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Un témoignage en hommage à Abdelkebir Khatibi : “Nous sommes une société khaldounienne”




Un témoignage en hommage à Abdelkebir Khatibi : “Nous sommes une société khaldounienne”
Notre enfance, mes frères, mes sœurs et moi, dans les années soixante-dix, était ballotée entre l'école primaire à Sidi Smail, cinquante kilomètres au sud d'El Jadida, où notre père « Aazizi» fut notre directeur d'école, et la capitale de province : El Jadida. On allait et venait au gré des vacances.
Puis fut le collège à El Jadida, le ballon, le  foot sur le sable, les promenades, désintéressées, en fait …une errance, qui se répète, innocente sur page blanche.
A notre âge, on s'émerveillait et s'étonnait à la fois, que notre nom de famille fût connu, surtout parmi les enseignants; car à l'époque, « La mémoire tatouée » faisait des ravages parmi les connaisseurs.
Oncle Abdelkebir nous rendait visite pendant l’Aid El Kébir, symbole de sa naissance, de son nom, de son génie ; on avait deux fêtes; sa douceur  nous étonnait, et cette sorte de rêve, de s'accrocher à ses traces, de suivre l'exemple, et …quel exemple !
Enfant que j'étais, je m'étonnais de cette douceur que l'oncle  a à manier le mot, assez bien choisi pour la situation, et en même temps, une lenteur brève meublait, par-ci, par-là ses dialogues, mais les mots …certes arrivent, pesants et assez significatifs.
Je me rendrai compte que si un Amour pour cette scène devait être suscité, ce serait  à cause de cette captation amicale et intelligente,…et l'Homme n'était en fait qu'assez exceptionnel, d'abord par son écoute de l'Autre avec modestie et tendre attention, qui n'émanait que de son amour pour son prochain, que par cette capacité à « faire la fête aux détails », à leur rendre toute leur noblesse et innocence, des faits simples pouvaient ainsi devenir, objets de méditation,…et puis non clos, laissés pour compte, presque sous forme d'interrogations inavouées, se devinent….
Cher oncle, je me rappelle ce jour, je vous avais demandé : « Etes-vous d'accord avec Camus ? « Pas tout à fait !.. », m'aviez-vous répondu.
Je devinais votre choix intellectuel, assez libre, personnel, façonné…et ouvert; sur quoi j'avais rétorqué à l'oncle dont j'étais l'hôte : « Quelle est la problématique, à quoi vous vous intéressez dans vos recherches? » et la réponse venait comme ça : « C'est la différence …»
Je saisissais la différence alors comme une sorte de psychanalyse et sociologie humaine… la différence dans la souffrance… la différenciation des classes, hommes et femmes, dans les édifices, au sein de la matrice humaine… peut-être  …..
Ou encore, cette autre fois, me plaignant de trop…vous m'aviez rétorqué : «qu'est-ce que la vie ?... »
Le défi est interpellé, la blessure doit se défier, au nom de la position debout,…en marche… ?
« Nous sommes une société khaldounienne» un demi-sourire aux lèvres, ah ! cher oncle,…allah yrahmake, histoire et politique se règlent leurs comptes et éclairent le subtil présent, objet de l'étude, de correction, une correction khatibienne…
La plume de classe  défiant l'absurde, esthétique,…une écriture « gardienne » des mots,…des idées, de la langue, la « bi-langue».
Si Abdelkebir était aux prises avec la langue, outil du savoir, par excellence, messagère des « signes du savoir » et initiateur à plus d'un titre - d'une communication noble, et par le fond et par la forme, qui ne peut que susciter le respect de l'écrivain ,...l'amour du scribe ….pour tout dire « Al Aam » était par présence, une source de joie et cette fierté d'être neveu de l'écrivain, qui légitimait ce rêve de construction d'un avenir lumineux…
La mort, ce destin  inéluctable  de tous les hommes, n'est liée à la vie que par une distance; une distance certes meublée par une fertilité scribe; un dense apport à la sociologie revisitée; enrichie par une connaissance philosophique profonde, et en éveil, un questionnement continu des paradigmes en valeur, dans la société, avec un sens de l'intuition, brillamment argumenté, que s'agissant de l'Histoire, jamais oubliée, ou de cette référence au futur, teintée de l'ambition pour une paix,…un bonheur-labeur dans le devenir  social,…ou il interpelle toujours l'éveil, la recherche, le travail.
Le docteur Khatibi est pour une aventure menée à terme, éveillée, profonde et humaine…
Cette aptitude à exprimer l'être, dans sa dimension culturelle-identitaire, à s'interroger sur sa blessure, et son devenir en prenant à témoin tous les indices culturels, historiques de psychanalyse les plus subtils, omis par maints contemporains; tels les signes, la calligraphie, voire en tapis, qui devient œuvre authentique.
« Si Abdelkebir » invite à travailler, la conscience tranquille, sur tout ce qui opte pour « le gain des distances »...et gagner une distance, c'est l'illuminer, s'éclairer…
Jamais « Aami Abdelkebir » on ne pourrait te remercier assez, ni te rendre l'hommage que tu mérites, seules tes œuvres sont là, témoins de ta juste valeur, ni un simple témoignage ne pourra être à la hauteur, il faudrait se mettre dans la peau du chercheur, certes, mais la douleur est là,…jamais non plus on ne pourrait t'oublier !....  

* Neveu de feu Abdelkebir Khatibi


AZIZ El KHATIBI *
Samedi 22 Mai 2010

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