Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

​En campagne sur le web, Benkirane et le PJD lancent une opération d’instrumentalisation de la Blogosphère

Une rencontre farfelue et un discours paternaliste




​En campagne sur le web, Benkirane  et le PJD lancent une opération  d’instrumentalisation de la Blogosphère
C’est sur le web que le PJD a lancé sa campagne, trois mois avant les élections communales et régionales. Le chef du gouvernement et patron des islamistes s’investit personnellement dans l’entreprise. Benkirane veut occuper le terrain digital. Ses ouailles connectées l’en ont convaincu. Mostafa El Khalfi, son ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement a fini par avoir le dernier mot. On le sait, El Khalfi est un féru des réseaux sociaux et parle volontiers de ses fans et autres followers sur sa page Facebook et son compte Twittter. Rétif jusque-là aux nouvelles technologies de l’information, Abdelilah Benkirane a donc fini par franchir très opportunément le pas… trois mois seulement avant les élections. Cela a commencé par la création de la page Facebook du chef du gouvernement et secrétaire général du parti de la Lampe, présenté modestement comme «personnalité politique ». La stratégie digitale du PJD qui a d’abord lancé un nouveau portail et une web tv se devait être portée par une « figure ». Ce sera celle d’Abdelilah Benkirane, dont les talents de communicateur populiste  ont traversé les frontières du pays.
La semaine passée, les stratèges web du Parti justice et développement passent à la vitesse supérieure.  Il n’y a pas de stratégie digitale efficace sans influenceurs. Qu’à cela ne tienne. On les réunit autour d’un déjeuner avec le chef du gouvernement himself. Une quinzaine d’influenceurs est réunie.  Pour faire bonne figure, deux ou trois profils féminins en font partie –elles n’apparaîtront d’ailleurs sur aucune photo immortalisant le déjeuner «historique». Officiellement, il s’agissait d’inaugurer la communication avec ces nouveaux médias et procéder au lancement de la page Facebook de M. Benkirane. La rencontre se voulait conviviale et devait avoir lieu au domicile personnel du chef du gouvernement.
A la toute dernière minute, le lieu de la rencontre change. Les agapes auront lieu au siège du PJD, qui se situe d’ailleurs non loin de la maison de M. Benkirane.  Plusieurs  influenceurs  sentent alors  le piège électoraliste et décident de ne pas répondre à l’invitation. «Ayant été invité à cet événement, que j’ai trouvé intéressant de prime abord, je n’ai vu personnellement aucun inconvénient à y participer et planifié d’y aller. Sauf que, surprise, la veille de l’événement, changement de dernière minute : le déjeuner ne se tient plus chez M. Benkirane mais au siège du parti ! Certains n’y verront aucun problème mais de ma part, j’ai vite fait de m’excuser auprès des organisateurs en exprimant que je n’y participe plus suite à ce changement de format», écrit Yassir Monkachi sur son blog Impulsion.info.
Il n’est pas le seul que ce changement de format dérange. Pas question non plus pour le bloggueur Badr Bouanani d’être estampillé PJD en tenant rencontre au siège du parti des islamistes. «J’ai décidé de ne pas y aller au moment où le lieu du déjeuner a été déplacé au siège du PJD, plutôt qu’au domicile d’Abdelilah Benkirane. Je ne voulais pas être catalogué comme un Pjdiste», a-t-il déclaré a nos confrères de Telquel.ma.
Le déjeuner avec les champions des réseaux sociaux s’est résolument inscrit dans une démarche électoraliste. « Sans aucune plus-value pour nous qui y avons participé», témoigne l’un des convives. 
Et quand le chef du gouvernement s’essaie à de la communication politique 2.0, il fait du Abdelilah Benkirane pur jus. «Dans nos échanges, il n’y a rien eu de consistant ou de structurant. Que des remarques farfelues, un contenu léger et un discours paternaliste», témoigne l’un des participants.  Ce qui devait être une rencontre d’échanges avec les influenceurs s’est transformé en meeting électoraliste vantant les réalisations des islamistes au gouvernement.
Une démarche électoraliste que confirmera le ministre de la Communication présent à ce déjeuner où ont été servis une salade faite maison et un tajine de pommes de terre. El Khalfi aurait même  dit tout son soutien à ces professionnels du web et invité les porteurs de projets à se rendre à son cabinet «sans rendez-vous» au cas où ils voudraient le rencontrer. 

Narjis Rerhaye
Mercredi 17 Juin 2015

Lu 791 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito









Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs