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Une journée d’études organisée par le club «Environnement et Santé» : Le périurbain de Tétouan s’invite au débat




Une journée d’études organisée par le club «Environnement et Santé»  : Le périurbain de Tétouan s’invite au débat
L’exode rural désigne communément le déplacement de populations des zones rurales vers les centres urbains. L’ensemble des villes marocaines ont connu et connaissent encore ce phénomène. Et la province de Tétouan ne fait pas exception. Pour exemple, la population urbaine a enregistré, entre 1994 et 2004 (dates des deux derniers recensements), un accroissement global de 19% (soit plus de 59.000 habitants de plus). L’aspect le plus important de cette population reste donc sa tendance à l’urbanisation. Si la population de la province représentait, en 1982, 63% du total, celle-ci est passée à 72% en l’espace de vingt ans. Ainsi, durant les dernières décennies, plusieurs milliers de personnes ont pris le chemin de l’exode et se sont installés autour de la cité dans des quartiers que l’on nomme «périurbains», à défaut de trouver un logement en pleine ville. Ces quartiers périurbains qui pullulent autour des villes résultent donc essentiellement de l’exode rural. Une installation qui ne va pas sans un certain nombre de problèmes….
Partant du principe que l’identification des problèmes fait partie de leurs solutions, le club «Environnement et Santé» relevant de l’Association Tétouan-Asmir, a organisé, samedi 25 avril, une journée d’études sous le titre «Le périurbain dans la wilaya de Tétouan entre l’équilibre et la vulnérabilité dans l’essor socio-économique accéléré de la région ». Réunissant chercheurs, représentants du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace, représentants de l’Agence urbaine, architectes, universitaires, cette rencontre a tenté de croiser les points de vue de différentes instances sur ce problème épineux qu’est la prolifération des quartiers périurbains.
Le périurbain, qui est une couronne urbanisée à la périphérie de l’agglomération existante se  caractérise essentiellement par un paysage de type rural. Ce qui fait que ces zones connaissent des mutations socio-spatiales structurelles. La population, très souvent désœuvrée et fuyant une situation socio-économique précaire, y augmente et la densité y est plus forte que celle des villages ruraux. Il s’agit notamment de zones exclues de la cité ; des zones-dortoirs dépourvues de fonctions socioculturelles, d’espaces d’activités commerciales et professionnelles. Malheureusement, c’est parfois l’anarchie qui y règne avec notamment la prolifération de l’habitat non réglementaire et l’absence d’ordonnancement architectural sur les axes principaux. Les constructions se font sur des zones réservées par les documents d’urbanisme aux activités agricoles et économiques. Bien entendu, le souci esthétique et architectural dans les normes d’alignement, dans les matériaux et couleurs utilisés fait bien défaut. Sans parler de la dégradation exponentielle de l’environnement puisque cette population ne dispose guère de réseaux d’assainissement. Les rejets des eaux usées se font à ciel ouvert et les espaces publics se transforment au fur et à mesure en véritables dépotoirs.
Nul besoin de rappeler que c’est notamment de cette manière que les nappes phréatiques se contaminent ! Cette anarchie s’ajoute à une autre  dans l’occupation de l’espace. En effet, pour prendre le cas de Tétouan, nombre de ménages décident de s’installer aux abords des voies d’aménagement ou sur le lit de l’Oued Martil ; une zone à risque touchée à plusieurs reprises par les inondations. Et justement, c’est là que le bât blesse ! La culture partagée du risque est quasiment absente, selon des études réalisées par des universitaires sur des quartiers périurbains de Tétouan. Les ménages qui, par la force des choses, s’installent dans ces zones, le font dans une telle anarchie et dans une situation d’urgence telle qu’ils ignorent même que leur maison se situe sur une zone à risque. Car de ce point de vue-là, aucune communication n’est faite sur ce risque et la problématique de gestion des risques environnementaux dans le périurbain n’est pas prise en compte. Au fil des années, des maisons sont inondées, des terrains glissent, des fissures apparaissent çà et là et des maisons s’écroulent même. Dans ce cas-là, même les cimetières n’échappent pas à cette catastrophe.
Selon les dernières études menées par une équipe de scientifiques, toutes les personnes sondées ne connaissaient pas l’existence d’un risque environnemental avant leur installation ; une installation d’ailleurs motivée essentiellement par la proximité de la ville et le prix du terrain ou de la location qui resterait abordable.
Les recommandations de cette étude serait de mettre en place un affichage des risques, l’élaboration d’un atlas de ces zones, la pose de plaques-témoins des précédentes catastrophes naturelles mais surtout la sensibilisation à la prévention du risque. Si les plaques existent, si la sensibilisation se fait d’une certaine manière, si les études ont déjà été réalisées, il manque indéniablement la volonté politique de prise de décision.
Peut-on stopper l’exode massif vers les villes ? Doit-on fermer les frontières à tout nouvel arrivant sous prétexte d’un manque de place ? Que nenni ! Bien entendu, les solutions sont à chercher ailleurs… Lorsque l’on sait que ces nouveaux arrivants achètent des terrains sans aucun morcellement préalable, construisent en grignotant sur des terrains agricoles, ne respectent pas les normes de sécurité, l’on peut s’indigner d’une telle anarchie. Mais la question est : «Où est le contrôle ?» 
La situation des quartiers périurbains est catastrophique, s’y conjuguent marginalisation, pauvreté, analphabétisme, insécurité et pauvreté, certes ! Mais que dire alors des quartiers urbains laissés à l’abandon ? Ain Khabbaz, Slaoui, Touilaa, Boujerrah, des quartiers en plein centre-ville et qui ne diffèrent guère du paysage périurbain. Des quartiers où il n’est pas rare d’ailleurs de voir se promener une vache ou un mouton broutant là où ils peuvent, des ânes zigzaguant entre les voitures. Alors cessons de nous leurrer… Que ce soit à Casablanca, Rabat ou à Tétouan, le problème réside bel et bien dans une volonté politique de changement qui fait véritablement défaut.

Amel NEJJARI
Jeudi 30 Avril 2009

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