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Wild West
Je n’ai eu que très rarement affaire à la police. Une fois pour demander mon chemin (ils ont été gentils), une fois parce que j’étais garé en deuxième file (ils n’ont pas été gentils) et une fois quand j’ai déménagé et qu’une petite blonde est venue sonner (plutôt gentille mais mariée). J’imagine que la police ne fait pas exception à la règle universelle des groupes humains : des gens biens, quelques personnes formidables, pas mal de cons et deux ou trois psychopathes.
Je ne connais pas bien la police. Je crois que, gamin, dans les jeux un peu brutaux de mon enfance, je préférais être le flic que le voyou ; sans doute que, quelque part, j’aimais cette idée d’être utile à quelque chose. Je me sentais mieux du côté de la loi et de la morale… Malgré tous mes efforts, je n’ai jamais été un rebelle. Je crois que ça énervait mes parents qui étaient encore tout échaudés par le Mai 68 et pour qui le policier était une sorte d’incarnation du mal, forcément crétin, forcément facho. Je ne connais pas bien la police. Je sais qu’un type avec qui j’ai jobé dans une boîte de marketing rêvait de devenir flic pour conduire des Golf GTI en mettant les Rolling Stones dans la radio. Le type était assez sympa et marrant. Il citait Schopenhauer pendant qu’on encodait des enquêtes faites pour « L’univers du Cuir ». Et puis comme j’ai eu de la chance, je n’ai eu que très rarement affaire à la délinquance. Une fois, trois types un peu nerveux dans un tram, une autre fois, un braquage en bonne et due forme, flingue sous le nez, visage cagoulé. Grosse trouille. Rien d’autre. Il paraît que la police va faire grève. Une longue grève. Du quinze février au trente et un mars. Ça donne quoi, une ville sans police ? Je pourrai me garer où j’ai envie ? Je pourrai rouler à du cent dix dans les tunnels ? Je pourrai faire mes grosses courses et partir sans payer ? Je pourrai convoiter la femme de mon voisin ? Faire jouer la stéréo jusqu’à l’aube avec « Kashmir » de Led Zeppelin à 140 dB ? Oui… Je pourrai faire tout ça… Mais les autres aussi… En fait, une ville sans police, ce n’est peut-être pas si éloigné que ça d’un cauchemar, une sorte de Mad Max, une sorte de New York 1997, une sorte de Class 84 : « Les deux maux du monde sont l’ordre et le désordre, la pourriture me dégoûte et la vertu me donne le frisson », disait Alain Delon à la fin du film Mort d’un pourri réalisé par Lautner, sur un scénario d’Audiard. Pour une fois, je suis d’accord avec lui. * Ecrivain belge Samedi 6 Février 2010
Par Thomas Gunzig *
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