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Violences en Grande-Bretagne : Scepticisme devant la stratégie du gouvernement




L'engagement pris lundi par le Premier ministre britannique David Cameron de mener une  "guerre totale"  contre les gangs a été accueilli avec scepticisme par les membres de communautés frappées la semaine dernière par les pires émeutes en Angleterre depuis 30 ans. Pour "éradiquer"  les gangs, "nouvelle priorité nationale", David Cameron compte notamment sur les conseils de Bill Bratton, ex-chef de la police de New York, Boston et Los Angeles, appelé comme consultant pour Scotland Yard. Le Premier ministre a annoncé qu'il voulait faire interdire par les tribunaux le port de signes de ralliement par les gangs (couleurs...), les rassemblements à certains endroits et l'utilisation de chiens d'attaque.  "Les problèmes sociaux qui couvent depuis des décennies nous ont explosé au visage», a estimé lundi M. Cameron, s'engageant à  "réparer la société cassée". Pour Sheldon Thomas, ancien membre d'un gang, aujourd'hui engagé dans le tutorat de jeunes en difficulté, la société est bien  "cassée"  comme le dit M. Cameron. " Cela fait des dizaines d'années que des gens comme moi le disent», affirme-t-il. Mais il soupçonne le Premier ministre de n'intervenir que parce que les images de quartiers aisés de Londres dévastés par les émeutes ont profondément choqué l'opinion.
 "Notre société est-elle matérialiste au point de placer les biens matériels au-dessus de la vie d'un gamin de 14 ans pourchassé par un gang, et poignardé 17 fois pour un BlackBerry?",  lance-t-il furieux. Selon lui, 700 à 800 meurtres sont imputables aux gangs au Royaume-Uni depuis dix ans, sans que le gouvernement ait apporté de réponse.  "Les gens sont en colère, ils sont frustrés. Il n'y a pas de travail, pas d'aspirations», dit-il. Patrick Regan, qui dirige l'association XLP en faveur des jeunes et a conseillé le vice-Premier ministre Nick Clegg sur les émeutes, reconnaît que la réponse est tardive.  "J'espère seulement que ce ne sera pas du colmatage et qu'on va s'attaquer au problème sur le long terme", dit-il.
Il juge peu probable que les gangs soient seuls responsables des émeutes qui ont embrasé le pays pendant 4 nuits consécutives il y a une semaine. "Ce n'étaient pas tous des jeunes, et certains ont juste sauté sur l'occasion, pris dans la dynamique du groupe", estime-t-il. Certains membres connus de gangs seraient en réalité restés prudemment en retrait, " de peur de se faire coincer par la police ", selon des autorités locales qu'il a interrogées. 170 gangs opèrent à Londres, selon un rapport de 2009 du  "Centre for Social Justice", mais Sheldon Thomas estime leur nombre plus proche de 260, avec 15.000 membres. A Glascow, en Ecosse, où un programme concerté de la police et des autorités locales a été mené contre les 170 gangs locaux, le nombre d'agressions a été réduit de presque 50% en deux ans. Les travailleurs sociaux appellent à davantage d'investissement dans des programmes de terrain, et même le  "super-flic"  Bill Bratton a prévenu que la police à elle seule ne pourrait résoudre le problème. "Cela va demander un ensemble de stratégies d'intervention et de prévention", a-t-il mis en garde.Les gangs, autrefois définis selon des critères ethniques, sont aujourd'hui plutôt liés à un territoire, souvent calqué sur le contrôle du trafic de drogue, selon un récent rapport.
Ils vont du groupe d'adolescents marginalisés à des organisations criminelles. Leurs membres recherchent à la fois une protection, un statut et de l'argent. Pour Gavin McKenna, 21 ans, ancien membre d'un gang de Newham dans l'est de Londres, " c'était une question de survie", après une enfance marquée par les violences. Il ne croit guère aux effets d'annonce du gouvernement: " Ils s'en fichent de nous". 

AFP
Mercredi 17 Août 2011

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