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​L’ONU s’inquiète de la privatisation de l’enseignement au Maroc

Le gouvernement interpellé par le Comité des droits économiques, sociaux et culturels




​L’ONU s’inquiète de la privatisation de l’enseignement au Maroc
L’ONU s’inquiète de la privatisation de l’enseignement au Maroc, si l’on en croit le document publié récemment  par son Comité des droits économiques, sociaux et culturels (CDESC).
Réagissant au rapport alternatif d’un collectif d’organisations sur cette  privatisation, le CDESC a dernièrement interpellé le gouvernement marocain.
Inquiet des conséquences qu’engendrerait la privatisation tous azimuts de l’enseignement public, le Comité de l’ONU a invité les autorités nationales à lui « fournir des renseignements sur la mise en place d’écoles privées et sur l’impact que la privatisation aurait  sur le système éducatif, en particulier pour prévenir la déperdition scolaire, les inégalités dans l’accès à l’éducation et assurer la pleine application du principe de l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous ». 
Ce n’est pas tout. Selon la Global initiative for economic social and cultural rights, une des organisations signataires du rapport alternatif de ce collectif, les experts de l’ONU souhaiteraient aussi qu’on leur donne « des renseignements sur les mesures prises pour améliorer la qualité de l’enseignement public, y compris dans le secteur de l’enseignement préscolaire ».
Il est à souligner que le Collectif, à la base de cette interpellation, est composé d’associations marocaines et internationales. En l’occurrence, la Coalition marocaine pour l’éducation pour tous, la Fédération nationale des associations de parents d’élèves au Maroc, la Global initiative for economic social and cultural rights, le Mouvement Anfass démocratiques, Bayti, l’Union des étudiants pour le changement du système éducatif, Zaynoo ainsi qu’ATTAC/CADTM Maroc. Dans leur rapport, ces organisations avaient relevé des discriminations dans l’éducation générées par la croissance anarchique de l’enseignement privé au Maroc et s’étaient inquiétées des risques qu’engendrerait pour les droits de l’Homme, et plus particulièrement pour le droit à l’éducation, l’adoption de partenariats public-privé (PPP) dans l’éducation.
S’inspirer des PPP tels qu’ils ont été développés au Chili n’est pas rassurant pour l’avenir de l’enseignement au Maroc, estime en substance le Collectif. D’autant plus que «le système éducatif chilien est un des plus inégalitaires au monde» et qu’il «a été un échec au point que le Comité des droits de l’enfant a récemment souligné la «ségrégation» que cause ce système, et le Chili lui-même est en train de revenir sur ce système de PPP pour redévelopper un système éducatif public fort, seul à même d’assurer une éducation de qualité pour tous», rappelle-t-on.
Il est important de souligner que le rapport soumis par ces organisations a pris également en compte les conclusions de différents travaux conduits par la CMEPT et la GI-ESCR  sur le même sujet auprès du Comité des droits de l’enfant (CDE). Celui-ci a d’ailleurs estimé que le développement incontrôlé de l’enseignement privé «a conduit au renforcement des inégalités dans la jouissance du droit à l’éducation ».
Il est à rappeler que dans ses observations finales sur le Maroc de septembre 2006, le Comité pour les droits économiques, sociaux et culturels (CDESC) avait déjà souligné «que le système d’éducation de l’Etat partie est «à deux vitesses» et noté un écart de niveau frappant entre l’enseignement public et l’enseignement privé. «Ce qui, estime le CDESC, crée des inégalités des chances à l’encontre des secteurs de la société à faible revenu ».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rôle croissant de l’enseignement privé non-régulé au Maroc et les violations du droit à l’éducation ne cessent d’inquiéter de nombreuses organisations. D’autant plus que, comme le relève le Collectif, la situation ne cesse d’empirer et que, selon les spécialistes, même la Banque mondiale, au temps de la toute puissance de James Wolfensohn et de la tristement célèbre Politique d’ajustement structurel (PAS), avait émis de sérieuses réserves sur toute éventuelle privatisation de l’enseignement fondamental. Celles-ci ont malheureusement été écartées du revers de la main. Résultat: la première COSEF a été enterrée et remplacée par une seconde mouture beaucoup plus permissive à cette lame de fond qui a conduit l’enseignement national vers les Abysses où il se trouve actuellement. 

Alain Bouithy
Vendredi 17 Avril 2015

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