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Une palme d'honneur à Clint Eastwood




Une palme d'honneur à Clint Eastwood
Mon cher Clint, laissez-moi commencer par une petite devinette. Quelle est à votre avis la plus grande frustration qu’un président de festival puisse éprouver ? Vous ne voyez pas ? C’est pourtant bien simple : il n’a jamais son mot à dire lorsqu’arrive le moment crucial du festival, je veux parler bien sûr de l’attribution des prix. C’est la raison de notre réunion d’aujourd’hui, entre vieux amis. Ne le prenez pas mal : je suis né 15 jours après vous !
Mais j’en viens au fait. Nous avons décidé de nous accorder, à titre exceptionnel, un privilège qui d’ordinaire nous échappe, à Thierry comme à moi. Il y a bien eu un précédent, la Palme des Palmes décernée à Bergman : aujourd’hui, c’est vous que nous souhaitons honorer, au nom du Festival de Cannes.
En cela, le Festival ne commet pas un acte révolutionnaire mais accompagne plutôt, par ce geste hautement symbolique, la faveur que le public et la critique internationale unanime vous ont déjà accordée d’enthousiasme. D’ailleurs, il serait impossible de désigner l’une plutôt que l’autre de vos œuvres comme digne de la récompense suprême. Comment choisir entre Bird, Mystic River, Million Dollar Baby, votre diptyque japonais, ou encore Gran Torino, acclamé aujourd’hui comme le film « où Clint Eastwood rassemble toute sa pensée sur son cinéma, sa carrière et son pays ».
C’est donc le bon moment pour dédier la Palme à Clint Eastwood, auteur de tous ces chefs-d’œuvre. Et tant pis pour votre modestie légendaire…
J’ai parlé de votre immense talent. Il faut savoir qu’il y a deux Clint Eastwood, tous deux se confondant sous les traits de l’American lonesome hero qui fait tant battre les cœurs de notre Vieux monde. Il y a celui, fameux pour son charisme, son caractère et sa faculté de défourailler son 38 Magnum plus vite que la foudre, je veux parler de l’Inspecteur Harry et autres caractères très populaires, que vous assassinez une bonne fois pour toutes dans Gran Torino. Ils vous ont pourtant permis de conquérir votre indépendance et une certaine renommée. Et ils ont permis à l’autre Clint, plus confidentiel celui-là, en tout cas à ses débuts, de réaliser des films personnels, qui ont surpris ceux qui ne vous connaissaient pas par leur charme, leur originalité, leur petite musique de nuit, mon cher Mozart – eh oui, il n’y a pas que le jazz dans la vie - et leur lyrisme bien tempéré. Dans ces deux courants de votre travail, la Brute et le Troublant, chacun ici reconnaîtra sans peine le main stream américain et l’European touch. Je vous laisse deviner lequel des deux je préfère. Mais le réconfortant de la chose est que le public s’est peu à peu intéressé, autant sinon plus, à vos films « about people » qu’à vos films d’action. Car, tel est l’art de votre mise en scène, vous filmez les scènes de tendresse comme des thrillers, et les thrillers comme…des thrillers ! L’itinéraire de Million Dollar Baby pour lequel j’ai le plus d’affection est à cet égard très convainquant : qui eut dit que ce film nocturne, d’une tristesse infinie, toucherait à ce point le cœur de tous les publics et deviendrait de la sorte un classique ?
De même pour vos autres chefs-d’œuvre. Comme pour les grands metteurs en scène de tous les pays, Bresson, Ford, Ozu, Satyajit Ray, Rossellini, vous avez très vite compris que la simplicité, la caméra à hauteur d’homme, l’exacte durée d’un plan, la nature de l’objectif, la coupe au montage, la situation des plages musicales, étaient affaire de choix. Dans chaque domaine, il n’y en a qu’un seul – et pas un autre. C’est ainsi qu’on s’installe tout doucement dans l’Histoire du cinéma.
Il peut se faire enfin qu’on soit un grand artiste, mais un égoïste forcené. Ça arrive ! Ce n’est pas votre cas. Quand Pierre Rissient, votre « porte-drapeau » depuis la nuit des temps, s’est retrouvé hospitalisé, atteint d’un mal inconnu au Cedar Sinaï Hospital, il s’est réveillé, vaguement conscient, et en ouvrant les yeux, Clint Eastwood était à son chevet. Depuis combien de temps, on ne sait pas, mais vous aviez tout arrangé pour les soins, pour l’intendance, pour tout, et cet étranger s’est miraculeusement retrouvé nimbé d’une aura de popularité de nature à impressionner l’infirmière la plus rébarbative. Pourquoi j’ai cité en passant cette anecdote inconnue ? C’est que ces qualités humaines, si rares de nos jours, ne sont pas pour rien dans l’honneur que nous vous faisons aujourd’hui. Faisant mentir Scott Fitzgerald que vous citez en exergue de Bird : « Il n’y a pas de deuxième chance pour un héros américain », je vais maintenant, mon cher Clint, vous remettre la Palme d’or en témoignage de notre admiration et d’une longue connivence d’un quart de siècle.

* Président du festival de Cannes




LE JURY DES LONGS METRAGES
Isabelle HUPPERT, Présidente
(Actrice - France)
Asia ARGENTO (Actrice, Réalisatrice, Scénariste - Italie)
Nuri BILGE CEYLAN (Réalisateur, Scénariste, Acteur - Turquie)
Lee CHANG-DONG (Réalisateur, Ecrivain, Scénariste - Corée)
James GRAY (Réalisateur, Scénariste - Etats-Unis)
Hanif KUREISHI (Ecrivain, Scénariste - Royaume Uni)
Shu QI (Actrice - Taiwan)
Robin WRIGHT PENN (Actrice - Etats-Unis)

LA COMPÉTITION
Film d’Ouverture :
Peter DOCTER UP
(Là-haut)
H.C. 1h35
***
Pedro ALMODÓVAR LOS ABRAZOS ROTOS
(Etreintes brisées)
2h09
Andrea ARNOLD FISH TANK
2h02
Jacques AUDIARD
UN PROPHÈTE 2h35
Marco BELLOCCHIO VINCERE
2h08
Jane CAMPION BRIGHT STAR
2h00
Isabel COIXET
MAP OF THE SOUNDS OF TOKYO 1h44
Xavier GIANNOLI
A L’ORIGINE 2h30
Michael HANEKE DAS WEISSE BAND (Le Ruban blanc) 2h24
Ang LEE TAKING WOODSTOCK 1h50
Ken LOACH LOOKING FOR ERIC 1h59
LOU Ye CHUN FENG CHEN ZUI DE YE WAN
(Nuits d'ivresse printanière) 1h55
Brillante MENDOZA KINATAY 1h45
Gaspar NOE
ENTER THE VOID (Soudain le vide) 2h30
PARK Chan-Wook BAK-JWI (Thirst, ceci est mon sang...) 2h13
Alain RESNAIS
LES HERBES FOLLES 1h36
Elia SULEIMAN THE TIME THAT REMAINS 1h45
Quentin TARANTINO INGLOURIOUS BASTERDS 2h40
Johnnie TO VENGEANCE 1h48
TSAI Ming-liang VISAGE 2h18
Lars VON TRIER ANTICHRIST 1h44
***
Film de Clôture :
Jan KOUNEN COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY H.C. 2h00

SELECTION 2009 EN CHIFFRES
Statistiques Présélection 2009

LONGS METRAGES
1670 longs métrages (1792 en 2008) venant de 120 pays de productions différents.

COURTS METRAGES
2602 courts métrages (2233 l’an dernier) venant de 100 pays différents (contre 80 l’an
dernier).
Soit plus de 16 % d’augmentation depuis l’an dernier.
Au total les films reçus (courts et longs) représentent 129 pays (107 en 2008).
Cette année, longs et courts métrages confondus, nous avons reçus 4272 films (6 %
d’augmentation par rapport à l’an dernier, 4025 films).

Statistiques Sélection 2009
LONGS METRAGES
53 longs métrages représentant 32 pays de productions différents (20 films en Compétition,
19 films à Un Certain Regard).
46 premières mondiales.


* Gilles Jacob
Vendredi 24 Avril 2009

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