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Une vexation de trop !




Une vexation de trop !
Le 31 juillet a lieu la Beïâ, acte d’allégeance, à laquelle participent en général tous les présidents de communes. Depuis que je suis élu, je représente à cette cérémonie hautement symbolique les citoyens de la ville Agadir.
Comme toutes les années, la wilaya m’a remis le carton d’invitation et je me suis rendu à Tétouan. Mais on m’a empêché de participer à la cérémonie.
Certaines informations ont circulé dans la presse.
J’ai reçu de nombreux messages de sympathie de la part d’amis et de citoyens anonymes. Je les en remercie chaleureusement.
Aujourd’hui, je m’exprime par devoir aux habitants de la ville d’Agadir qui sont en droit de savoir ce qui s’est vraiment passé avec leur représentant. Ce billet est ma façon de relater les faits, de dire ce que j’en pense et ce que je compte faire.
Les faits tels que je les ai vécus
Le 31 juillet 2011,je suis arrivé à 12h00 au point d’accueil des invités. J’ai remis mon carton d’invitation au protocole et je me suis dirigé vers l’espace réservé à la région Souss-Massa-Draâ. J’ai salué Messieurs le wali et les gouverneurs. A ce moment-là, le chef de cabinet du wali de région, est venu vers moi pour me dire : « Je dois vous donner le carton pour la cérémonie d’allégeance ». Il m’invite à la table voisine. Il demande au pacha d’Anza mon enveloppe. En vain, la mienne ne figure pas parmi les enveloppes restantes ! Ne comprenant pas cette situation, je demande au directeur de cabinet une explication. Il me répond : « Le ministère vous a supprimé de la liste que nous avons envoyée, cela arrive». Je suis parti voir monsieur le wali pour lui demander des explications. Il m’a confirmé  l’inexistence de mon invitation et son directeur de cabinet nous a présenté la liste de la wilaya où mon nom figure sous le numéro 4. J’ai posé clairement la question de la nécessité de ma présence dans ces conditions. Monsieur le wali m’a fait comprendre que ma présence n’était pas nécessaire et m’a affirmé qu’à son niveau, il avait fait le nécessaire. Mais une fois la liste envoyée au ministère de l’Intérieur, cela ne le concerne plus. J’ai pris acte et j’ai quitté en conséquence les lieux en informant de la situation quatre de mes amis présidents de communes. En repartant, j’ai croisé plusieurs personnes qui se rendaient au lieu de rassemblement. J’ai aussitôt quitté la ville de Tétouan.
Ces derniers jours, et à la lumière de nouvelles informations, j’ai compris que tout ce scénario était orchestré ; car j’ai appris par la suite que Monsieur le wali avait été informé. Il savait que mon invitation avait été retirée ; il fallait que je vienne sur place pour repartir. Pathétique !
J’ai rencontré le lendemain et à son domicile, Monsieur le ministre de l’Intérieur. Un homme cultivé, affable et avec un grand sens du service de l’Etat. Il a trouvé les mots justes pour apaiser ma colère. Je le remercie pour ses paroles et ses encouragements à continuer notre action pour la ville. Il m’a également affirmé qu’aucun ordre n’a été donné du ministère de l’Intérieur pour que mon invitation soit retirée et m’a promis de faire la lumière sur cette situation.
Ce que j’en pense :
Ce qui m’interpelle, c’est que cet incident survient après plusieurs événements depuis plusieurs mois.
Des commissions ont été chargées d’enquêter sur différents dossiers concernant la gestion de la ville : une commission sur les travaux de requalification de Souk El Had (ce projet qui va coûter plus de 120 MDH aurait pris du retard), la deuxième sur la protection de la ville contre les inondations –l’Oued Souss en crue déverse sur la plage d’Agadir les ordures ménagères des communes de la vallée du Souss, et la troisième sur les « projets structurants de la ville ».
Le projet de requalification de Souk El Had, s’étendant sur plus de 9 ha, va coûter plus de 120 millions de DH à la commune ; c’est un projet socialement sensible que nous réalisons sans entraver l’activité commerciale du site.
Un projet de protection ?
Aucune conclusion ne m’a été présentée et une campagne a été orchestrée pour me déstabiliser.
On aurait pu espérer que des commissions d’enquête se penchent sur des projets non réalisés comme le centre d’exposition « Expo média » (les investisseurs étrangers ont été spoliés) ou les irrégularités dans le domaine de l’urbanisme (commission ad hoc, autorisations administratives irrégulières, ventes illégales de terrains communaux, attributions suspectes de lots dans les lotissements, etc.). L’impunité reste la règle.
Des mesures ont été prises pour m’écarter de toutes les manifestations officielles honorées par la présence de Sa Majesté et aussi lors de la cérémonie «Plages propres ». Pour cette dernière, aucune allusion n’a été faite aux efforts fournis par la commune, ni à sa promenade, ni à la qualité des prestations. Aucun élu n’a été convié. J’ai été évincé de la place que devait me réserver le protocole en tant que président de la commune urbaine d’Agadir.
Quelles sont les vraies raisons ? Comment doit-on interpréter ces pressions, ces vexations alors que notre ville est dirigée par une majorité respectable ? Comment doit-on interpréter les campagnes orchestrées de désinformation alors que notre ville a changé et continue de changer? Les citoyens et les visiteurs nous l’expriment tous les jours.
La confiance des citoyens s’est de nouveau confirmée lors des dernières élections. Notre politique de proximité visant l’amélioration de la qualité de vie dans tous les quartiers et œuvrant pour une ville verte, une ville de culture, une ville de sport, une ville où les services se développent, a été appréciée par nos concitoyens
Notre politique pour une bonne gouvernance basée sur la lutte contre la corruption et une gestion transparente a été l’une de nos préoccupations majeures.
Notre action dans le domaine de l’urbanisme a suscité des réactions négatives des lobbys de l’immobilier en particulier depuis notre réélection. Les grands groupes (dispensés de taxes et impôts)  ont obtenu des avantages énormes ; ils demandent toujours plus sans respect des lois alors que les bénéficiaires de l’habitat social du programme « Villes sans bidonvilles » payent toutes les taxes. Face à mon refus de me plier à toutes leurs exigences et ma volonté d’appliquer les lois tout simplement, ils ont utilisé tous les moyens pour me nuire, prétendant que je bloque tout investissement dans la ville.
D’où vient mon engagement ?
A l’âge de 4 ans, j’ai vu mon père partir encadré par la police française.
Trois ans plus tard, la libération de mon père, puis l’indépendance et j’ai vécu la liesse d’un peuple fêtant son Roi dans des manifestations spontanées de bonheur et de joie.
Abbès Kabbage a été l’un des  fondateurs du Mouvement national dans le Sud et a poursuivi son combat pour la libération du Sahara après l’indépendance.
A l’âge de 15 ans, j’ai rendu visite à mon père incarcéré à la prison centrale de Kénitra puis à celle de Rabat suite aux procès iniques de 1963. De mes visites, j’ai retenu le souvenir d’un homme sauvagement et outrageusement torturé, celui d’un grand militant nationaliste, de gauche, d’une très grande intégrité, fidèle aux convictions et confiant dans l’avenir de son pays. Son crime : avoir poursuivi le combat pour la démocratie et avoir été élu député de Chtouka-Houara. Malgré la douleur, je ressentais une admiration et une fierté d’être le fils d’un tel homme.
En 1976, après la parenthèse de 10 ans  dans les libertés publiques (les années de plomb), il reprendra le combat avec son camarade Abderrahim Bouabid et ils se présenteront dans les circonscriptions d’Inezgane et d’Agadir malgré la répression, les menaces et les falsifications.
Mon engagement remonte donc à mon enfance et j’ai toujours eu un sentiment de révolte contre l’injustice.
J’ai milité en tant qu’étudiant à l’étranger pour la justice, la démocratie et le socialisme. J’ai milité pour le soutien des peuples en lutte pour leur libération, le Vietnam, l’Amérique latine et surtout la lutte des Palestiniens pour leur droit à « un Etat libre, démocratique et laïc » (OLP).
Rentré au Maroc, j’ai enseigné à la Faculté des sciences de Rabat tout en militant au sein du Bureau national de la jeunesse Ittihadia et, en tant que syndicaliste responsable, au sein du syndicat enseignant le SNESUP. Nous avons connu la répression, l’intimidation, les arrestations.
De retour à Agadir après le décès de mon père en 1984, je me suis reconverti dans l’agriculture et j’ai développé les entreprises familiales.
Pendant de nombreuses années, j’ai milité dans l’associatif (aux côtés d’amis qui partagent les mêmes valeurs et qui sont aujourd’hui membres du bureau du conseil) et je n’avais pas de projet de solliciter un mandat électif malgré les demandes de responsables nationaux du parti.
J’ai clairement exprimé mes désaccords sur la gestion de la ville par les membres élus de mon parti.
Des camarades en particulier feu Mohamed Baniyahia m’ont convaincu de faire acte de candidature en 2003. Cet engagement s’inscrit dans la continuité d’un combat pour la démocratie contre l’obscurantisme, relever les défis du développement et redonner ses lettres de noblesse à la politique.
Ma réélection en 2009 et la mobilisation des citoyens d’Agadir le 22 juin 2009 contre les corrompus m’ont convaincu de la justesse de notre combat.
Ce que je compte faire
Après plusieurs mois de pressions, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de maire président de commune et de toute responsabilité politique.
C’est avec beaucoup de tristesse et de regrets que j’ai pris cette décision.
Nous avons présenté il y a bientôt un an un projet pour la ville pour les 6 ans à venir.
Un projet, c’est un rêve ; un rêve pour les jeunes et les générations futures.
Un rêve s’est aussi se souvenir et nous avons terminé l’étude de l’aménagement de la zone « Ancien Talbordjt » (où je suis né) : un grand jardin botanique et un espace de recueillement (M’sella) et de souvenir à la mémoire des disparus du tremblement de terre.
Le rêve d’une ville où les jeunes et les moins jeunes et surtout les plus défavorisés, trouveront des espaces de vie, des espaces pour la joie et le sourire.
Une ville attractive permettant un développement de l’emploi dans le domaine du savoir, un grand pôle universitaire pour la formation et la recherche adossé à une grande technopole, sans oublier les secteurs économiques traditionnels.
Je sais que beaucoup seront déçus car nous avons suscité de l’espoir.
Des militants du parti et surtout de la jeunesse ont cru en ce rêve ; ils se sont dévoués pour la réussite et l’aboutissement de ce projet.
Des fonctionnaires de la commune, cadres ou simples agents se sont mobilisés et nous ont permis de relever beaucoup de défis.
Des citoyens nous ont aidés dans notre action par leurs propositions et leur mobilisation. Je remercie les enfants, les jeunes, les femmes et les hommes de la ville pour leur encouragement.
Certains ont agi pour me nuire, me détruire et me mettre hors-jeu. Je suis devenu leur obsession. Pourtant, je n’ai de conflit personnel ou d’intérêts avec quiconque si ce n’est au sujet de la gestion des biens publics, des passe-droits et du respect de la loi. En ce mois sacré de Ramadan, je les laisse face à leur conscience.
Durant ces 8 années au service de la ville d’Agadir et de ses habitants, j’ai sacrifié de ma présence auprès de ma famille, de mes affaires. Je n’ai aucun regret. Les difficultés ne m’ont jamais arrêté. Je ne demande aucune reconnaissance mais je ne mérite pas non plus de sanction ou de vexation comme celle que j’ai vécue à Tétouan. Nous avons pu penser que les événements que connaissent les pays arabes, la révolte des jeunes dans le pourtour méditerranéen permettraient à certains de limiter leur appétit. Ils souffrent d’un mal incurable, dommage.
Nous avons rêvé d’un Maroc nouveau mais la forme change et le fond reste. Je dois en tirer les leçons: je gêne et je dois partir.
Je resterai toujours fidèle à l’héritage politique de mon père et ceux qui se sont sacrifiés pour ce pays : Mehdi Ben Barka, Omar Benjelloun, Grina, Abderrahim Bouabid et tant d’autres qui ont fait le sacrifice de leur vie, de leurs familles pour un Maroc libre, juste et démocratique où les enfants seraient un peu plus égaux.
Je garderai toujours l’espoir d’un Maroc démocratique et solidaire. La jeunesse me rassure, elle est l’espoir.
EN 2003, j’ai demandé aux Gadiris de me faire confiance, j’espère ne pas les avoir déçus.
Je tourne une page de ma vie avec le regret d’une action inachevée.
Merci pour votre confiance.

Tariq Kabbage
Vendredi 12 Août 2011

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