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Une activité de la jeunesse du PJD interdite avant d’être autorisée : La majorité gouvernementale échappe de justesse à une crise politique




Une activité de la jeunesse du PJD interdite avant d’être autorisée : La majorité gouvernementale échappe de justesse à une crise politique
Une rentrée politique sous haute surveillance. La majorité gouvernementale a frôlé samedi 1er septembre la crise politique avec l’interdiction –qui sera par la suite levée- de la soirée de clôture du 8ème Forum national de la jeunesse du PJD. C’est l’AFP, l’agence de presse à laquelle le ministre islamiste de la Communication avait présenté ses excuses exclusives, qui sera la première à donner l’information. «  La cérémonie de clôture du Forum national de la jeunesse du PJD prévue samedi en présence de M. Benkirane a été interdite par les autorités dans un “souci de sécurité et de maintien de l’ordre”, selon un responsable du ministère joint par l’AFP et qui a requis l’anonymat», a annoncé samedi 1er septembre en fin d’après-midi l’Agence France Presse. La nouvelle fait le tour du microcosme politico-médiatique. L’interdiction de la clôture des travaux de la 8ème édition du Forum des jeunes islamistes du Parti justice et développement qui devait avoir lieu à la place des Nations unies, à Tanger, n’est pas une information anodine. L’interdiction émane des services du ministère de l’Intérieur que dirige le tandem Mohand Laenser-Cherki Draiss lequel est placé sous l’autorité du chef du gouvernement. Très vite, l’information circule et fait grand bruit. Une activité du parti d’Abdelilah Benkirane a été interdite et il devait même y assister! Les téléphones portables n’en finissent de crépiter et les sites électroniques d’information suivent, presque in live, les développements de cette interdiction faite à la jeunesse du PJD d’organiser sa soirée de clôture que devait, entre autres, animer le chanteur désormais soufi, Abdelhadi Belkhayat.
Au même moment, et en direct du Forum national de la jeunesse du PJD, les figures islamistes commentent l’interdiction. En djellaba et oublieux de ses habits ministériels, Najib Boulif, le ministre islamiste des Affaires générales et de la Gouvernance en profite pour haranguer des troupes de jeunes pjdistes remontés à bloc, confondant au passage  majorité et opposition. 
 
Boulif : «Merci à ceux qui nous ont interdits»
«Ce n’est pas la première fois qu’on nous interdit. Et ce ne sera sûrement pas la dernière. Avant, nous étions dans l’opposition. Aujourd’hui, nous sommes dans la majorité. Mais je dis merci à ceux qui nous ont interdits parce qu’ils vous ont donné la véritable image d’un Maroc qui n’a pas changé, un Maroc qui continue d’avoir des réflexes sécuritaires, qui malmène les libertés et les journalistes. Nous devons nous mobiliser pour la réforme », lance-t-il du haut de la tribune. «L’intervention de M. Boulif est très étrange. Ce ministre a pris la parole comme s’il était encore dans l’opposition alors qu’il fait partie d’un gouvernement qui assume cette interdiction. Plus encore, celui qui préside aux destinées de cet Exécutif n’est autre que le secrétaire général du PJD qui a vu l’une de ses activités tout bonnement annulée pour des raisons de sécurité. Et ce ministre réagit comme si de telles décisions leur échappaient complètement. 
Alors que le gouvernement, ce sont eux et personne d’autre.  Ce n’est pas très responsable comme attitude », commente un membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires.
Dans la foulée de l’interdiction, deux députés du PJD occupent le terrain médiatique et font des déclarations à la presse internationale. “C’est une humiliation pour notre parti et il ne faut pas rester les bras croisés”,  affirme le député  Abdelaziz Aftati à l’AFP. Sur Al Jazeera, le parlementaire Bouano menace de faire sortir les troupes islamistes dans la rue. Quant à Abdelali Hamieddine, membre du secrétariat national du PJD, il décrypte l’interdiction de la soirée de clôture du Forum des jeunes du parti comme “un acte de vengeance contre les travaux du congrès».
Tout au long de la semaine, les travaux de la huitième édition du Forum national de la jeunesse du PJD, le parti qui conduit la majorité gouvernementale, se sont transformés en tribune contre notamment les rites du Makhzen. Des interventions remarquées de caciques du PJD et du Mouvement unicité et réforme, son bras religieux, ont fini par jeter le trouble et donner à supposer que la famille politique d’Abdelilah Benkirane règle ses comptes –notamment avec l’entourage Royal- à travers la libre parole des jeunes barbus et voilées. L’allégeance, le partage du pouvoir, les prérogatives du chef de l’Etat, les attributions du chef du gouvernement, des poids lourds islamistes se sont succédé à la barre pour témoigner à charge contre «ceux qui empêchent Benkirane et son gouvernement de travailler et d’entamer des réformes contre la corruption». 
 
Qui a pris la décision d’interdire ?
Ces interventions ont-elles été celles de trop dans un climat déjà délétère où l’on a vu un Benkirane présenter des excuses –grâce aux bons services de la MAP- au Roi et à ses conseillers, et ce après  avoir écorché ces derniers dans des entretiens accordés à des journaux de la place ? Difficile de savoir ce qui s’est passé exactement, d’autant que l’agence officielle de presse ne soufflera mot de cette interdiction qui a duré plusieurs heures avant d’être levée. Dimanche matin, la MAP balance sur son fil l’information de la cérémonie de clôture. Un scoop ! «La 8ème édition du Forum national de la jeunesse du Parti justice et développement (PJD) s’est achevée samedi à Tanger après une semaine de diverses activités autour du thème “Des jeunes avec la réforme et contre la corruption”. La cérémonie de clôture de ce forum, qui a été marquée par la présence du secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, et des responsables du parti et de la jeunesse du PJD, a porté sur une soirée artistique», nous apprend sur un ton très sibyllin une dépêche d’agence. A la clôture, le chef du gouvernement ne soufflera mot de cette interdiction. Il fera par contre allusion à ceux qui se dressent contre les réformes. 
Interdite avant d’être autorisée, la soirée de clôture du Forum des jeunes islamistes a bel et bien eu lieu. Mais des questions de fond se posent. Comment et à quel niveau une telle décision d’interdiction a –t-elle été prise ? Le ministre de l’Intérieur en a-t-il au préalable informé le chef du gouvernement qui se trouve être le secrétaire général du PJD ? Des pressions sous forme de menaces de crise politique ont-elles finalement eu raison de l’interdiction ? Les coulisses politiques finiront très probablement par lever le sceau de la confidentialité sur ce qui aura été une folle journée pour le parti majoritaire.
 

Narjis Rerhaye
Lundi 3 Septembre 2012

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