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Une nouvelle recette pour redorer la réputation des repas scolaires en Inde

Pour de nombreux enfants, le déjeuner gratuit constitue souvent l'unique repas du jour




Une nouvelle recette pour redorer la réputation des repas scolaires en Inde
Des hommes en tabliers versent des bouillons dans d'immenses cuves en acier pendant que des milliers de chapatis (pains sans levain) sortent d'une énorme machine. Dans une cuisine high-tech en Inde, une équipe de spécialistes tente de redorer l'image du programme de restauration scolaire gratuit, objet de plusieurs scandales.
 Installée sur trois étages dans la ville sainte de Vrindavan, dans le nord de l'Inde, cette cuisine peut concocter 1,2 tonne de curry en moins d'une heure.
"Nous avons estimé qu'aucun enfant ne devrait être privé d'éducation à cause de la faim", explique à l'AFP son gestionnaire Bharatarshabha Dasa, porte-parole de l'Akshaya Patra Foundation. Et "notre volonté est de changer sur le long terme la réputation de ces déjeuners", ajoute-t-il.
Si le programme de repas scolaires gratuits en Inde a le mérite d'être le plus important au monde, permettant à 120 millions d'enfants de recevoir un déjeuner chaque jour, il est toutefois entaché par des soupçons de corruption et sa préparation dans des conditions d'hygiène parfois douteuses est à l'origine de plusieurs scandales.
Une vingtaine d'enfants sont ainsi morts en 2013 dans un district pauvre du Bihar (nord-est) après avoir ingéré un repas contaminé par un puissant insecticide.
L'activité de la Fondation Akshaya Patra a débuté à petite échelle en 2000, offrant des repas à 1.500 enfants de l'Etat du Karnataka (sud), et s'est rapidement développée à l'échelle du pays grâce à l'installation de cuisines centrales.
Aujourd'hui, "nous fournissons les repas d'1,4 million d'enfants dans 10.770 écoles de 10 Etats grâce à une logistique de précision", indique Dasa.
Dans la cuisine de Vrindavan, la nourriture est transportée sur des tapis roulants. Le riz est conservé dans des silos sur une terrasse avant de subir un nettoyage industriel pour être versé dans des marmites au rez-de-chaussée. Une fois entreposés dans des conteneurs en acier, les repas sont livrés dans 2.000 écoles par des camions empruntant les routes cahoteuses de l'Etat de l'Uttar Pradesh.
Pour produire ces repas à neuf roupies l'un (13 centimes d'euro), la Fondation reçoit des aliments subventionnés et une aide du gouvernement, ainsi que des dons d'entreprises.
Pour de nombreux enfants en Inde, le déjeuner gratuit constitue souvent l'unique repas du jour. Le programme a été lancé en 2001 pour encourager les enfants les plus pauvres à aller à l'école plutôt que d'aider leurs parents au travail.
Il constitue une réussite dans certains Etats mais les incidents faisant état de cafards ou de lézards retrouvés morts dans certains plats ont terni sa réputation.
Pour Yamini Aiyar, directeur d'Accountability Initiative, un groupe de recherche qui évalue les initiatives de l'Etat, ce programme a souffert d'un manque de coordination et de résultats en raison de l'implication d'un trop grand nombre d'échelons administratifs.
Donner aux écoles la responsabilité d'organiser ces repas est également une erreur, selon lui: "Il est important de permettre aux écoles de se concentrer sur ce qui est leur travail", à savoir enseigner.
Prem Lata Saini se remémore avec dégoût les repas qu'elle recevait dans son école de Mathura, avant que la Fondation ne devienne le fournisseur. "La nourriture venait du chef du village. Parfois, c'était simplement des pois-chiches bouillis", raconte cette enseignante.
"Maintenant, la nourriture est saine et inclut les légumes de saison et des aliments à base de soja, ce que les parents d'ici ne peuvent se permettre d'acheter", relève-t-elle.
Selon l'Unicef, 57 millions d'enfants sont mal nourris en Inde. L'ancien Premier ministre Manmohan Singh avait qualifié la malnutrition de "honte nationale" lorsqu'il était au pouvoir.
Dans l'école de brique et de terre de Chaumuah, à Mathura, quelques dizaines de filles en uniforme kaki s'assoient sur des tapis au sol dès que retentit la cloche sonnant l'heure du repas.
"Il n'y a pas souvent assez à manger chez moi pour nous six. J'aime cette nourriture, chaude et qui a du goût", confie Anju Singh, 12 ans.
Quand elle rentre de l'école, Anju s'occupe de ses cinq frères et soeurs cadets car sa mère, malade, est clouée au lit et ne peut "ni cuisiner ni faire le ménage", explique la jeune fille.
Si des ONG supplémentaires apportaient leur soutien au programme national de repas gratuit, cela aiderait à améliorer sa réputation, estime Uday Mani Patel, un haut fonctionnaire de l'Etat de l'Uttar Pradesh. "Cela changerait complètement l'image du déjeuner à l'école" en Inde, selon lui.
Pour l'heure, Anju profite déjà de ce qu'elle ne pourrait avoir chez elle. A l'école, les menus préparés par l'Akshaya Patra Foundation changent chaque jour et comprennent un chapati avec un curry de légumes et différents plats à base de riz. Le samedi, un dessert est même offert...

Vendredi 3 Juillet 2015

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