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Une hausse du SMIG qui a mécontenté tous les Marocains




Une hausse du SMIG qui a mécontenté tous les Marocains
Lors de la dernière Fête de travail, le gouvernement marocain a décidé une augmentation du SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti) de 10%, étalée sur deux ans. Une décision présentée comme œuvrant pour la préservation du pouvoir d’achat et la lutte contre la pauvreté. Certes, une telle décision peut sembler servir l’intérêt général. Mais l’est-elle vraiment ?
Quand on parle de l’intérêt général, cela sous-entend, en effet, que les intérêts de tous les citoyens marocains, ou du moins du plus grand nombre, soient préservés. Malheureusement, avec ce genre de décisions les apparences sont souvent trompeuses. En effet, pour l’ensemble de l’économie la décision d’augmenter le SMIG n’est pas opportune surtout quand on regarde la situation précaire des équilibres macroéconomiques (déficit public de 5,5%, déficit commercial représentant 23% du PIB, réserves de change à un niveau critique, et endettement de 63% du PIB). Dans cette configuration, augmenter le SMIG ne va que faire exploser la masse salariale (déjà à 10% du PIB) et avec elle le déficit public ainsi que l’endettement au regard du manque de liquidités dont souffre l’économie marocaine. Pire, l’augmentation du SMIG risque de nourrir l’inflation, allant ainsi à l’encontre de l’objectif affiché. En effet, les augmentations du salaire minimum sont répercutées sur les prix à la consommation, ce qui conduira à revendiquer de nouvelles revalorisations salariales qui affecteront à leur tour les prix, et ainsi de suite. Cette spirale inflationniste va à l’encontre de la sauvegarde du pouvoir d’achat des travailleurs. On peut même envisager raisonnablement que cette augmentation risque de nourrir une vague de revendications de hausses salariales car les autres salariés verront l’écart de revenu se rétrécir avec les « smicards », ce qui va les pousser aussi à réclamer un réajustement à la hausse de leurs salaires entretenant la spirale inflationniste. D’ailleurs, sur la dernière décennie, le SMIG a augmenté de 35% et l’inflation de 22%.
Quid des entreprises ? Le moins que l’on puisse dire est que cette décision ne va pas contribuer à l’amélioration de la compétitivité des firmes marocaines. Certes, la compétitivité ne peut se réduire uniquement au coût du travail, mais en attendant que la productivité s’améliore, le Maroc n’a pas intérêt à griller son principal joker, à savoir une main d’œuvre relativement bon marché. Surtout que le SMIG au Maroc, déjà le plus élevé en Afrique, est devenu supérieur à celui de certains pays comme la Roumanie et la Bulgarie. N’oublions pas que le Maroc opère dans un contexte mondialisé où il faut être compétitif pour pouvoir préserver ses parts de marché, attirer des IDE,  faire rentrer des devises et sauvegarder l’emploi. Or, avec une compétitivité déjà mise à mal (77ème dans le dernier classement mondial de la compétitivité du WEF), la hausse du coût du travail pénalisera certainement le Maroc. Ainsi, la hausse du SMIG risquera de réduire l’attractivité de la destination marocaine aux yeux des investisseurs étrangers, surtout ceux cherchant à délocaliser pour profiter d’une main d’œuvre qualifiée et moins chère, et avec elle les réserves de change et l’emploi.  Il faut souligner que si le Maroc a réussi à attirer 5 milliards de dollars en 2013, un record, c’est grâce à la stabilité politique et le coût du travail principalement. Dès lors, le choc risque d’être rude pour les secteurs qui emploient beaucoup de salariés au SMIG comme le textile ou le câblage automobile. La hausse du SMIG paraît à contre courant de la nouvelle stratégie d’accélération de l’industrie présentée récemment et qui vise le doublement de la part de l’industrie dans le PIB et la création de 500 000 emplois d’ici 2017.  Cela risque d’être difficile avec la hausse du coût de travail, surtout quand on sait que depuis 2007, l’industrie marocaine, qui emploie 1,2 million de personnes, perd en moyenne 30 000 emplois par an.
Rappelons ici que la majorité des entreprises opérant dans l’informel au Maroc, y sont contraintes par le poids des réglementations et de la fiscalité. Il va de soi qu’une hausse du SMIG ne fera qu’étouffer davantage financièrement les PME (représentant 95% de notre tissu productif) et les conduire à basculer dans l’informel, si l’on tient compte aussi du poids des créances impayées, de la morosité de la conjoncture.
Enfin, les jeunes aussi seront lésés car l’élévation du SMIG agira comme un obstacle à leur embauche. En effet, au Maroc, les jeunes (15-24 ans) constituent la tranche d’âge la plus touchée par le chômage et donc par la pauvreté. Un salaire minimum élevé accroît le coût d’embauche pour un employeur, ce qui le conduit à réduire ses possibilités d’embaucher. Par conséquent, ces jeunes, souvent non qualifiés et très peu expérimentés, seront incapables de décrocher un emploi, car les employeurs jugeront non rentable de les embaucher.  C’est tout simplement une aberration que le SMIG soit fixé de manière uniforme et centralisée, sans tenir compte des différences en termes de richesse économique et de niveau de vie.
Par conséquent, et contrairement aux apparences, l’on voit que cette décision ne va pas dans l’intérêt général. Alors à qui profite le crime ? Bien évidemment au gouvernement qui par cette décision populiste amadoue les électeurs pour qu’ils votent pour lui lors des prochaines élections. Il s’agit donc d’un investissement dans une campagne électorale anticipée que Benkirane vient de lancer. Seulement ce sont les contribuables marocains qui en payeront les frais et l’économie dans son ensemble. Rappelons aussi que la popularité du chef du gouvernement est en berne depuis un moment déjà. Cela laisse penser que cette décision est un moyen pour lui de redorer son blason et de récupérer une partie des électeurs qui ont été échaudés par la levée d’une partie des subventions sur les produits pétroliers ces derniers temps. Malheureusement c’est de la mauvaise compensation : on déshabille Paul pour habiller Jean. Au final, l’impact négatif sur l’économie marocaine sera inéluctable. Elle n’avait certainement pas besoin de ce coup de pouce pour s’enfoncer dans la crise…
 
* Maitre de conférences 
en économie à l’université 
Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal

Mardi 20 Mai 2014

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