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Victoire étriquée et contestée pour Erdogan au référendum en Turquie

L'opposition dénonce des irrégularités et demande un nouveau décompte




Recep Tayyip Erdogan a clamé victoire au référendum sur l'élargissement de ses pouvoirs présidentiels, dimanche, saluant la "réforme la plus importante de l'histoire de la Turquie" bien que les résultats encore officieux soient remis en cause par une partie de l'opposition.
Selon Erdogan, vingt-cinq millions de Turcs, soit 51,5% des votants, se sont prononcés en faveur des dix-huit amendements, devant lui permettre de concentrer entre ses mains l'essentiel du pouvoir exécutif et de rester, s'il le souhaite, au pouvoir au moins jusqu'en 2029.
Cette victoire à l'arraché, loin du succès éclatant qu'espérait le parti islamo-conservateur de l'AKP, a été immédiatement célébrée par des milliers de partisans du président dans les rues d'Ankara et d'Istanbul, des drapeaux à la main.
La réforme constitutionnelle prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre, la possibilité pour le président de dissoudre le Parlement et de prendre certains décrets.
"Le pays a pris une décision historique", s'est félicité le chef de l'Etat devant sa résidence d'Istanbul, en insistant sur le rôle "décisif" du vote des Turcs de l'étranger.
"Pour la première fois dans l'histoire de la République, nous changeons notre système de gouvernement par la politique citoyenne", a-t-il déclaré en référence aux coups d'Etat militaires qui ont émaillé l'histoire de la Turquie. "C'est pourquoi c'est très important", a-t-il ajouté.
Le principal parti d'opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, laïque), a dénoncé la décision de dernière minute de la commission électorale (YSK) de considérer comme valides "jusqu'à preuve du contraire" les bulletins qui n'ont pas été tamponnés par les scrutateurs.
Son président, Kemal Kilicdaroglu, a reproché à la commission d'avoir rendu le vote "controversé" et a mis en question la "légitimité" du scrutin.
Le CHP a en outre annoncé qu'il allait demander un nouveau décompte de jusqu'à 60% des bulletins en dénonçant des "actes illégaux" au bénéfice du camp du "oui".
Le président de la commission électorale, Sadi Guven, a confirmé dans la soirée la victoire du "oui" et a promis des résultats officiels dans une douzaine de jours. Près de 55 millions de Turcs étaient appelés aux urnes.
Dans certains quartiers d'Istanbul, des manifestants ont protesté dans la rue tandis que d'autres faisaient entendre depuis chez eux des concerts de casseroles, reprenant les gestes des grandes manifestations anti-Erdogan de 2013.
Dans le quartier de Besiktas, à Istanbul, plus de 300 manifestants ont bloqué la circulation d'une artère principale, rapporte un caméraman de Reuters. A Ankara, des heurts ont éclaté entre partisans de l'AKP et opposants, à proximité du siège du parti.
"Tout le monde devrait respecter la décision de notre nation, en particulier nos alliés", a insisté Recep Tayyip Erdogan alors que la campagne électorale a fortement dégradé les relations entre la Turquie et plusieurs pays européens, Allemagne et Pays-Bas en tête.
Sans se prononcer sur le résultat du vote, la Commission européenne comme le Conseil européen ont appelé dimanche soir Ankara à chercher un "consensus national le plus large possible" et à "considérer les prochaines étapes avec prudence".
L'organe exécutif de l'UE a pris note des résultats et attend le rapport des observateurs internationaux "par rapport aux irrégularités évoquées", précise notamment son président, Jean-Claude Juncker, dans un communiqué.
Les chiffres cités par l'agence montrent que le "oui" a recueilli de forts suffrages en Anatolie centrale tandis que le "non" a dominé dans les grandes villes, les régions côtières proches de la mer Egée et dans le Sud-Est à majorité kurde.
Le référendum a profondément divisé le pays. Le président Erdogan et ses partisans font valoir qu'il est nécessaire de modifier la Constitution, dont la version actuelle a été écrite par les généraux à la suite d'un coup d'Etat en 1980, pour affronter les enjeux auxquels est confrontée la Turquie en matière de sécurité et éviter les gouvernements de coalition fragiles que le pays a connus par le passé.
Les opposants à la réforme disent craindre une dérive autoritaire dans un pays où quelque 40.000 personnes ont été arrêtées et 120.000 limogées ou suspendues de leurs fonctions dans le cadre de la répression qui a suivi le coup d'Etat manqué de juillet dernier.

 

Mardi 18 Avril 2017

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