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​Akhannouch trop xénophile aux yeux des officiers marocains

Un appel d’offres avorté a failli légitimer l’embarquement de capitaines étrangers à bord des navires de pêche nationaux




​Akhannouch trop xénophile aux yeux des officiers marocains
Drôle d’appel d’offres que celui que le département de la Pêche maritime voulait  lancer en 2013. Il avait trait à la réalisation d’une étude sur le maintien de l’embarquement des officiers étrangers à bord des navires de pêche marocains. L’objectif de cette prestation consistait à déterminer s’il était justifié ou non de voir ces officiers continuer à s’embarquer en qualité de capitaines à bord des navires de pêche battant pavillon marocain et quels sont les facteurs qui militeraient en faveur de la libéralisation ou non de l’emploi de ces officiers. Les meneurs de cette étude ont été appelés également à préciser les avantages et les inconvénients de cet emploi et les risques inhérents à chacune des situations.   
Un projet d’étude qualifié d’absurde par plusieurs officiers marocains puisque la loi est claire sur ce point. En effet, le décret n° 2-60-389 du 25 février 1961 fixant les conditions requises pour commander et exercer les fonctions d'officier de pont et d'officier mécanicien à bord des navires de commerce et de pêche exige dans son article premier la nationalité marocaine. Même constat est stipulé par l’arrêté viziriel du 7 avril 1934 fixant la proportion des marins de nationalité marocaine qui doivent être embarqués à bord des navires armés sous pavillon chérifien tel qu’il a été modifié et complété par le décret  n° 2-01-1543 du 20 octobre 2006 qui dispose dans son premier article (alinéa 1) que la totalité de l’équipage doit être de nationalité marocaine quand le navire  marocain pêche dans la zone économique exclusive (ZEE). 
« On se demande quelle mouche a piqué les responsables de la direction des ressources humaines et des affaires générales  relevant du département de la Pêche maritime pour lancer une telle étude ? Ceci d’autant plus que cette dernière devait être financée par l’argent des contribuables marocains alors qu’il s’agit d’une étude lancée suite à une demande des armateurs de navires hauturiers qui cherchent   à embarquer des officiers étrangers dans le cadre de contrats d’assistance technique », nous a confié une source proche du dossier sous le sceau de l’anonymat avant de poursuivre : « Pis, le lancement de cette étude peut être considéré comme  une remise en cause du système de formation des officiers marocains dispensée dans les sept  instituts spécialisés relevant du ministère lui-même  et qui officient depuis plus de 20 ans».  
Une absurdité des plus inquiétantes puisque l’appel d’offres relatif à cette étude a été lancé en catimini. «Même nous syndicalistes, nous n’avons pas été mis au courant.  Les officiers marocains, les premiers concernés, n’ont pas, non plus, la moindre idée sur ce sujet. C’est par hasard qu’on est tombés sur une copie dudit appel d’offres», nous a déclaré Lahoucine Tris, secrétaire général du Syndicat de pêche en haute mer (SPHM) avant d’ajouter : «Cependant, cet appel d’offres a été avorté et il a été abandonné par le département de tutelle». 
Pour lui, comme pour une majorité d’officiers marocains, le lancement de cet appel n’a été qu’un round dans la guerre déclarée contre les officiers marocains par les armateurs des navires de la pêche hauturière qui dure depuis des années. « La lutte contre les équipages marocains ne date pas d’aujourd’hui. En 1993, il y a eu la note circulaire du 5 mars qui disposait que les équipages embarqués à bord des navires de pêche hauturière sont composés de Marocains à 75% afin de faciliter le recrutement de personnels étrangers», nous a précisé Lahoucine Tris, tout en estiment que cette guerre cache une autre plus virulente et fatale. C’est celle pour la préservation des ressources halieutiques nationales et contre la fuite des devises. «Aujourd’hui, les officiers marocains dérangent puisqu’ils sont plus regardants sur les méthodes de pêche utilisées et sur la préservation des ressources. Ils sont en outre opposés à la pêche illégale, à la surpêche et aux  pratiques destructrices des ressources. Mieux, ces officiers sont plus conscients de leurs droits et exigent un respect et une application rigoureuse des dispositions du Code du travail», nous a expliqué le secrétaire général du SPHM.  Un combat d’autant plus crucial que le secteur de la pêche vire  aujourd’hui vers l’anarchie et l’informel. «On assiste à une sorte de dislocation du secteur. On est en train de faire muer les entreprises de pêche structurées vers des groupements de personnes domiciliées, la plupart du temps, à l’étranger. Et les hérauts de ce processus insidieux cherchent plutôt à employer des officiers étrangers dociles et facilement licenciables. Pis, ces derniers peuvent faciliter le trafic de devises hors de tout contrôle et surexploiter les ressources sans se soucier de l’équilibre écologique marin», a conclu notre source.   

Hassan Bentaleb
Mercredi 28 Janvier 2015

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