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Zahra Azz, l'homme a ébranlé ma vie depuis mon enfance

Ma peinture est, à juste titre, un univers de la femme libre




Elle est parmi les artistes plasticiennes qui ont gravé leurs noms en dehors des grands circuits traditionnels. Aicha Azz donne une image concrète à un imaginaire constitué de faits et d’effets quotidiens. Il s’agit d’une nouvelle vision de la femme, un nouvel horizon qui fait appel à une autre culture où la femme est citoyenne à part entière. Une appropriation du corps et du destin …. Toute une cause.
Entretien.


Libé : Quelles sont les difficultés pour un artiste qui entend travailler sur le corps de la femme?
 Aicha Azz : Au-delà des cercles fermés, au-delà des tabous, je me dévoue au corps de la femme. La révolte de ma femme nue, un sujet tentateur et métaphorique qui révèle toute une vérité cachée. Quelles que soient les écluses auxquelles je peux faire face, mes peintures sont une mission contre ma discrimination féminine qui frôle le nudisme de la femme. L'âme et le langage mystérieux sont pour moi une vision nostalgique. J'aborde ainsi tous les obstacles face aux processus de modernisation et de démocratisation. Ma peinture, dite "naïve", ne peut que refléter la force du corps de la femme. Après la perte de mère, ma grand-mère m'a souvent répétée : "Ma fille, ton corps t'appartient".

Ressentez-vous le poids de la culture et de la tradition dans votre approche artistique du corps féminin ?
La danse des couleurs, le crissement de mon pinceau, toute une libération intérieure d'un poids de frustration contre les préjugés sur la femme. Lorsque je peins, mon corps se détache de mon âme et je fais appel inconsciemment à ma culture marocaine. Toutes ces femmes paysannes et traditionnelles me font voyager dans le temps de mes ancêtres et de mes origines. L'allégorie du corps de la femme reflète la culture marocaine qui me reflète également.

Comment arrivez-vous à concilier exigences sociales et culturelles et impératifs artistiques?
En ce qui concerne les exigences sociales, culturelles et impératifs artistiques, ma créativité n'a pas de critère. La nuit est ainsi mon refuge sacré face à toutes ces contraintes. Lorsque je peins, je me reconnais à travers le contraste des couleurs qui reflète un monde paradisiaque et libre de la femme. Lorsque je peins, je trouve dans la sensibilité subjective du corps une expression idéale. Je vise à transgresser les frontières qui séparent les différentes connotations qui forment le vaste univers du corps.

Entre différentes couleurs, lumière et obscurité, comment voyez-vous le corps de la femme?
Ma peinture est, à juste titre, tout un univers de la femme libre. A mon avis, le corps féminin vise à affronter toutes les frontières par sa bonté, son amabilité et son intelligence. A coup sûr, le signe de la libération de la femme est un lien entre l'obscurité, les couleurs et la lumière.

N’avez-vous jamais été impressionnée ou du moins influencée par la forte présence du corps masculin dans l’espace arabo-musulman dans vos travaux ?
En toute sincérité, je suis inconsciemment influencée par la présence du corps masculin dans quelques-unes de mes œuvres. L'homme a ébranlé ma vie depuis mon enfance grâce à la présence d'un confident qui jouait le rôle de ma défunte mère, mon père.

Dans quelle mesure, le travail sur le corps féminin peut-il contribuer à la progression de l’idée de modernité, selon vous ?
A travers mes œuvres, je vise le changement de la mentalité arriérée, et "débile" de ceux et celles qui considèrent le corps de la femme uniquement comme un objet sexuel. Cette femme qui représente l'esprit d’une société moderne et participe au développement de son patrimoine. Je symbolise ainsi ce monde féminin à travers des indices (tête, seins, silhouette...) qui animent plusieurs possibilités de vision, d'approche et de lecture. Il s'agit, sans prétention, d'œuvre ouvertes qui indiquent des voies vers la liberté de la femme.

Jusqu’à quel niveau êtes-vous débarrassée de la vision orientale et exotique du corps  féminin ?
Mon esprit n'est pas limité par une quelconque vision ou tabou. Mes œuvres témoignent de simplicité, d’un monde au-delà de l'exotisme et du sensualisme. Ce sujet de corps tatoués et tentateurs n'est en réalité qu'une approche personnelle de l'amour comme l’une des voies possibles de la connaissance.

Entretien réalisé par Mustapha Elouizi
Vendredi 19 Août 2016

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