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Une évolution délibérée au large des côtes somaliennes?

Quelques réflexions sur la “piraterie” moderne




Les journaux télévisés nous content des
histoires de pirates au large
de la Somalie. Bientôt, une
grande armada doit partir pour y
attaquer leur nid. Toutefois,
le communiqué
ci-dessous
du ministre
des Affaires
étrangères d’Erythrée
apporte une toute autre explication à ce déploiement de forces.

C’est un fait que depuis 1991, la population de Somalie est plongée dans la misère la plus amère à cause de la passivité consciente de la communauté internationale. Celui qui peut s’enfuit de la Somalie. Trois millions d’êtres humains meurent de faim. Des flottes étrangères s’accaparent des réserves en poissons devant la côte. Presque personne ne parle du fait qu’au large des côtes somaliennes, des déchets toxiques des entreprises occidentales ont été et sont toujours engloutis. En 2004, le Tsunami déversa également des tonneaux de résidus radioactifs sur les plages somaliennes. Beaucoup de personnes meurent de maladies inconnues et cancéreuses. On suppose qu’elles proviennent des déchets toxiques engloutis au large des côtes ou aussi de l’utilisation d’armes non déclarées pour la guerre sans fin régnant dans le pays.
Presque personne ne parle du fait que le désordre au sein de l’État est maintenu consciemment afin que l’on puisse se procurer de l’extérieur sans préjudice les matières premières du pays. Apparemment personne ne porte un intérêt réel à ce que le pays et ses habitants puissent recouvrer la paix. Pour cette raison, on se demande comment une poignée de ces dénommés « pirates » arrivent à mener par le bout du nez une armée (Opération pour la liberté durable, OEF), hautement équipée pour la lutte contre le terrorisme, au large des côtes somaliennes, comme le présentent beaucoup de médias. La question de savoir pourquoi tout d’un coup une armada internationale est déployée sous pavillon de l’ONU pour aller à la « chasse au pirate» est tout aussi intéressante.
1. Une des voies les plus importantes du trafic maritime mondial passe devant la Somalie. Le problème de la « piraterie » se résoudrait tout de suite si les USA et les autres puissances occidentales admettaient un pouvoir politique en Somalie, qui contrôlerait efficacement sa propre côte. La dernière tentative visant à former une institution étatique qui a été entreprise avec succès par l’« Union des tribunaux islamiques » a été anéantie violemment il y a deux ans par les USA avec l’aide de l’armée éthiopienne. Sous ce qu’on appelle les Islamistes, le « problème de la piraterie» n’existait pas.
2. La «piraterie » est un crime et est réprimée par les lois correspondantes. Il existe aussi des traités de droit international là-dessus. La poursuite de criminels est en premier lieu la tâche de la police et non de l’armée.
3. Les «pirates» ont des soutiens qui leur délivrent d’importantes informations. Ce n’est pas un hasard que précisément un cargo, qui transportait 33 chars russes T72, a été capturé par les « pirates » (Welt Online du 28 septembre). Qui pouvait y avoir intérêt ?
4. La «piraterie » était rarement une entreprise de criminels isolés, mais elle vivait grâce à la protection d’individus puissants. Ainsi, la piraterie que pratiquait l’Anglais Francis Drake au XVIe siècle contre les navires de commerce espagnols, se désigna par l’euphémisme « flibuste ». Il accomplissait cela avec l’approbation formelle de la reine d’Angleterre. En outre, il a été encore anobli pour cela.
5. Les rançons pour le butin n’arriveront seulement qu’en partie en Somalie. Bien qu’actuellement des images montrant des « pirates » noirs ornés de chaînes d’or hantent les médias, il est peu probable que les sommes s’élevant à des millions atterrissent à Haraardere, le «nid des pirates » installé sur la côte somalienne. Il est beaucoup plus probable que les instigateurs vivent dans un cadre protégé (peut-être à Londres, à New York, à Hambourg ou à Tokyo) et qu’ils organisent de là leurs razzias.
6. Les « pirates » sont tolérés. Avec l’utilisation de la technologie de guerre moderne disponible, les « pirates » ne pourraient pas se tenir cachés longtemps (détection satellite, surveillance de la télécommunication, sonars, enregistrements infrarouges, etc.)
7. Dans le cadre de l’Opération liberté durable (OEF), le corridor maritime passant devant la Somalie est surveillé systématiquement depuis décembre 2001 par une force opérationnelle (Task Force 150), afin qu’on n’offre pas, selon la version officielle, aux terroristes d’Al-Qaida un refuge. Soit cette mesure était ou est sans effet, sinon on pourrait l’utiliser sans problème contre les « pirates », soit la mesure n’a jamais visé la lutte contre le terrorisme mais d’autres objectifs.
8. La « piraterie » devant la côte somalienne sert à légitimer l’emploi renforcé de bateaux de guerre. Ainsi, on trouve maintenant dans la région outre les navires de guerre de l’OEF également des navires de guerre russes et indiens. Le 23 octobre, le Parlement européen a légitimé l’utilisation d’une flotte de guerre de l’UE contre les pirates écumant la côte de la Somalie. L’opération « Atlanta » a lieu dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Ici, l’UE s’appuie sur la résolution 1816 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui permet à tous les États volontaires de faire la chasse aux pirates également au sein de la zone des 12 lieues. Cette résolution présente une nouveauté au niveau du droit international comme le constate le professeur en droit international Norman Peach (Junge Welt du 23 octobre). Tout indique qu’on veut imposer le contrôle stratégique au nord-est de l’Afrique y compris les voies maritimes. Le rôle que joue le Conseil de sécurité de l’ONU quand il légitime les opérations militaires, reste confus.
9. L’ambiance de fête qui s’est répandue dans quelques organes de presse après le sabordage d’un prétendu « navire ravitailleur pirate » par une frégate indienne le 19 novembre, doit faire réfléchir. Un tel procédé conduit à l’abrogation des voies constitutionnelles. Le droit du plus fort compte. Ainsi, des bateaux peuvent être sabordés et on les qualifie ultérieurement de « bateaux pirates ». Le 25 novembre, on a appris finalement que le prétendu « navire ravitailleur pirate » était en fait un chalutier de pêche thaïlandais « Ekawat Nava 5 ». Un membre de l’équipage avait survécu. Les proches ont peur pour les 18 autres collègues, il n’y en a toujours pas de trace.



www.voltairenet.org
Jeudi 25 Décembre 2008

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