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Yanis Benabdallah : C’est toujours un plaisir de jouer avec son frère mais j’essaie de faire mon propre parcours et lui le sien




Yanis Benabdallah : C’est toujours un plaisir de jouer avec son frère mais j’essaie de faire mon propre parcours et lui le sien
Les concerts en famille constituent une véritable tradition du Printemps musical des alizés. Pour 
sa 14ème édition, Marouan et Yanis 
Benabdallah ont illuminé la scène de Dar Souiri.  Une performance d'exception pour ces deux frères d'origine marocaine et hongroise. 
Yanis Benabdallah, ténor lyrique, a débuté comme soliste à l'âge de 12 ans dans le Chœur d'Enfants de l'Opéra de Paris avec «La Flûte enchantée» 
et «Tosca». Après une formation 
lyrique, il devient membre de l'Opéra de Lille.  
Il obtient en 2006 le Premier Prix de chant dans 
le gala «Jeune talent français» à Monaco et arrive premier nominé «mention très bien» du concours international de l'UPMCF à Paris de 2010. 
Il a obtenu son Prix de chant à l'unanimité 
au CRR, et occupe actuellement le poste de chef 
de chœur assistant tout en donnant régulièrement des récitals dans plusieurs pays (Hongrie, Italie, Inde, France…). C’est avec son frère Marouan 
Bendaballah au piano, qu'ils ont interprété 
du Poulenc, du Liszt et du Kodaly.  
Marouan Benabdallah, habitué de la scène 
marocaine, a quitté le Royaume à l’âge de 13 ans pour poursuivre ses études musicales en Hongrie, d'abord au Conservatoire Bela Bartok 
de Budapest puis à l'Académie Franz Liszt. 
Lauréat du concours de la Radio hongroise, du Grand Prix d'Andorre, du concours Hilton Head 
et du concours Arthur Rubinstein, il s'est produit avec des orchestres tels que les philharmoniques de Bologne, de  Buenos Aires, de Venise 
et du Maroc.  C’est sur la scène de "Dar Souiri" que ces deux virtuoses ont réuni leurs talents
 pour le plus grand bonheur du public 
marocain.  Yanis Benabdallah se produisait 
pour la première fois au  Printemps musical 
des alizés et a répondu à nos questions. 
 
 
Libé : Vous avez commencé par le piano, le violon et puis la voix. Quel est votre parcours ?
 
Yanis Benabdallah : Heureusement que j’ai laissé tomber le violon (rires)! J’ai commencé avec le piano mais dans la famille, il y avait déjà Marouan qui était le surdoué dans cet instrument. Il y a eu une question d’ego, une volonté de trouver sa place dans la famille.  J’ai toujours chanté, et à l’âge de quatre ans, j’étais sous la direction de ma mère, qui est chef de chœur.  J’ai commencé à faire de la direction, du piano et des études de chant et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que la voix était mon instrument. 
 
Pourquoi la musique ? 
 
Je me suis souvent posé la question. Pourquoi est-ce que je fais de la musique et pourquoi est-ce que je veux être chef de chœur? Je me souviens que très jeune, je savais déjà que la musique serait ma vie, et notamment la direction. A 6 ans, je critiquais ma mère dans les chœurs, je me disais «elle dirige mal», «elle n’entend pas», «mais ce n’est pas comme ça»! (rires) Donc, cela est vraiment venu de moi, c’était une décision.  Au départ, je ne voulais pas faire du chant mon métier. Puis je me suis aperçu que même dans la direction, ou encore le piano, tout est lié à la voix humaine. C’est ce que j’aimais, le côté humain : tout le monde a des cordes vocales et peut chanter, et c’est cela qui m’a touché. 
 
Comment vous sentez-vous quand vous jouez ensemble avec votre frère ?
 
Nous ne jouons pas souvent ensemble et je crois que dès le départ, on a deux caractères bien trempés. Par la suite, nous avons chacun fait notre chemin. C’est toujours un plaisir de jouer avec son frère mais j’essaye de faire mon parcours et lui le sien. Quand nous jouons ensemble, il est plus dur de dialoguer, car il faut passer outre l’aspect fraternel mais il se passe une chose extraordinaire: nous nous comprenons immédiatement. Avec Marouan, nous ne répétons quasiment pas : on regarde le tempo, les respirations et après on se donne rendez-vous au concert !
 
Comment devient-on chanteur d’opéra ?
 
C’est tout d’abord une passion. J’ai commencé avec une toute petite voix, je me disais que l’opéra  n’était pas fait pour moi, car je pensais que c’était des gens qui criaient sur scène avec une voix forte! Tout le monde a des cordes vocales, une tête, un cœur et un corps ; c’est du travail et beaucoup de discipline.  Actuellement, j’occupe souvent les rôles de  «jeune premier », car la voix est liée au caractère ainsi qu’à la maturité physique et psychologique du chanteur. 
 
Maîtrisez-vous beaucoup de langues pour être chanteur d’opéra ? 
 
Il faut comprendre et savoir prononcer. L’idéal, serait de parler couramment toutes les langues. J’ai beaucoup étudié l’allemand, mais je n’ai pas encore fait d’italien, c’est dans mes projets. Nous avons commencé avec mon frère à parler trois langues : le français, le hongrois et l’arabe. En France, j’ai appris l’anglais ainsi que le chinois après mes trois ans en Chine.
 
Des personnages que souhaiteriez-vous interpréter? 
 
Don José dans «Carmen» et  Othello de Verdi sont des personnages extraordinaires. Don José demande beaucoup d’engagement physique et vocal et c’est probablement un peu tôt pour moi. Cependant, c’est un des personnages que j’aimerais beaucoup chanter.  J’aimerais aussi incarner Othello, ce Maure, qui est un personnage très passionné. Ce ne sont pas des mélodies qu’il chante mais la jalousie, l’amour de manière très intense.  A 28 ans, on est encore très frais dans sa manière de s’exprimer, et pour ces personnages, il s’agit de dégager des sentiments forts, là où la voix devient plus sombre et puissante. Cela, je ne l’ai pas encore mais Inch’allah!
 
Est-ce que vous songez à l’enseignement?
 
Oui, j’y songe beaucoup. L’année dernière, j’ai commencé un projet à Bruxelles avec une pianiste très connue, Maria Joao-Pires.  Nous sommes partis sur l’idée de créer des chœurs dans les quartiers défavorisés. J’ai fait cela pendant 3 mois. 95 % des enfants étaient marocains; ainsi, je leur parlais en arabe et je devais expliquer à leurs mères les bienfaits du chant.  J’étais dans une démarche pédagogique et dans une relation d’épanouissement avec le chant.  C’était vraiment extraordinaire comme expérience. 
 
Vous sentez-vous marocain ou hongrois ?
 
Physiquement, je suis marocain, mais de cœur je suis les deux. Toute mon éducation musicale m’a été donnée par ma mère qui est hongroise, et j’adore ce pays et sa culture. Qui plus est, je trouve que les deux pays se ressemblent beaucoup, notamment dans les rapports humains et familiaux.    

Propos recueillis par Danaé Pol
Jeudi 1 Mai 2014

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