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Une bataille farouche, une épopée historique et un appel à la réhabilitation de la mémoire

Deuxième caravane de Bouhadli




Une bataille farouche, une épopée historique  et un appel à la réhabilitation de la mémoire
A 1800 m d’altitude, les participants ce dimanche 19 mai 2013 à la deuxième caravane de Bouhadli, pouvaient comprendre le secret d’une bravoure. Refuge des résistants des tribus d’Aït Warayn, le mont Bouhadli situé dans la province de Taza, permet vraiment cette vue panoramique sur tous les chemins menant à l’actuelle station touristique Bab Bouydir. Le lieu idéal pour se retirer et faire la guerre des partisans. Cette fois, c’est une centaine de personnes qui ont pris d’assaut ce mont, à l’appel de quelques associations de la région, notamment la section locale de Tahla, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), ADRAR pour le développement et l’environnement et Lounja de Zerarda. L’exercice est important. Il vise à rafraîchir la mémoire, réhabiliter les faits historiques et mettre un terme à la politique officielle de l’oubli qui perdure. Mais ce grand retour au passé est loin d’être seulement un signe de fierté et une simple résurgence de cette estime de soi. Il reste surtout une question accusatrice à l’endroit des autorités et des décideurs sur la marginalisation de cette région et son exclusion des programmes de développement.  
Au mois de mai 1923, soit 90 ans auparavant, les résistants des tribus d’Aït Warayn s’étaient réfugiés dans le   mont, enfants et femmes compris. Ils avaient donné du fil à retordre à l’une des grandes puissances coloniales de l’époque, à savoir la France. Le projet de « pacification » de Lyautey était en avance vers l’Est. L’objectif était de mettre fin à la résistance des tribus des Aït Warayn et partant, de pouvoir assiéger un certain Abdelkerim au Rif. Les ouvrages d’Histoire écrits par des auteurs français de l’époque, notamment les officiers ayant pris part à cette conquête attestent que les soldats français n’avançaient pas un mètre sans se trouver face à une résistance farouche. L’ouvrage du colonel Voinot intitulé «Sur les traces glorieuses des pacificateurs du Maroc» en dit long sur cette résistance et cette bravoure, relatées dans un style laconique et télégraphique assez «colonial». « Les insoumis des Aït Warayn, dit-il, faisaient montre d’une grande résistance et nous avons perdu énormément de soldats dont des officiers ».
Omar Idil, professeur universitaire et chercheur en histoire de la région, s’empressait, quant à lui, de présenter à chaque étape de cette caravane, les explications nécessaires relatives aux détails et péripéties de la bataille qui avait duré du 6 au 8 mai 1923. Lorsque la soldatesque française (quelques milliers) avait échoué à venir à bout des résistants (quelques centaines) même si le siège  du mont Bouhadli s’était révélé inutile, elle a dû  recourir aux avions militaires, qui ont lancé des tonnes de bombes sur les zones des «insoumis». Une décision prise à l’encontre des  consignes de Lyautey lui-même, expliqua M Idil. Et l’historien français Daniel Rivet de confirmer dans son ouvrage «Lyautey et l’institution du Protectorat au Maroc» que le recours à l’aviation est une reconnaissance de la difficulté de la tâche de Lyautey et en même temps une preuve de la persévérance de la résistance. «La liaison avec l’Est, c’est-à-dire l’Algérie, resterait un point faible dans notre politique, tant que nous n’avons pas encore entamé la pacification des montagnes des Béni Warayn, ce qui ne sera possible qu’après la guerre et avec de grands nombres», écrivait Lyautey qui lancera dès 1920 son plan stratégique visant à mater la résistance dans la région.
Par ailleurs, l’impact de cette guerre de résistance allait être grand. Le retentissement devait faire tâche d’huile par la suite dans d’autres endroits du pays. La tactique de la résistance consistant à recourir aux hauteurs inaccessibles, allait être suivie par les résistants du sud-est du pays, à Boughafer, sous le commandement d’Assou Ou Baslam et Zayd Ouhmad à Jbel Baddou.
Bien avant d’entamer la caravane, l’exercice de mémoire avait débuté par un recueillement sur la tombe du grand résistant Mohand Ouhammou, en tant que résistant épitaphe. Par ailleurs, une table ronde animée par les professeurs Omar Idil et Ayachi El Amrani a été organisée pour la circonstance. Un enseignement majeur est à inscrire dans les mémoires :  nos enfants ne devraient pas s’intéresser aux événements historiques des pays lointains, alors qu’ils ignorent leur propre Histoire. Réécrire l’Histoire est aussi un grand défi pour les chercheurs du pays. La réconciliation se fait également sur le plan symbolique. Le poème (tayffart) déclamé  en amazigh par Mohand Omouloud est bien révélateur.

Mustapha Elouizi
Vendredi 24 Mai 2013

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