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Une création de la troupe «Aljil Assaîd» : “Des mots brûlés pour la dignité” à Marrakech




«Des mots brûlés pour la dignité». Tel était le titre de la pièce de théâtre présentée par la troupe «Aljil Assaîd» de Marrakech à la salle des spectacles, au sein de la délégation du ministère de la Culture. Une pièce qui a drainé non seulement le public de la ville ocre mais aussi un nombre de comédiens et de dramaturges de tout le pays. Ainsi, étaient présents dans la salle : Abdelhak Zerouali, Naïma Ilyasse et d’autres.
La pièce est une reprise de l'œuvre théâtrale de Saâd Allah Wanousse dans laquelle il rend hommage à l'une des grandes figures du théâtre syrien : Abi Khalil Alkabani. Celui-ci a tout sacrifié pour instaurer un théâtre capable de dénoncer les atrocités qui se passaient dans un pays ravagé par plus de cent ans de domination ottomane. Il a dû transformer une partie de son foyer en petit théâtre où il mettait à nu les changements que connaissait l'Orient à la fin du dix-neuvième siècle sur les plans politique et social. Voyant que son art remplissait sa mission de secouer les conformismes et d'éduquer les citoyens, Alkabani  vendra tout ce qu'il possédait pour construire un théâtre où les représentations battaient leur plein. Malheureusement, les obscurantistes, au nom de la religion, brûleront son lieu d'épanouissement, ce qui va l'obliger à quitter son pays pour aller se réfugier en Egypte, sans pour autant se départir de son moyen d'expression.
Dans le cadre du théâtre dans le théâtre, et à la manière du roman dans le roman comme chez Paul Auster dans «La nuit de l'oracle », Abdellah Mouaaoui, universitaire, fondateur de la troupe depuis 1968 et dramaturge confirmé, a pu avec subtilité garder l’authenticité de la pièce originelle tout en l'inscrivant, de temps à autre, dans un cadre marocain. Les comédiens, par instants, rappellent au public qu'ils sont en train de jouer et abolissent, par ce fait, toute illusion du réel. « Alors jouons ce tour maintenant », disaient les uns aux autres, après avoir mis le public dans le contexte de la scène. Ainsi on trouve le soldat ottoman parlant Tachlhite et comprenant le dialecte marocain, les Syriens parlant des endroits de notre pays, etc. Les va-et-vient entre réalité et histoire, les anachronismes, les adaptations de certains comportements aux mœurs marocaines…tout cela fait qu'on regarde la pièce sans se sentir dépaysé ou non intéressé par les événements. L'actualisation de la pièce lui a conféré un aspect comique et lui a permis de compléter son rôle, à savoir joindre le divertissement à l'instruction. Des gens simples, qui ne cherchent pas à connaître la conjoncture historique, s'esclaffent de rire durant une heure et demie, temps de la représentation. Cependant, tout le monde est conscient que cette pièce est là pour rappeler le rôle sacré du théâtre qui vise à véhiculer des messages, surtout quand il s'agit d'une société qui passe par des moments critiques où le besoin d'une radioscopie s'avère nécessaire. La pièce est aussi un hymne à l'art et à sa noble mission de combattre ceux qui tirent en arrière, ceux qui n'aspirent qu'à reculer en arrêtant ceux qui tirent en avant en entravant leur entrain. Les forces antagonistes sont représentées dans la pièce par deux aveugles qui cherchent à taxer d'illicite tout ce qui sort de leur vision de voir le monde sans yeux. Ils prétendent détenir la vérité et n'acceptent pas de changer leur point de vue concernant l'art qu'ils considèrent comme un travail conduisant directement à la débauche.
Il faut aussi saluer la prestation des comédiens qui, appartenant à des générations différentes, se complètent pour constituer un groupe homogène. A côté des aînés comme Mahdi Alazadi et Mohamed Zeroual, Abdellatif Elmallakh, Hicham Oubaslam, Adel Amajker et autres expriment leur talent avec brio. Ils chantent presque tous d'une manière professionnelle et jouent des instruments de musique variés, on dirait un ensemble choral.
La pièce se termine par la citation des plus importants noms qui oeuvrent dans le théâtre au Marcoc ou dans le monde arabe. Ceux qui ont participé, par leur militantisme, à installer l'art de la scène dans sa conception moderne.   
Aljil Assaîd reste l'une des pépinières des comédiens et des gens du théâtre de la ville de Marrakech. La troupe a participé à plusieurs festivals à l'intérieur et à l'extérieur du Maroc, a été récompensée plusieurs fois et a vu naître  de grands comédiens sur la scène nationale et d'autres groupes de la ville ocre. Cependant, le soutien dont elle bénéficie de temps à autre de la part du ministère de la Culture n'est pas au niveau de ses ambitions. On aimerait bien voir l'Etat prendre en charge de telles initiatives pour leur permettre de continuer de vivre et assurer leur pérennité.
Soucieux du rôle que le théâtre peut jouer pour améliorer le niveau des citoyens et leur ouvrir les yeux sur ce qui passe autour d’eux, le fondateur de la troupe arrache du temps de son travail et de sa famille pour se consacrer à ce qu'il considère comme « sa mission dans le monde». L'on ne peut que saluer cette abnégation.

My Seddik Rabbaj (Ecrivain)
Mardi 16 Février 2010

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