Au Nigeria, des miliciens nigérians et béninois tuent une quarantaine d'éleveurs peuls


Libé
Dimanche 3 Mai 2026

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Une milice nigériane opérant aux cotés de l'armée, ainsi que des miliciens venus du Bénin voisin, ont tué une quarantaine d'éleveurs peuls, accusés d'être des informateurs du groupe jihadiste Ansaru, lors d'une attaque jeudi dans le centre du Nigeria, ont indiqué dimanche à l'AFP des sources locales.
 
L'attaque a eu lieu dans l'Etat du Niger, au centre du pays le plus peuplé d'Afrique. Né d'une scission en 2021 avec les jihadistes de Boko Haram, Ansaru s'est depuis allié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
 
Les miliciens nigérians du district voisin de Bussa ont attaqué des campements d'éleveurs peuls autour de Kabe, dans le district de Borgu, ont indiqué ces sources locales.
 
Ils ont arrêté de jeunes hommes soupçonnés d'être des informateurs d'Ansaru et ont abattu ceux qui résistaient, ont déclaré les mêmes sources. Ils "ont tué 41 informateurs présumés d'Ansaru lors des raids, au cours desquels de nombreux autres ont été arrêtés", a déclaré Ahmad Ali, un chef communautaire du village voisin de Konkoso.
 
"C'était une opération conjointe entre les miliciens communautaires et ceux du Bénin voisin, avec l'aide de soldats nigérians", a affirmé Ahmad Ali.
 
Un porte-parole de l'armée nigériane a refusé de commenter pour l'instant.
 
On ignorait si l'armée béninoise était au courant de l'opération ou y avait pris part. Un porte-parole de l'armée béninoise n'a pas répondu à une demande de commentaire.
 
L'Etat du Niger se situe dans une vaste zone du centre et du nord-ouest du Nigeria qui, depuis des années, est terrorisée par des bandes de voleurs de bétail et de ravisseurs, localement appelés "bandits", qui attaquent différentes communautés, tuent des habitants et pillent les maisons.
 
Ces dernières années, des groupes jihadistes menant une insurrection depuis dix-sept ans dans le nord-est du pays se sont également établis dans l'Etat de Niger, région agricole mais aussi riche en or. La coopération ponctuelle entre "bandits" et jihadistes suscite l'inquiétude des observateurs.
 
Le recrutement de Peuls (appelés Fulanis au Nigeria) par des groupes jihadistes dans le Sahel voisin a déclenché des représailles meurtrières, menées par les forces gouvernementales et des milices, contre des civils peuls dans ces pays.
 
Selon des spécialistes, ces représailles pourraient se retourner contre leurs auteurs en poussant certains Peuls à rejoindre des groupes jihadistes pour assurer leur propre sécurité.
 
Au Nigeria, la présence de Peuls au sein des bandes de "bandits" a parfois conduit les autorités à fermer les marchés au commerce du bétail, impactant de plein fouet la communauté peule qui compte de nombreux éleveurs. Les Peuls sont eux-mêmes souvent victimes de groupes armés.
 
Une source humanitaire apportant une aide aux communautés déplacées par la violence dans la région a avancé un bilan légèrement inférieur, de 38 morts, en accusant des "miliciens d'autodéfense du Nigeria et du Bénin".
 
Un habitant de Kabe nommé Abubakar, qui a refusé de donner son nom de famille, a déclaré que l'opération était un "raid préventif" faisant suite aux menaces des éleveurs peuls de perturber les activités agricoles dans la zone, après le récent meurtre de deux de leurs proches accusés d'être des informateurs d'Ansaru dans la communauté voisine de Sabalunna.
 
En représailles au meurtre de ces deux personnes, Ansaru a attaqué et incendié Sabalunna, avertissant "qu'ils ne toléreraient jamais le meurtre de leurs gens", a dit Abubakar, qui a confirmé le bilan de 41 morts.
 
"Les éleveurs peuls ont ouvertement menacé de perturber les activités agricoles pendant cette saison des pluies en attaquant les paysans lorsqu'ils travaillent dans leurs champs en brousse", a-t-il déclaré.
 
Les campements d'éleveurs ont été désertés, les bergers ayant fui la région avec leur bétail, selon des sources locales.

Libé
Dimanche 3 Mai 2026
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