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Une Constitution, aussi avant-gardiste soit-elle, reste un texte qui attend d’être mis en œuvre : Le suffrage des citoyens aura désormais un impact direct et irrémédiable




Les citoyens marocains ont rendez-vous avec les urnes le 25 novembre afin d’élire leurs instances représentatives. Ce rendez-vous électoral revêt des allures particulières dans un contexte régional caractérisé par une forte instabilité. Au niveau interne, cette élection intervient dans le contexte post-référendum constitutionnel.
L’enjeu est considérable dans la mesure où la question essentielle qui se pose est celle de savoir quelle est la force politique la mieux à même de mettre en application la nouvelle Constitution votée en juillet dernier. Celle qui aura la crédibilité nécessaire pour  mettre en œuvre ce nouveau texte dans ses multiples aspects, politiques, économiques, sociaux et culturels. Car une Constitution, aussi avant-gardiste puisse-t-elle, être reste avant tout un texte qui attend d’être mis en œuvre.
Elle doit être dotée d’outils adéquats et pertinents hâtant sa mise en application. Aussi, la réussite de ce scrutin tiendra à la capacité des partis politiques à mobiliser les électeurs le jour J. Le taux de participation, au-delà des résultats quant au classement des partis politiques, est l’inconnue majeure du scrutin et qui peut avoir des effets déterminants sur la suite des évènements. En effet, un faible taux d’abstention aura pour effet d’exacerber la défiance des citoyens envers les institutions, à l’heure où nous avons tous besoin de rétablir cette confiance perdue entre les citoyens et la politique. Ceci n’aura d’autre effet que d’accroître les risques de crise politique et sociale. Les citoyens doivent se rendre compte que  pour la première fois de l’histoire du pays, leur suffrage aura un impact direct et irrémédiable sur le cap politique que se fixera le Maroc. Le Maroc est dans une phase très sensible de son Histoire qui appelle à un dépassement de l’ensemble des acteurs concernés, au premier chef les partis politiques. La rue arabe est entrée en ébullition et nul ne sait jusqu’où ces mouvements de contestation vont aller.Ce qui est certain, c’est que les citoyens de cette région aspirent à la démocratie, à un Etat de droit, à la justice sociale et à la dignité. Il y a de fortes attentes chez l’ensemble des couches de la population, les jeunes et les femmes au premier chef. Cette attente, si elle n’est pas satisfaite, peut engendrer de la frustration avec tout ce que cela implique comme dérapages incontrôlables. Aussi, l’heure n’est plus aux calculs politiciens mais à un véritable sursaut national afin d’être à la hauteur des enjeux. Certaines initiatives, qui relèvent davantage des recettes du passé, ont surpris et indigné car malvenues dans ce nouveau contexte. C’est pour cela que la crédibilité doit être le maître mot de cette élection cruciale.
Aussi, il y a deux types de scénarii possibles. Le premier est celui d’une victoire des forces progressistes qui portent depuis un demi-siècle ce combat pour la démocratie et l’instauration d’un Etat de droit. Aussi, on peut considérer qu’elles ont la « légitimité » afin d’appliquer demain la nouvelle Constitution dans la mesure où elles ont une vision très claire de ce que doit être le Maroc de demain où la citoyenneté doit revêtir un nouveau sens et être au centre de toute approche. Ces forces s’inscrivent dans la continuité d’une longue tradition historique de lutte contre l’autoritarisme, l’arbitraire, le népotisme et le clientélisme. D’une certaine manière, le Printemps arabe légitime leur combat car ces revendications sont les leurs depuis des décennies. Cela fait partie de leur identité politique et elles ont payé un lourd tribut afin que le Maroc se dote d’institutions crédibles et représentatives. Le second scénario serait celui d’une victoire des forces conservatrices qui véhiculent depuis peu un message de modernité afin de se montrer en phase avec le nouveau contexte. Cette stratégie relève davantage du marketing politique que d’une véritable stratégie de fond. On peut donc s’interroger sur leur capacité et volonté de doter le pays d’un nouveau cap politique qui soit en phase avec les aspirations de la population. Ne nous leurrons pas : ces forces, par opportunisme politique, sont obligées de surfer sur la modernité. Cette modernité n’est en réalité qu’un slogan creux qui masque une absence de projet politique et traduit plutôt une volonté de protéger des intérêts bien établis et préserver les acquis et le statu quo en général. Certaines pratiques électorales qu’on voudrait révolues sont d’ailleurs toujours présentes.
L’heure n’est plus aux faux semblants mais à une véritable rupture avec le passé. Les milieux d’affaires sont dans l’attente d’une véritable séparation entre pouvoir politique et pouvoir économique. L’économie de rente doit céder la place à une véritable politique industrielle qui soit génératrice de croissance et d’emplois. Il faut instaurer une véritable économie de marché qui soit basée sur le respect des règles du jeu, sur l’efficacité économique mais aussi sur l’équité sociale, la solidarité et le développement durable. Il faut en finir avec les comportements et abus qui minent notre société, décrédibilisent l’Etat et affaiblissent les institutions. Les jeunes, quant à eux,  aspirent à l’amélioration de leurs conditions de vie, à l’accès à des services publics de qualité (éducation, santé), au renouvellement des élites dirigeantes ; ce qui témoigne d’un besoin de s’impliquer dans la vie de la cité. Les femmes aspirent à l’élargissement de leurs droits et à la dignité. Bref, la société marocaine est entrée dans une phase d’ébullition qui traduit un besoin de rupture sans équivoque. Ce besoin de rupture doit se traduire par une participation massive aux urnes. Sinon, il restera un vœu pieux.  
Les citoyens marocains sont donc placés devant leurs responsabilités et doivent effectuer des choix clairs. Soit ils votent en masse et de préférence pour le parti qui incarne le mieux, selon eux, la rupture de manière à lui donner la force et la légitimité politique nécessaires afin de mener les réformes indispensables dont a besoin notre pays. Soit ils boycottent les urnes et cela n’aura d’autre impact que renforcer le camp des conservateurs dont l’électorat sait se mobiliser lors d’élections. Ils peuvent également choisir de voter pour les partis conservateurs ; ce qui se traduira immanquablement par un retour en arrière sur le plan politique et social. Ces forces vont en effet s’atteler à vider systématiquement la nouvelle Constitution de sa substance. Nous avons donc la destinée du pays entre nos mains et nous nous devons donc de faire les bons choix. Après il sera trop tard. Aux urnes citoyens !

 * Docteur en Sciences Economiques et  professeur à l’ISCAE

Par Tarik El Malki *
Jeudi 24 Novembre 2011

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