Avant les Oscars, Juliette Binoche souligne "la force" du palmarès de Cannes

Lundi 16 Février 2026

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Aux yeux de Juliette Binoche, pas besoin d'aller chercher des explications compliquées pour comprendre l'influence croissante du Festival de Cannes sur les Oscars. Plus que les réformes pour diversifier l'Académie, l'actrice y voit la puissance de l'art.
"C'est la force des films qui fait leur succès", confie à l'AFP la dernière présidente du jury cannois, lors d'un entretien à Los Angeles.

Les neuf juges dont elle faisait partie sur la Croisette au printemps ont rendu un verdict qui a pris des allures de prophétie, lorsque l'Académie a dévoilé sa sélection en janvier: le dernier cru cannois cumule 19 nominations aux Oscars.

Le Grand prix du festival, "Valeur Sentimentale", et le prix de la mise en scène, "L'Agent Secret", sont notamment en lice pour l'Oscar du meilleur film, tandis que le prix du jury, "Sirat", et la Palme d'Or, "Un simple accident", leur tiennent compagnie dans la catégorie meilleur film international.

"C'est parce que les films sont très beaux, très singuliers, forts, qu'ils vont parfois à contre-courant", poursuit l'actrice, modeste sur la portée des choix de son jury.
"C'est pas difficile non plus de reconnaître les films qui ont leur propre force", assure la comédienne, qui en connaît un rayon en matière de prix - outre son Oscar pour "Le Patient Anglais", elle a aussi été sacrée à Venise, Berlin et Cannes.

Pas de juste valeur

Les Oscars et Cannes ont longtemps cultivé leurs différences, avec d'un côté une Académie friande de blockbusters américains, et de l'autre un festival attentif au cinéma d'auteur, volontiers politique.

Mais depuis l'intégration de nouveaux votants internationaux après la polémique #OscarsSoWhite en 2015, leurs goûts convergent et Cannes accentue son rôle précurseur avant la cérémonie hollywoodienne.

Lors des cinq dernières éditions, deux films ont obtenu à la fois la Palme d'Or et l'Oscar du meilleur film: "Parasite", du Sud-Coréen Bong Joon-ho, et l'an dernier "Anora", de Sean Baker, coqueluche du cinéma indépendant américain.

Rarissime, l'exploit ne s'est produit que quatre fois en huit décennies, et reste impossible cette année. "Un simple accident", n'a pas été nommé dans la catégorie meilleur film.
Est-ce à dire que cette oeuvre, où le dissident Jafar Panahi met en scène les querelles d'ex-manifestants iraniens passés par la prison, concernant le sort qu'ils souhaitent réserver à leur ancien geôlier, n'est pas appréciée à sa juste valeur?
"Il n'y a pas de juste valeur, ça ne veut rien dire, parce qu'un film appartient à lui-même", évacue Juliette Binoche.

"Evidemment on pourrait critiquer en disant: c'est pas tout à fait bien joué, c'est pas des acteurs qu'on a l'habitude de voir, parce qu'il a pris d'abord des non-acteurs", concède-t-elle.
Mais son émoi reste immense pour ce cinéaste "qui a écrit ce scénario en prison en Iran, qui a fait la grève de la faim", et qui montre "un espace (...) de réconciliation avec son bourreau".

Changer des vies

Le plus important pour elle dans un film, "c'est que ça change des vies, ça change des consciences".
L'artiste de 61 ans promeut d'ailleurs actuellement son premier film en tant que réalisatrice, chronique d'une expérience qui a profondément marqué la sienne.
Avec "En nous", elle revient sur la préparation du spectacle de danse qu'elle a co-créé en 2008 avec le chorégraphe britannique Akram Khan, et dont les 120 représentations lui ont appris à "affronter (s)es peurs".

"Chaque fois, je croyais que j'allais mourir", se souvient-elle.
Les images des répétitions, montées par ses soins, invitent le spectateur dans l'intimité de la création artistique, entre une actrice qui s'épuise à la recherche du mouvement juste, et un danseur en quête du ton adéquat pour verbaliser ses émotions.

Avec ce documentaire, Juliette Binoche a appris que le métier de réalisatrice "n'est pas si différent" de celui d'actrice.
Dans les deux cas, "il faut être en lien avec son intuition, (...) il faut croire à ce qu'on ressent", observe-t-elle.
Après avoir joué dans une soixantaine de films, elle caresse désormais l'idée d'en réaliser un autre.
A quel sujet ? "Je ne peux pas vous en dire plus", sourit-elle.

Libé
Lundi 16 Février 2026
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