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Yahia Hadqa, instructeur de la FIFA : “La CAF ne veut plus d’arbitres qui vont au Mondial pour faire un ou deux matches”




Yahia Hadqa, instructeur de la FIFA : “La CAF ne veut plus d’arbitres qui vont au Mondial pour faire un ou deux matches”
Parmi les grands arbitres que le Maroc a connu, figure notamment Yahia Hadqa qui s’est
brillamment distingué tout le long de son parcours national et international.
Et pourtant, qui aurait
cru que cet ancien
international juniors de cross-country, qui avait fait 6ème au Cross des Nations au Pays de Galles, deviendrait, un jour,
arbitre de football, puis expert international. Mais Hadqa, qui avait tout pour faire carrière en athlétisme, n’avait pas les moyens à l’époque (début des années soixante-dix) pour
concilier entre l’athlétisme de haut niveau
et ses études.
Aussi, avait-il rejoint la Ligue du Souss en 1974 où il avait choisi de devenir directeur de jeu. Il fit donc une brillante carrière dans l’arbitrage parallèlement
à son métier de professeur d’éducation physique dans l’enseignement secondaire. Et après s’être retiré de l’arbitrage, il suivit une formation très pointue et devint instructeur de la CAF et de la FIFA.
L’arbitrage étant sur
la sellette en cette fin de championnat où des clubs jouent leur va-tout pour remporter le titre tant convoité tandis que
d’autres font tout pour
éviter une relégation, et vu l’importance du sujet, nous avons eu cet entretien avec Yahia Hadqa.


Libé : Cette année, chaque dimanche nous apporte son lot d’erreurs d’arbitrage qui donnent lieu à de nombreuses protestations de la part des clubs lésés. Et avec une fin de saison très serrée, les choses risquent de se compliquer davantage. Quelle est votre impression à ce propos?

Yahia Hadqa : Effectivement, on proteste beaucoup ces derniers temps contre l’arbitrage. Mais si certaines protestations sont fondées, d’autres ne le sont pas. Et quoi qu’il en soit, il faut qu’il n’y en ait pas. Aujourd’hui on parle beaucoup de rajeunissement de l’arbitrage marocain, mais on a oublié d’y aller progressivement. Il aurait fallu, à mon sens, continuer avec les arbitres confirmés, tout en préparant doucement, mais sûrement la relève, c’est-à-dire, lancer au fur et à mesure les jeunes qui sont prêts dans des matches à leur portée.
Avec l’avènement du professionnalisme au Maroc, les arbitres de l’Elite 1 utilisent aujourd’hui des oreillettes pour communiquer entre eux. Est-ce que cela suffit?
La Fédération a fait beaucoup d’efforts sur le plan matériel. C’est bien, mais c’est insuffisant. Les arbitres de la CCA (Commission centrale d’arbitrage) doivent tous porter le même équipement. Il faudrait aussi que tous les arbitres de l’Elite 1 et 2 portent des oreillettes. On doit également adopter le système d’enregistrement des conversations entre les arbitres d’une part, et l’arbitre et les joueurs d’autre part. Et quand il y a contestation, on extrait la mémoire, et on l’écoute pour déterminer les responsabilités.

Qu’est-ce qui ne va pas dans le système d’après vous?

C’est la formation des arbitres qui est à revoir. Nous avons actuellement des arbitres amateurs qui officient en division professionnelle. Ce n’est pas possible. Chez nous, un arbitre s’entraîne deux fois par semaine et assiste à une réunion par semaine. Il ne peut pas faire un championnat professionnel avec ça. Il faut  donc changer de méthode de travail.

Comment faire alors?

Il faut qu’il y ait chaque mois, ou tous les deux mois, un stage des arbitres pendant cinq jours pour corriger toutes les défaillances relevées. Le médecin et l’équipe technique spécialisée (le préparateur psychologique, le préparateur physique et un entraîneur pour le système de jeu) doivent assister à ces  stages. Il faut enfin une motivation permanente des arbitres.

Qui doit assister à ces rassemblements?

Les arbitres qui se sont distingués durant la période concernée et leurs camarades de la division Elite 2 qui étaient bons durant la même période et qui rejoindront l’Elite 1. Les faibles doivent recommencer à zéro, c’est-à-dire à partir de la division Elite 2. Cela signifie qu’on ne doit prendre que l’élite du corps arbitral.

Quel regard portez-vous sur ce qui se fait actuellement dans les Ligues ?

Dans les Ligues, la formation, si l’on peut appeler ça une formation, se résume en une causerie faite le jeudi que chaque formateur fait à sa manière, suivant son niveau, et en fonction de l’assistance. Les arbitres n’ont pas où s’entraîner, et pas d’entraîneurs. Plusieurs choses doivent être revues et corrigées à ce niveau-là.
Par ailleurs, on fait appel à n’importe qui pour prendre en charge la formation  des arbitres. Il faut que les personnes qui les encadrent aient vraiment bénéficié d’une  préparation sérieuse. Il faudrait aussi que les responsables de l’arbitrage dans les Ligues et à la Fédération soient des arbitres membres des appareils exécutifs de ces dernières, et non cooptés comme c’est le cas  aujourd’hui, ce qui les expose à une éviction éventuelle à n’importe quel moment. Il est à souligner que dans  certaines ligues, le président de la Commission régionale d’arbitrage (CRA) est en même temps président de la Ligue. Il faut que les personnes chargées de l’arbitrage soient de vrais responsables.
Cependant, les ligues n’ont pas de fonds pour former les arbitres alors qu’elles ont beaucoup d’arbitres. Il n’y a pas de visibilité, pas de politique d’arbitrage et pas de réglementation en matière de recrutement des arbitres. Il y en a qui les prennent à 40 ans, d’autres à 30 ou à 25 ans.
A la Ligue du Souss, nous acceptions les élèves-arbitres à l’école à partir de 15 ans.Mais ça a changé depuis, car aujourd’hui, à 26 ans, un arbitre a déjà le niveau international. Certains pays africains ont actuellement des arbitres de 28 ans parmi l’élite internationale, alors que chez nous, ils ont 30 ans. La preuve, il n’y a aucun arbitre marocain dans la catégorie ‘’Jeunes talents’’, c’est-à-dire chez les moins de 30 ans.
Il faut donc une refonte totale de l’arbitrage, un nouveau règlement, et des cadres compétents pour l’appliquer au niveau des ligues, et surtout de la visibilité. On ne doit pas tâtonner. La Fédération va faire passer un examen aux arbitres de la CCA, et on leur a dit que tous ceux qui avaient 26 ans seraient admis à passer l’examen. C’est bien, mais encore fallait-il que les gens le sachent avant parce qu’avant, ils passaient à 30 ou 35 ans. Et maintenant, on leur dit que pour passer l’examen, il faut avoir 26 ans. On fera sûrement des mécontents. Certes, on doit rajeunir les effectifs, encore faut-il le faire progressivement.
Le véritable problème aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus d’égalité de chances, car il y a des Ligues qui n’ont pas cette catégorie d’arbitres. Prenons l’exemple de la Ligue du Sahara qui peine à trouver des arbitres pour couvrir tous ses besoins. En amateur, les arbitres du Souss vont jusqu’à Dakhla.

Aujourd’hui, on a ramené l’âge à 26 ans, mais, est-ce que ces arbitres-là ont assez d’expérience  pour aller à la CCA, ou ne vont-ils pas y aller tout simplement pour apprendre et faire l’objet de contestations comme on en voit tous les dimanches dans les stades ?

La FIFA a travaillé sur un projet de gestion de l’arbitrage dans les associations nationales membres. Il est sorti il y a deux ans, et on commencé à l’appliquer en avril 2011. Il y est clairement dit que le président de la CCA doit être membre du bureau exécutif de sa propre fédération. On insiste également sur la création d’une direction d’arbitrage chargée de l’application de la politique de la Fédération, et où doivent travailler des spécialistes.

Et en ce qui concerne les évaluateurs?

D’abord. On n’a jamais formé les évaluateurs et les arbitres dans une même salle au Maroc. On doit d’abord faire une sélection des évaluateurs pour choisir ceux qui vont faire l’Elite. Et tout le monde doit passer par la salle d’examen. Il y a un module qu’on fait en sept jours et qu’on doit appliquer à la lettre pour ne prendre, en fin de compte,que les meilleurs.

A-t-on déjà entrepris une action dans ce domaine à la FIFA?

Oui. Car autrefois, elle ne formait que les arbitres et chaque fédération avait droit à un stage par an. Mais on s’était rendu compte qu’on avait oublié l’essentiel : les directeurs d’arbitrage, les instructeurs locaux et les équipes techniques et physiques locales qui assurent le relais dans leurs pays. Et depuis, on fait cinq jours de formation pour les arbitres et deux à trois jours pour les intervenants. On fait une vingtaine de stages comme ça.

Lorsque vous étiez en activité, vous aviez formé une nouvelle génération d’arbitres à la Ligue du Souss. Que pouvez-vous nous dire à propos de cette expérience?

De 1988 à 2001, j’ai fait de la formation à la Ligue du Souss, et j’ai beaucoup travaillé dans les écoles. J’avais une école pilote à Agadir et je leur avais inculqué tout ce que je savais. C’étaient des universitaires et des bacheliers. Je leur enseignais l’arbitrage en dehors des périodes d’examen. Pendant la deuxième année, ils jouaient en championnat de  ligue, suivaient les cours de formation, et faisaient de la pratique sur le terrain. Quand j’officiais le samedi, je les prenais le dimanche. La municipalité mettait à notre disposition un terrain (Didi, Sidine ou Al Inbiâat Sud) de 9 h à 12 h. C’était du temps du défunt président de la Ligue du Souss, Lahoucine Radif, un vrai visionnaire, qui nous avait beaucoup encouragés et soutenus dans ce domaine.

Et qu’avez-vous fait après?

J’ai ensuite commencé à travailler avec la CAF et la FIFA après avoir suivi une formation d’instructeur grâce au soutien de la Fédération qui m’a beaucoup aidé. J’ai fait beaucoup de stages avec l’UAF, l’UEFA, la CAF et la FIFA.

A votre avis, Comment peut-on remédier à tout ce qui se passe aujourd’hui dans les stades ?

Il faut d’abord que je vous dise que sans évaluation, on n’ira pas loin. On pourrait par exemple mettre à profit le partenariat qui existe entre la Fédération et la chaîne de télévision Arriadiya dans le domaine de la formation, cela servirait beaucoup le football national.

Comment ça?

Et bien avant le début de chaque saison, les instructeurs de la Fédération, en collaboration avec les techniciens de la télévision prépareraient un DVD comprenant toutes les situations arbitrales litigieuses vécues en championnat. Et lors de séances avec les médias, les entraîneurs, la DTN, l’amicale des entraîneurs, expliqueraient à tout le monde ce que dit le règlement pour chaque cas d’espèce. Ils doivent aussi en donner une copie aux clubs, et aller chez eux pour leur présenter le DVD et leur donner  toutes les explications nécessaires. Dans le championnat national, les joueurs commettent beaucoup de fautes de comportement anti-sportif (simulation, contestation, perte de temps….). Parfois des entraîneurs sont expulsés pour contestation des décisions des arbitres alors que les équipes ont besoin d’un coach sur le banc de touche parce qu’un coach dans les tribunes, ça n’a pas de sens. Je me rappelle que certains entraîneurs nationaux nous avaient beaucoup aidés dans ce domaine en parlant à leurs joueurs et en les mettant en garde.

Doit-on, oui ou non, publier les sanctions prises à l’encontre  des arbitres défaillants?

Au niveau international, la note de 8,5/10 est considérée comme un rendement standard. Aussi, l’arbitre concerné ne doit-il  pas espérer pouvoir aller loin avec une note pareille alors que les autres obtiennent des  9,2 ou 9,3. Quand un arbitre est suspendu par la CAF ou la FIFA, celle-ci avise sa fédération par pli confidentiel. Chez nous, on peut, par exemple, officialiser une sanction grave qui va durer. Et après chaque stage, on doit publier la liste des arbitres qui l’ont fait, celle des blessés et de ceux qui ont échoué au test physique. Tout le monde doit le savoir pour qu’il n’ait pas de mauvaises interprétations à ce sujet. Il faut aussi qu’il y ait de la transparence.
On doit faire un bilan à chaque étape et avoir un règlement très précis. On doit savoir quand un arbitre doit refaire le test, à combien de tentatives il a droit, et la durée de la suspension s’il n’a pas passé le test physique. A la CAF, quand un arbitre international échoue au test physique dans son pays, il n’est plus désigné pendant deux mois. Il faut reconnaître que  beaucoup de gens vivent de l’arbitrage : Ce sont des cadres et des licenciés, qui n’ont pas trouvé de travail et qui vivent de l’arbitrage. On a aussi des médecins, des avocats, des enseignants, des étudiants dans le corps arbitral. Il faut aussi reconnaître que la communication fait défaut dans ce domaine.
Ça bouge tout autour de nous, et nous, on est en train de faire du surplace. Aux niveaux arabe et africain, ça bouge beaucoup un peu partout. Il y a eu autour de nous le Printemps arabe et on n’a pas vu d’arbitres, mais nous au Maroc, on n’en a pas profité au niveau international. On a un seul arbitre de l’Elite qui est allé à la CAF (Bouchaïb Lahrache), et un seul assistant (Radouane Achik). On doit avoir des arbitres qui soient vraiment des arbitres internationaux. Il faut qu’il y ait une vraie sélection des arbitres. J’ai constaté qu’avant d’être promus au grade international, nos fédéraux sont très bons. Mais une fois arrivés, ils commencent à se relâcher par manque de motivation.

Et comment se porte l’arbitrage africain?

De mieux en mieux. Les arbitres ont beaucoup évolué sur le continent. On nous envoie dans les stages des arbitres qui jouent vraiment dans leur championnat Elite. Et lorsqu’on les revoie après, on se rend immédiatement compte du chemin qu’ils ont fait depuis. Pendant ces quatre dernières années, les arbitres africains ont vraiment profité des stages parce que les fédérations ont beaucoup investi dans l’arbitrage alors que chez nous, on a lancé des jeunes en Elite, sans préparation préalable. Et vous voyez bien le résultat. Et pourtant, c’étaient d’excellents arbitres chez les amateurs.

Quelles sont les perspectives de l’arbitrage africain?

On vise la Coupe du monde. La CAF ne veut plus d’arbitres qui vont au Mondial pour faire seulement  un ou deux matches. Elle veut des arbitres qui ont la capacité d’aller le plus loin possible comme feu Saïd Belqola. L’arbitrage africain doit rayonner partout. Et pour ce faire, on a mis tous les moyens nécessaires à notre disposition. Tous les arbitres susceptibles de figurer sur la liste sont suivis par des instructeurs et à travers la télévision. Et dès qu’il y en a un qui ne se montre pas à la hauteur, il est systématiquement éliminé.  

Propos recueillis par M’BARK CHBANI
Mercredi 16 Mai 2012

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1.Posté par TAYFI ABDELHAK le 08/04/2014 23:48
Salut à tous les lecteurs de cet article qui ont révélé les discrétions de l'arbitrage Marocain, M. Yahya s'est porté volontaire pour former de jeunes arbitres sans avoir solliciter l'aide ou le soutient des entités concérnées , mais c'est grace aux efforts qu'il a déployé avec ses assistants encadreurs ,qu'il a pu faire apparaitre des jeunes arbitres issus de son école, je dois pas vous citez les nommes, mais, c'est certain que la méthodologie de son travail sera bénéfique pour eux de pouvoir percer facilement l'avenir de l'arbitrage sur le plan Nationale, pour la ligue du Sous , est un exemple unique sur le plan national, j'apprécie bien le travail qu'effectue tout le staff de cette ligue qui m'est très aimable.
Par la même occasion, je passe mon grand boujour à tous les amis tels que , M. Abdellah ACHIRI , Yahya HADKA, la famille JIYED de père en fils, et tous ceux qui me connaissent de près ou de loin.
Pour si HADQA, il était l'homme qui tranche intelligemment lors des moments les plus durs des matchs qu'il a arbitré durant toute sa carrière.

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