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Un projet socio-cinématographique pour les jeunes : Regards croisés sur le patrimoine culturel marocain




Un projet socio-cinématographique pour les jeunes : Regards croisés sur le patrimoine culturel marocain

Au Maroc d’aujourd’hui, on constate que la société civile est de plus en plus attachée à la question des jeunes. Ainsi, des organisations et associations de jeunes ont vu le jour pour s’intéresser aux questions qui préoccupent la jeunesse marocaine en vue de comprendre et d’accompagner cette frange sociale qui dépasse les 38% de la population. Malgré les efforts déployés pour pouvoir intégrer, encadrer et former les jeunes, ces derniers restent, en grande majorité, indifférents à ces tentatives associatives. De nouvelles formes d’expression ont donc investi la sphère sociale : musique underground, mouvement Nayda, hooliganisme, expressions artistiques alternatives… des expressions formelles et autres informelles, rebelles et parfois rétrogrades, protestataires et silencieuses. Une chose est certaine, les structures sociales et institutions traditionnelles telles que les partis politiques, les associations et syndicats sont de plus en plus loin des centres d’intérêt de notre jeunesse. Le nombre de jeunes partisans en pleine régression en témoigne. Les Maisons des jeunes sont abandonnées plus que jamais. Cela oblige ces institutions à revoir et repenser leurs structures organisationnelles, leurs outils de communication et leurs discours qui connaissent actuellement une véritable crise.
L’Action Jeunesse s’est engagée aujourd’hui dans un projet qui consiste à former des jeunes étudiants dans le domaine de l’écriture et la réalisation cinématographique. Une formation qui s’étale sur une année et comporte plusieurs volets relatifs à la culture en général et au cinéma en particulier.
Action Jeunesse, une plateforme pour une nouvelle jeunesse marocaine engagée
Action Jeunesse est un groupe de jeunes qui s’est réuni en 2002 dans l’objectif de « remédier à un douloureux constat qu’est le désintéressement de la jeunesse à l’égard du développement démocratique, à savoir : les associations, les partis politiques et les syndicats ». Ce groupe de jeunes a intégré le Forum des Alternatives Maroc en 2004. Ce dernier est une organisation qui œuvre dans le domaine des mouvements sociaux et la défense des droits humains au Maroc comme dans la région du Maghreb. Ainsi l’Action Jeunesse est devenue un programme du Forum des Alternatives Maroc (FMAS), avec une autonomie tant au niveau organisationnel que politique.
Des comités locaux Action Jeunesse ont été créés en vue de fonder un mouvement des jeunes au niveau national capable de concrétiser les objectifs et principes de la structure, à savoir : la promotion de la participation des jeunes à la gestion de la chose publique, la contribution au développement durable des régions et la promotion des alternatives conçues par et pour les jeunes. Ces comités sont au nombre de neuf et bénéficient d’une certaine autonomie leur permettant de proposer et de mener des actions et activités tout en restant en adéquation avec la charte des principes du groupe. Le Conseil de l’Action Jeunesse est considéré comme étant l’autorité suprême de l’organisation. Il a plusieurs fonctions telles que la mise en place, la coordination et le suivi des actions sur le plan national. Cela ne signifie pas que les comités locaux ne jouent pas les mêmes rôles, car ce conseil est composé des représentants de chaque comité en plus des membres fondateurs. Les décisions sont prises par consensus et les membres du conseil ont les mêmes droits et obligations puisqu’il n’y a ni président, ni secrétaire général ni consultant. Cette souplesse organisationnelle est une alternative qui mérite d’être étudiée, développée, comme elle peut inspirer plusieurs ONG où la bureaucratie fait des dégâts. Pourtant, malgré cette souplesse, la structure connaît des obstacles qui entravent le processus de réalisation de ses objectifs : les comités locaux n’ont pas la même vision stratégique des actions et finalités, la communication fait défaut, l’insuffisance des activités qui se font au niveau national, le suivi des actions est de plus en plus faible du fait de l’absence d’une ligne politique claire et unificatrice permettant de susciter un sentiment d’appartenance à cette structure.
Malgré ces difficultés, l’Action Jeunesse fait partie des rares réseaux de groupes de jeunes dynamiques et conscients de la nécessité de procéder à des changements profonds dans la société. Des changements qui ne peuvent se concrétiser sans développer un véritable sens d’engagement et de responsabilité au sein des structures politiques et celles de la société civile.
La contribution au renforcement des capacités intellectuelles et culturelles de la jeunesse marocaine figure parmi les objectifs prépondérants de l’Action Jeunesse. C’est pour cette raison qu’elle a pris l’initiative d’organiser tout au long de l’année 2009-2010 un cycle de formation au profit de 15 jeunes marocains autour du film documentaire.
La notion thématique choisie pour cette formation porte sur le patrimoine matériel et immatériel marocain. Et c’est devant la situation alarmante de quelque 15.000 sites historiques non-protégés et non-valorisés par les communes locales, les instances étatiques et autres institutions responsables en la matière que ces jeunes ont pris l’initiative de réaliser trois films documentaires autour de cette question.
Pour atteindre ces objectifs, l’Action Jeunesse a sélectionné 15 étudiants en sciences humaines, sociales et sciences de la communication suite à une journée de sélection organisée en mars dernier. Ces jeunes suivront des formations/actions en techniques de film documentaire, médiation interculturelle, et industrie du cinéma afin de pouvoir réaliser les documentaires prévus. Et ce, dans les locaux de l’Institut supérieur privé du cinéma et d’audiovisuel. D’autres institutions telles que le Centre cinématographique marocain et l’Université Mohamed V ont adopté le projet et ouvert leurs locaux au profit de ces jeunes.
Selon Meryam Ghouflane, jeune étudiante en sociologie et bénéficiaire de cette formation, il s’agit d’une « excellente opportunité qui me permet de développer mes connaissances en matière de la réalisation cinématographique ». Pour Mohamed Mehdi Benkhoja, jeune étudiant à la faculté de Droit-Salé, « cette formation devrait nous apprendre plein de choses au niveau de la création cinématographique. Nous sommes chanceux de pouvoir bénéficier de cette initiative qui encourage les jeunes et leur permet de développer leurs connaissances tout en ouvrant des perspectives de créativité et d’innovation ».
Après un mois de
formation, quelles évaluations pour quelles perspectives?
Du 20 avril au 20 mai 2009, les quinze sélectionnés ont bénéficié d’une formation continue diversifiée et pluridimensionnelle. Cette première partie du projet a porté principalement sur « la médiation interculturelle ». A travers des ateliers et tables rondes encadrés par le Professeur El Ouazzani à la Faculté des sciences de l’éducation, les jeunes ont été initiés sur le sens et le rôle du médiateur qui a pour métier de faire partager la culture d’une nation avec d’autres groupes et individus appartenant à une autre région du monde.
Avec M. Belafkih de l’ISCA, les futurs cinéastes vont découvrir la signification et les caractéristiques du film documentaire. Ils comprendront qu’il s’agit d’un genre cinématographique qui se distingue des autres par la tendance à saisir la réalité et par son caractère objectif, permettant au spectateur d’élaborer son propre point de vue. Les ateliers ont traité aussi des composantes et étapes de la réalisation d’un film documentaire. L’une des étapes majeures est celle de l’écriture du scénario. Ce dernier se compose de trois étapes basiques, à savoir : une introduction rapide et accrocheuse (une ou deux phrases), un bref résumé du projet pour exposer l’objectif principal et les ressources humaines et techniques et enfin un plan d’action. En plus de ces ateliers, les jeunes avaient rendez-vous avec des conférences-débats et autres activités culturelles. Ils ont rencontré des acteurs associatifs comme M. Arahmouche du bureau exécutif du Forum des Alternatives Maroc qui a encadré une rencontre-débat autour de la thématique des droits sociaux et culturels.
Enfin de cette première partie de formation, les futurs cinéastes ont été invités à former des groupes et choisir trois sujets de films documentaires. Ainsi, ils ont choisi des thématiques telles que la nouvelle scène musicale marocaine en rapport avec le patrimoine oral : entre marocanité et commercialisation, la valorisation des pratiques ancestrales de gestion de l’eau au service de la solidarité et l’appropriation des Casbahs par l’homme.
Après un mois de formation, le chemin semble encore long. Le projet est à son début. Les jeunes auront rendez-vous avec plusieurs séances de formations notamment sur les techniques de communication, la réalisation, la production filmique, la recherche documentaire, le repérage/tournage, le montage et enfin la diffusion. Ce cycle permettra à ces jeunes de réaliser leurs propres documentaires, concrétiser et faire valoir leurs idées. Notons enfin que ces documentaires seront diffusés sur les écrans de plusieurs festivals de cinéma au Maroc, en Espagne et en France.

Par Montassir SAKHI
Vendredi 12 Juin 2009

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