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​Sous Ramid, les tribunaux d’inquisition vont-ils ouvrir leurs portes ?

Plainte contre la chanteuse Zina Daoudia




​Sous Ramid, les tribunaux d’inquisition vont-ils ouvrir leurs portes ?
Zina Daoudia, la chanteuse populaire qui donne un grand  coup de pied dans la fourmilière des conservatismes, a-t-elle imaginé un seul instant que son dernier titre «3tini saki» pourrait la conduire devant les tribunaux? La sulfureuse chanteuse de chaâbi vient de faire l’objet d’une plainte déposée, semble-t-il, par plusieurs dizaines de citoyens auprès du tribunal de première instance de Casablanca, pour «incitation à la débauche et apologie de la prostitution». Objet du délit? «3tini saki», le tube du moment qui passe en boucle à la radio et sur le web où il a enregistré près de 2 millions de vues, a été jugé comme un appel à la prostitution et à la débauche par ces oreilles chastes qui ont décidé d’ester en justice et de traîner devant les tribunaux une chanteuse, chikha des temps modernes.
Pour les plaignants, «3tini saki» est une chanson «trop osée et provocatrice». Les paroles, arguent-ils, sont en contradiction avec la morale et les valeurs de la société marocaine. Et ils vont plus loin, ces citoyens gardiens de la société et de ses valeurs qu’ils ont, eux, proclamées, Zina Daoudia mérite d’être sanctionnée pour avoir chanté un tel texte qui plus est, rencontre un succès insoupçonné dépassant le public habituel de la jeune femme. C’est donc contre elle que la plainte a été déposée. Ces valeureux citoyens qui demandent dans la foulée l’interdiction de diffusion de la chanson composée sur une musique «khaliji» entendent que cette artiste populaire soit poursuivie pour «incitation à la débauche et apologie de la prostitution». L’accusation est grave, lourde de conséquences et, surtout pose question quant à la liberté de création.

Personne n’a le droit 
de dicter une grille de 
valeurs aux créateurs

Reprenons depuis le début et revenons au texte objet de l’ire de ces citoyens. Dans «3tini saki», Zina Daoudia chante l’amour et la séduction. Elle le chante à sa manière, en faisant de la «Zina Daoudia», c’est-à-dire avec excès, sans langue de bois, ni tartufferie. Exactement comme les chikhates, il y a plusieurs décennies, qui célébraient l’amour libre et la chair sans que la société marocaine n’y voie débauche ou prostitution.  «Un artiste hume l’air du temps. Il a le devoir d’être en connexion avec la société dans laquelle il évolue. Zina Daoudia est dans son temps, avec son ton et sa façon d’être exubérante. 
Ce n’est pas forcément de bon goût, c’est parfois scato. Sauf que cette chanteuse est libre de faire de tels choix. Personne n’a le droit de dicter une grille de valeurs aux créateurs. Parce que l’art transcende cela justement. Si certains pensent qu’elle fait allusion à ces Marocaines qui se prostituent, ce n’est pas en faisant condamner Daoudia qu’ils vont arrêter le phénomène de la prostitution dans notre pays et qui concerne aussi bien les femmes que les hommes!», s’exclame cet artiste engagé.
Selon certaines informations, la plainte contre Daoudia a d’ores et déjà été déposée.  Les tribunaux d’inquisition vont-ils ouvrir leurs portes sous l’ère d’un ministre de la Justice islamiste, connu pour ses positions rigoristes et fervent avocat de la peine de mort? «Il ne faut surtout pas oublier que dès leur arrivée au pouvoir, les islamistes du PJD ont fait des déclarations fracassantes sur l’art propre. Ce qui signifie qu’il y aurait à leurs yeux des créateurs et des artistes halal et d’autres qui ne le seraient pas. 
Ce qui s’est passé dernièrement avec Exodus, le dernier film de Ridley Scott, qui a été interdit puis censuré au nom de la religion témoigne fortement de cette tentation de vouloir encadrer la société, de formater les goûts culturels des citoyens et leur dire ce qui est bon ou pas à écouter, à voir et à lire. Il faut être très vigilant car la culture est au cœur de tout projet de société», fait valoir cette cinéaste qui a déjà eu maille à partir avec les conservateurs. 

Narjis Rerhaye
Jeudi 29 Janvier 2015

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