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Une Moudawana à parfaire




Une Moudawana à parfaire
La nouvelle «Moudawana» a marqué une étape importante de l'évolution de la femme vers la modernité. Sa promulgation a été accueillie avec ferveur par les forces démocratiques du pays et a eu un retentissement appréciable à l’étranger. Mais, nos oulémas n'ont pas fait l'effort de l'extirper de toutes les injustices qu'elle continuera à faire subir à la femme musulmane, à savoir la polygamie autorisée et la «fameuse règle 2 = 1 de l’héritage».
Le Coran leur offrait, cependant, sur un plateau d'argent, le moyen d'interdire totalement la polygamie. Par le Verset 129 de la Sourate 4, il interpelle vertement l'homme par cette injonction divine :«Vous ne pouvez être juste envers vos femmes, même si vous le désirez». Ils ont préféré se contenter d'instituer quelques garde-fous, tels qu'une polygamie consensuelle, alors qu'ils ne pouvaient ignorer les problèmes que ne manquerait pas de poser, aujourd'hui, la cohabitation, au sein d'une même famille, de plusieurs épouses.
De plus, la nouvelle «Moudawana» ne touche pas à l’héritage qui reste, comme par le passé, régi par la loi coranique. Toujours en retard d'un siècle, ils ont défendu avec parcimonie le principe sacro-saint instituant la fameuse règle «deux = un» qui perpétue un privilège «sonnant et trébuchant» au profit de la gent masculine ; ils invoquent, pour cela, des préceptes religieux pour le moins surannés dans une société moderne où la femme assume les mêmes responsabilités matérielles et morales qui étaient, il y a quelques décennies, dévolues aux seuls époux. Un autre dogme, celui «d'Attaâssib» qui perdure également et oblige les filles uniques à partager les biens légués par leur père ou mère décédé, avec des oncles, cousins ou autres.
L'histoire nous apprend, pourtant, que des voix féminines avaient, du temps du Prophète, protesté contre ces règles discriminatoires; «le message que (ces voix féminines) transmettaient, note l'islamologue M. Najji, était radical. Il ne dénonçait pas seulement la discrimination dans l'héritage, mais il voulait revoir les fondements qui le régissent. Nous sommes tous les enfants d'Adam et d'Eve; nous participons, aux côtés de l’homme à l’effort de guerre; nous devrons, donc, bénéficier des mêmes avantages matériels (que l'homme). Aïcha, la jeune épouse du Prophète est même allée jusqu'à considérer le mariage comme un esclavage.»
Une autre injustice qui touche notre gent féminine est celle du notariat adoulaire qui doit, selon les oulémas, rester la chasse gardée de l'homme, alors que la loi sur le notariat moderne n'exclut nullement la femme de l'exercice de cette profession. 
Mais s'agissant d'autres domaines où «l'argent n'est pas le nerf de la guerre», nos doctissimes de l'islam acceptent, sans rechigner, que la lapidation, l'ablation de la main du voleur ou la peine de mort ne soient pas appliquées; ils ne dénoncent, nullement, les lois positives qui ne les prescrivent pas, comme sentences.
La femme musulmane était, même du temps du Prophète, consciente des injustices qui lui étaient faites; il suffirait à nos oulémas de se remémorer le Verset n°1 de la Sourate Al Moujadallah : «Dieu a entendu la plainte que t'a adressée cette femme (Khaoula Bent Taâlab) contre son mari et celle qu'elle a adressée à Dieu. Dieu a entendu cette conversation car il entend et voit tout». Cette plainte «démontre, selon Mohamed Najji, d'une manière implicite, qu’une prise de conscience de la femme lui avait permis d'affronter son mari, de protester contre ses agissements et de les lui reprocher».
A nos respectueux oulémas, on peut appliquer ce mot de Molière qui constate qu'ils restent en dehors de l'évolution que connaît le monde dans le domaine du savoir :
«Oui, vous êtes sans doute un docteur qu'on révère
Tout le savoir du monde est chez vous, retiré» Tartufe, acte I scène V
Ils ne doivent, cependant, pas tous être logés à la même enseigne ; certains, tels que le professeur Khamlichi ou le directeur de l'Institut Al Saoud, affirment avec courage que les règles de l'héritage devraient sortir du cadre strictement religieux pour être régies par des lois civiles adaptées à l'évolution que connaît la société.
Il faut, en tout état de cause, reconnaître que la «Moudawana» constitue un progrès par rapport à la situation d'antan ; elle accorde à la femme, à l'exception de ces quelques survivances d'un temps révolu, des droits presque similaires à ceux que reconnaissent les conventions internationales à l’homme. La femme marocaine a, ainsi, acquis sur le plan légal, des droits assez appréciables, mais elle ne doit pas baisser les bras, elle doit, au contraire, continuer la lutte pour que les textes promulgués soient correctement appliqués par les tribunaux et surtout admis par certaines franges réticentes de notre société. Elle pourra, ainsi, obtenir que le principe sacro-saint de l'égalité des droits, (même celui de l’héritage) devienne, dans toute sa plénitude, applicable à la femme.

Par Mohamed Aouad
Jeudi 6 Février 2014

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