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Une petite poste intercoréenne par-dessus le rideau de fer




Une petite poste intercoréenne par-dessus le rideau de fer
Aucun contact n’est autorisé entre les deux Corée, même par courrier. Des familles de part et d’autre de la frontière confient à Kim Kyung-Jae des lettres et des colis dont elles ignorent si les destinataires, six décennies après la guerre qui les a séparées, sont toujours de ce monde. Ces lettres et colis seront acheminés vers le dernier Etat stalinien de la planète par les bénévoles d’une association, l’Union des Familles Séparées.
Neuf bénévoles envoient entre 70 et 80 lettres ou colis chaque année en Corée du Nord par des réseaux confidentiels et des voies détournées.
Les missives sont acheminées via la Chine ou le Japon, où il est autorisé d’envoyer des lettres en Corée du Nord.
Mais Tokyo contrôle sévèrement le contenu des colis afin de se conformer aux sanctions des Nations unies frappant le régime stalinien.
Le courrier est envoyé par la poste, ou, lorsque l’adresse n’est pas connue ou que l’on souhaite la discrétion, par un “intermédiaire”.
Ces “intermédiaires” - la fondation n’en dit pas plus à leur sujet - assurent le transit des missives dans le réseau postal chinois. Ils agissent également parfois en détectives privés pour retrouver les familles.
Il n’existe ni service postal civil, ni connexions téléphoniques entre le Sud capitaliste et le Nord communiste et nul - sauf rarissime exception - n’est autorisé à traverser la frontière, dans un sens comme dans l’autre.
La plupart des 50 millions de Sud-Coréens et des 24 millions de Nord-Coréens n’ont aucune nouvelle de leurs proches depuis l’érection de la zone démilitarisée (DMZ), une bande de 248 kilomètres ultrasécurisée coupant en deux la péninsule coréenne, dernier rideau de fer hérité de la Guerre froide.
Au siège de l’Union des Familles Séparées, un bureau exigu de Séoul, Kim affranchit des enveloppes marquées à l’encre rouge: “République populaire démocratique de Corée”, le nom officiel de la Corée du Nord depuis 1948.
“La plupart des lettres ne contiennent ni secrets ni critiques du régime communiste parce qu’elles sont toutes lues” par les services de sécurité qui les censureraient, explique l’octogénaire.
Il arrive qu’une lettre doive absolument échapper à la censure et ne puisse donc pas emprunter les canaux officiels: dans ce cas, le document peut être attaché à une pierre et jeté par-dessus la rivière Yalu, frontière naturelle entre la Chine et le Nord, ou dissimulé dans un camion.
Il y a quelques années encore, tout le trafic postal ne s’effectuait que du Sud vers le Nord. Mais aujourd’hui de nombreux Nord-Coréens recherchent eux aussi des membres de leur famille au Sud.
“La raison principale, c’est qu’ils leur manquent, mais c’est aussi parce les intermédiaires leur disent que les Sud-Coréens sont riches et qu’ils peuvent leur envoyer des produits de première nécessité ou de l’argent”, explique M. Kim.
“Les familles au Nord nous demandent d’envoyer tout ce que nous pouvons, des gommes (à effacer) jusqu’aux frusques d’occasion. Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est de médicaments, principalement contre la tuberculose, et de la nourriture contre la malnutrition”.
Les intermédiaires encaissent 30% de commission et environ 120.000 wons (160 euros) pour un colis de 20 kilos. Malgré le coût induit et les obstacles, les familles du Sud s’entêtent à envoyer des paquets, devenus indispensables pour apporter à leurs parents le confort dont peu jouissent dans un pays à l’économie laminée par des décennies d’isolement, les catastrophes naturelles, l’affectation des ressources à l’effort militaire et les sanctions internationales.
“Les gens au Sud pensent qu’ils savent à quel point la situation est mauvaise là-bas, mais c’est bien pire que ça. Les choses les plus triviales pour nous peuvent y être très précieuses”, confie Kim.
Kim a quitté le Nord en 1950, à 19 ans, avec ses frères. En laissant sur place leur plus jeune soeur, âgée de 8 ans. “C’est la dernière fois que nous nous sommes vus ou que nous nous sommes parlés, jusqu’en 1990, quand j’ai miraculeusement obtenu son adresse (à travers une connaissance commune autorisée à se rendre au Nord) et nous avons commencé à échanger du courrier”.

Libé
Mercredi 12 Septembre 2012

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