à la ville  estimées à 3,7 milliards de DH. 
 

Hassan Bentaleb
Mardi 4 Août 2015

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