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Voix off : Le nouvel Hollywood




On ne cesse pas de découvrir Hollywood car tout simplement il ne s’agit pas d’un concept stable, fixé une fois pour toutes. C’est certainement un mode économique et industriel qui a fait et continue à faire ses preuves, mais c’est aussi un système d’énonciation, un système narratif avec ses codes devenus une référence universelle. Hollywood au départ, c’est un lieu, une colline dans les environs de Los Angeles puis le cinéma est venu et une notion est née renvoyant à tout un univers. Sa force réside dans sa capacité à épouser les valeurs et les mythes d’une époque. C’est une machine gigantesque qui brasse sans cesse du nouveau y compris en termes de générations. C’est la principale idée qui ressort du livre que nous présentons aujourd’hui, Le Nouvel Hollywood de Peter Biskind. Critique de cinéma américain, il collabore à plusieurs titres prestigieux comme le New York Times ou le Washington Post ; il était aussi rédacteur en chef de l’édition américaine du magazine de cinéma Première. Son livre, plus de 500 pages, publié aux éditions Le cherche midi, réédité récemment en format de poche, est une mine d’informations inédites sur un moment-clé de l’évolution de Hollywood, le tournant de la fin des années 60 et du début  des années 70, moment qui a vu justement l’émergence de ce qui va être Le Nouvel Hollywood, avec une nouvelle  génération de réalisateurs autour de noms, célèbres aujourd’hui, comme Martin Scorsese, Francis Coppola, Lucas ou Spielberg…le récit est marqué par le mode de traitement journalistique américain. C’est une investigation qui nous transporte au cœur de l’intimité de cet univers marqué par la soif d’argent, la prédominance de la drogue, de l’alcool. La démarche relève quasiment de l’archéologie puisque nous suivons au quotidien la genèse de certains films devenus cultes dans la mémoire des cinéphiles.
C’est ahurissant ce que l’on apprend par exemple sur les conflits d’ego qui ont accompagné la réalisation d’un film comme Easy reader devenu aujourd’hui film emblème de ce qui a été la révolution culturelle au sein de Hollywood. D’ailleurs, le film s’ouvre sur une métaphore, celle du tremblement de terre qui secoua la ville de Los Angeles le 9 février 1971 (il était 6h 01 du matin), d’une amplitude 6,5 sur l’échelle de Richter. Dans un hôtel quelconque de la ville, un jeune fut éjecté de son lit. A peine arrivé de New York, il vient de décrocher un job chez la Warner Bros. C’est Martin Scorsese. Il fait partie de ces têtes brûlées qui vont secouer à leur manière l’industrie du cinéma américain. L’Amérique est prise d’une effervescence culturelle, les dogmes issus des années 50 tombent à l’eau. Partout les jeunes imposent un mode de vie émancipée. La société évolue à une grande vitesse, dopée par une consommation croissante ; les changements touchent la littérature et surtout la musique qui reflète à merveille l’évolution des mœurs. Le cinéma devint le support porteur de tous les rêves : «A la fin des années 60, pour un jeune homme talentueux et ambitieux, le paradis sur terre avait un nom : Hollywood».
Un constat révélateur et qui confirme que la réussite n’a pas de secret : les jeunes gens les plus brillants de  leur génération prirent la direction des écoles de cinéma. Les élites du pays, les vedettes s’impatientent de se voir inviter au cinéma : Norman Mailer, Bob Dylan, Mick Jagger et même les Beatles. Spielberg se rappelle : “Pour la première fois à la fin des sixties, les jeunes ont eu accès à un tas de domaines autrefois réservés. Une avalanche d’idées nouvelles a déferlé sur Hollywood. Ce fut le vrai tournant».
Des films vont naître de ce foisonnement d’idées et ce brassage de personnalités : Bonnie and Clyde qui pulvérise la rigidité moralisatrice du vieux Hollywood, mais aussi Macadam Cow-boy, 2001 l’Odyssée de l’espace et Rosemary’s baby, La Horde sauvage, Easy reader, French connection, Le parrain…Un cinéma bousculant le techniquement correct, nourri d’une cinéphilie largement marquée par le cinéma d’auteur européen. Le système des personnages s’élargit pour s’ouvrir sur ceux d’en bas, ceux qui perdent ou qui rêvent ; l’intrigue devient secondaire au bénéfice du voyage intérieur. Le film est davantage un projet personnel qu’une commande des studios. Une ambiance aujourd’hui disparue, cassée par la logique du marketing primaire.  

Mohammed Bakrim
Vendredi 10 Avril 2009

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