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​Le ministre de l’Emploi prend des vessies pour des lanternes

Selon Abdeslam Seddiki, le Maroc aurait déjà atteint les OMD




​Le ministre de l’Emploi prend des vessies pour des lanternes
Abdeslam Seddiki, ministre de l'Emploi et des Affaires sociales, est un homme optimiste indécrottable. Il estime que le Maroc a atteint avant l’heure, à savoir 2015, l’ensemble des «Objectifs du millénaire pour le développement» (OMD) visant à lutter contre la faim et la pauvreté, à améliorer l’éducation, la santé, à combattre les violences et les ségrégations dont sont victimes les femmes, et à préserver l’environnement. Seul la cible «égalité entre homme et femme» demeure irréalisable, a-t-il néanmoins concédé à l'agence de presse turque Anatolie en  marge d’un congrès tenu samedi dernier à Inezgane. 
Pourtant, Abdeslam Seddiki n’ignorait pas ou a fait semblant de ne pas savoir que malgré les progrès accomplis par le Royaume dans la réalisation des OMD, une bonne partie de ces objectifs ne sera atteinte qu’après 2015 ou ne sera tout simplement pas atteinte à temps. 
En effet, si le Maroc a pu éradiquer  l’extrême pauvreté et la faim et qu’il est parvenu à améliorer le taux net de scolarisation  des enfants âgés de 6 à 11 ans ainsi que le taux d’alphabétisation des jeunes de 15-24 ans et même s’il a réussi à faire baisser le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans et le taux de mortalité maternelle, d’autres cibles ne seront probablement pas atteintes d’ici 2015 voire même après cette échéance.  
C’est le cas de la cible 1.b concernant le plein-emploi qui ne sera probablement pas atteinte par aucun pays de la région du Maghreb vu la crise économique actuelle et les effets des changements politiques survenues récemment. 
C’est le cas également pour la réduction des différentes formes d’inégalités dont celles liées au revenu, à l’espace géographique et au sexe qui constituent des défis majeurs des OMD, ainsi qu’à la dégradation de l’environnement et à la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies qui figurent aussi parmi les défis à relever. 
Même les objectifs qui peuvent être atteints avant 2015,  le Royaume  a du mal à les réaliser. Notamment celui afférent à la mortalité maternelle. Si le ratio de celle-ci a diminué de près de 66% en 20 ans, passant de 332 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes en 1992 à 112 décès en 2010 et que le niveau de mortalité infanto-juvénile a été réduit de 84 en 1992 à 30 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2011, soit une réduction de 64%, le Royaume semble loin d’avoir tenu ses engagements internationaux relatifs à la diminution de deux tiers des décès infanto-juvéniles (OMD 4) et des trois quarts des décès maternels (OMD 5) par rapport aux chiffres de 1990. Effectivement, chaque jour, deux femmes et 54 enfants de moins de cinq ans meurent (dont 51 avant l’âge d’un an et 33 avant leur 1er mois de naissance).  Le pays doit, en effet, atteindre en 2015 un taux de 83 décès pour 100.000 naissances vivantes en matière de mortalité maternelle et de 25 décès infanto-juvéniles pour 1.000.
C’est le cas aussi pour la 7ème cible des Objectifs du millénaire pour le développement qui consiste à réaliser une amélioration significative des conditions de vie d’au moins 100 millions de bidonvillois  à travers le monde avant 2020 en améliorant leurs accès à un ou plusieurs services de base.  Le Maroc enregistre  des retards considérables dans la réalisation de cet objectif comme en atteste la situation alarmante de plusieurs villes. Particulièrement dans la région du Grand Casablanca qui abrite,  à elle seule,  111.500 familles bidonvilloises, soit 12% de la population casablancaise et ou 6.837 familles attendent toujours d'être recasées dans des unités déjà réalisées. C’est le cas également de la capitale politique du pays qui comptabilise aujourd’hui près de 6.000 ménages vivant dans les bidonvilles sans compter ceux des quartiers et zones vétustes dont le nombre s’élève à 100.000. 
Ces deux villes ne sont pas les seules à afficher une situation aussi alarmante. D’autres cités sont concernées comme Kénitra et Marrakech qui souffrent du même fléau. 
Le ministre de l'Emploi et des Affaires sociales a donc crié  victoire très tôt. Une attitude qui en dit long sur  le comportement d’un gouvernement qui a excellé  dans les effets d’annonce sans, pour autant, détailler le contenu de ses réalisations.  

Hassan Bentaleb
Mardi 16 Décembre 2014

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