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Universités privées: Polémique et faux débat




Depuis quelques jours, un débat anime le monde de l’enseignement supérieur privé à propos des universités nouvellement créées. Nous savons très bien que les instituts privés doivent proposer pour validation auprès du ministère de l’Education les programmes et les filières qu’elles entendent développer tout au long de l’année scolaire.
Par contre, nous savons beaucoup moins quelles sont les conditions sociales de production des projets pédagogiques envoyés et quelles sont leurs applications pratiques par les responsables et les enseignants de ces établissements.
Les réactions à l’encontre des Universités privées sont sans doute liées à leur statut de nouveaux concurrents qui vont très vite bouleverser la configuration du marché de l’éducation au Maroc. Elles vont rendre encore plus rude la lutte pour l’acquisition des « bons » étudiants qui ont choisi de ne pas étudier à l’étranger.
Par contre, le débat qui mérite d’être posé a trait à l’effectivité des pratiques sociales qui ont lieu dans ces établissements et qui ne se réduisent certainement pas à ce que leurs responsables de communication laissent transparaître dans les média ou dans la publicité.
Il ne s’agit pas de critiquer un secteur dont nous faisons nous-mêmes parti mais plutôt d’essayer d’attirer l’attention sur certaines réalités sociologiques, de poser certains problèmes et de s’employer collectivement à les résoudre.
Les écoles privées sont des entreprises et non pas des services publics. Les élèves qui les fréquentent sont des clients ou des consommateurs et non pas des usagers. Ils ont des attentes – des « besoins » diraient nos amis du marketing – et le but des entreprises sur ce marché concurrentiel spécifique, où l’éducation est en train de devenir un produit commercial, est de les satisfaire.
Dès lors, il faut se demander si les ingénieries mises en place par les équipes pédagogiques, dont il faudrait définir le statut, les diplômes, la position sociale ainsi que les variables sociologiques des membres qui les composent, peuvent être compatibles avec les logiques marchandes du marché dans lequel elles évoluent et avec la morphologie sociale effective des étudiants qui fréquentent leurs établissements. Des dérives sont toujours possibles. L’un des risques est de sombrer dans la démagogie ou la pédagogie de façade et de changer ces lieux de savoirs que sont les établissements scolaires en un centre de vacances pour adultes, où l’enjeu n’est plus de former les élèves mais de satisfaire des consommateurs qui s’inscrivent ou sont inscrits dans ces écoles en croyant, parfois à tort, que payer implique de se voir octroyer un diplôme.
Outre la recherche d’une certaines facilité pédagogique, le but pour certains enseignants, bien souvent débordés par les heures et le nombre d’établissements public et privé qu’ils fréquentent, est de faire dire à l’étudiant, maintenu dans un état de minorité inacceptable, que l’école où il se trouve est « cool », « relax », « tranquille ».
C’est à ce niveau que sont les termes du débat. Est-ce que demain nos étudiants marocains, pris dans des logiques marchandes de plus en plus radicales et de plus en plus incompatibles avec des impératifs pédagogiques de formation, ne vont pas se réveiller, tels que Pinocchio et ses amis qui, ayant fui les rigueurs de l’école pour les jeux attractifs des Luna Park, se retrouvent un beau matin transformés en ânes, prêts à aller faire tourner docilement la grande roue du capital, avec pour seuls bagages des compétences inégalement distribuées et acquises bien avant leur formation scolaire ...

(Politologue, enseignant et coordinateur pédagogique) *

Par Jean Zaganiaris
Mercredi 14 Juillet 2010

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