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histoire d’Aladdin, ou la lampe mervelleuse




histoire d’Aladdin, ou la lampe mervelleuse
Aladdin écouta fort tranquillement tout ce que sa mère put lui dire pour tâcher de le détourner de son dessein, et après avoir fait réflexion sur tous les points de sa remontrance, il prit enfin la parole et il lui dit : «J’avoue, ma mère, que c’est une grande témérité à moi d’oser porter mes intentions aussi loin que je fais, et une grande inconsidérément d’avoir exigé de vous avec tant de chaleur et de promptitude d’aller faire la proposition de mon mariage au sultan, sans prendre auparavant les moyens propres à vous procurer une audience et un accueil favorable : je vous en demande pardon. Mais dans la violence de la passion qui me possède, ne vous étonnez pas si d’abord je n’ai pas envisagé tout ce qui peut servir à me procurer le repos que je cherche. J’aime la princesse Badroulboudour au-delà de ce que vous pouvez vous imaginer, ou plutôt je l’adore, et je persévère toujours dans le dessein de l’épouser.
C’est une chose arrêtée et résolue dans mon esprit. Je vous suis obligé de l’ouverture que vous venez de me faire ; je la regarde comme la première démarche qui doit me procurer l’heureux succès que je me promets. « Vous me dites que ce n’est pas la coutume de se présenter devant le sultan sans un présent à la main, et que je n’ai rien qui soit digne de lui. Je tombe d’accord du présent, et je vous avoue que je n’y avais pas pensé ; mais, quant à ce que vous me dites que je n’ai rien qui puisse lui être présenté, croyez-vous, ma mère, que ce que j’ai apporté le jour que je fus délivré d’une mort inévitable, de la manière que vous savez, ne soit pas de quoi faire un présent très agréable au sultan? Je parle de ce que j’ai apporté dans mes deux bourses et dans ma ceinture, et que nous avons pris, vous et moi, pour des verres colorés : mais à présent je suis détrompé, et je vous apprends, ma mère, que ce sont des pierreries d’un prix inestimable qui ne conviennent qu’à de grands monarques.
J’en ai connu le mérite en fréquentant les joailliers, et vous pouvez m’en croire sur ma parole. Toutes celles que j’ai vues chez nos marchands joailliers ne sont pas comparables à celles que nous possédons, ni en grosseur, ni en beauté, et cependant ils les font monter à des prix excessifs. À la vérité, nous ignorons, vous et moi, le prix des nôtres ; mais quoi qu’il en puisse être, autant que je puis en juger par le peu d’expérience que j’en ai, je suis persuadé que le présent ne peut être que très agréable au sultan. Vous avez une porcelaine assez grande et d’une forme très propre pour les contenir; apportez-la, et voyons l’effet qu’elles feront quand nous les y aurons arrangées selon leurs différentes couleurs. »
La mère d’Aladdin apporta la porcelaine, et Aladdin tira les pierreries des deux bourses et les arrangea dans la porcelaine. L’effet qu’elles firent au grand jour, par la variété de leurs couleurs, par leur éclat et par leur brillant, fut tel que la mère et le fils en demeurèrent presque éblouis. Ils en furent dans un grand étonnement, car ils ne les avaient vues l’un et l’autre qu’à la lumière d’une lampe.
Il est vrai qu’Aladdin les avait vues chacune sur leur arbre comme des fruits qui devaient faire un spectacle ravissant ; mais comme il était encore enfant, il n’avait regardé ces pierreries que comme des bijoux propres à s’en jouer, et il ne s’en était chargé que dans cette vue et sans aucune connaissance. Après avoir admiré quelque temps la beauté du présent, Aladdin reprit la parole :
« Ma mère, dit-il, vous ne vous excuserez plus d’aller vous présenter au sultan sous prétexte de n’avoir pas un présent à lui faire : en voilà un, ce me semble, qui fera que vous serez reçue avec un accueil des plus favorables. » Quoique la mère d’Aladdin, nonobstant la beauté et l’éclat du présent, ne le crût pas d’un prix aussi grand que son fils l’estimait, elle jugea néanmoins qu’il pouvait être agréé, et elle sentait bien qu’elle n’avait rien à lui répliquer sur ce sujet. Mais elle en revenait toujours à la demande qu’Aladdin voulait qu’elle fît au sultan à la faveur de ce présent ; cela l’inquiétait toujours fortement :  « Mon fils, lui disait-elle, je n’ai pas de peine à concevoir que le présent fera son effet, et que le sultan voudra bien me regarder de bon oeil; mais quand il faudra que je m’acquitte de la demande que vous voulez que je lui fasse, je sens bien que je n’en aurai pas la force et que je demeurerai muette. Ainsi, non seulement j’aurai perdu mes pas, mais même le présent, qui selon vous est d’une richesse si extraordinaire, et je reviendrai avec confusion vous annoncer que vous serez frustré de votre espérance. Je vous l’ai déjà dit, et vous devez croire que cela arrivera ainsi. « Mais, ajouta-t-elle, je veux que je me fasse violence pour me soumettre à votre volonté, et que j’aie assez de force pour oser faire la demande que vous voulez que je fasse, il arrivera très certainement ou que le sultan se moquera de moi et me renverra comme une folle, ou qu’il se mettra dans une juste colère dont immanquablement nous serons, vous et moi, les victimes. »
(A suivre)

Libé
Jeudi 12 Septembre 2013

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