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Un peu de géolinguistique : L’impérialisme anglo-saxon




Un peu de géolinguistique : L’impérialisme anglo-saxon
Lors d'une conférence en juillet 2000 à l'Université de Stanford sur le thème "A Time for Leadership", Margaret Thatcher a dit : “En ce XXIème siècle, le pouvoir dominant est l'Amérique, le langage dominant est l'anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon”.
En 1992, l'académicien Michel Serres avait protesté : actuellement, on voit sur les murs de Paris beaucoup plus de mots anglais qu'on ne voyait de mots allemands pendant l'occupation.
En 1999, Claude Allègre et Pierre Moscovici écrivaient dans un avis du Parlement français : Les motifs d'inquiétude et d'angoisse ne manquent pas quant à l'avenir et au rayonnement de notre culture face à cette extraordinaire machine d'invasion intellectuelle que constituent désormais les Etats- Unis.
Le candidat Sarkozy affirmait le 9 mars 2007 à Caen : “L'obsession d'une langue unique au prétexte de l'efficacité est un leurre qui masque les effets de domination de la pensée unique dont la langue unique est l'antichambre....Si je suis élu, je mettrai la Francophonie au rang des priorités diplomatiques de la France....Je me battrai pour que dans les instances européennes et à l'ONU le français continue d'être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans les organisations internationales. Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l'enseignement de deux langues étrangères parce que c'est la seule façon efficace pour que l'hégémonie de l'anglais soit battue en brèche."  
Gordon Brown ne l'a pas entendu: début 2008, le gouvernement anglais a rendu facultatif  l'enseignement des langues étrangères, qui était obligatoire dès 14 ans.  En parallèle Mr Brown a annoncé un vaste programme pour la diffusion de l'anglais dans le monde, notamment en Chine et en Inde où 750.000 enseignants d'anglais seront formés en cinq ans.
Le linguiste britannique Robert Phillipson, lauréat en 2010 du prix Linguapax de l'Unesco et auteur du livre “Linguistic Imperialism” a révélé le rapport d'une rencontre tenue en 1961 à Cambridge où la Grande-Bretagne et les USA se sont mis d'accord en cachette pour une sorte de Yalta linguistique du monde. La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et d'autres pays (réseau d'espionnage Echelon) y furent considérés comme le centre et le reste du monde comme la périphérie. Le Maroc, fidèle parmi les fidèles de la France et la Francophonie, se situe ainsi  à la périphérie de la périphérie.
Ce rapport est clair : l'enseignement de l'anglais à des locuteurs non natifs peut transformer de façon permanente toute la perception du monde de ceux qui l'étudient. Quand une nouvelle langue devient vraiment opérationnelle dans un pays sous-développé, le monde des étudiants se retrouve restructuré. Un ministère de l'Education sous la pression nationaliste peut ne pas être bon juge des intérêts d'un pays. Un esprit nationaliste pourrait ruiner tout espoir de l'anglais comme seconde langue. L'anglais est devenu non seulement le représentant de la pensée et des sentiments contemporains du monde anglophone, mais encore un vecteur de toute la tradition humaine en voie du développement : du meilleur et du pire qui aient été pensés et ressentis par l'homme depuis que l'on écrit l'histoire.
L'anglais est la seule langue  dont le monde moderne ait besoin. Les pays nouvellement indépendants peuvent pour des raisons nationalistes manquer de jugement au point de résister à l'anglais, et qu'en de tels cas, on doit passer outre leur volonté, dans l'intérêt politique et commercial des pays anglophones.
Le terrain a été préparé dès 1934 à New York lors d'une conférence de la Fondation Carnegie sur le thème “L'utilisation de l'anglais comme langue mondiale”.  La même année, le sémanticien Charles Ogden a écrit: “Plus utile serait au monde un millier de langues mortes en plus et une vivante de plus”. Il proposa de simplifier l'anglais et fut  soutenu par  F. Roosevelt et W. Churchill qui écrivait en 1943 : “Je suis très intéressé par la question de la langue anglaise basique. L'utilisation propagée de celle-ci serait un gain bien plus durable et profitable que l'annexion de grandes provinces”. Cela ne l'empêcha pas d'admettre avec humour : l'anglais est la langue la plus facile à parler mal.
Le British Council fut fondé en 1935 pour défendre  derrière un déguisement culturel les intérêts britanniques. Son rapport de 1968/69 cite: il y a un élément de commercialité dissimulé derrière chaque professeur, livre, revue, film, programme télévisé, de langue anglaise envoyé au-delà des mers. Le rapport  de 1987/88 cite : le véritable or noir de la Grande- Bretagne n'est pas le pétrole de la mer du Nord mais la langue anglaise. Le défi que nous affrontons est de l'exploiter à fond.
En 1908, Gandhi décrivait ces enjeux ainsi : Donner à des millions une connaissance de l'anglais, c'est les rendre esclaves. ....Le recours à une langue étrangère en Inde pour réaliser l'enseignement supérieur a causé un dommage intellectuel et moral incalculable à la nation… Plus encore que les Anglais, ce sont nos anglophones qui ont réduit l'Inde en esclavage. Ce n'est pas Lyautey qui le démentira: Une langue, c'est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation.
La réunion de Cambridge a atteint le but d'imposer de nouvelles structures mentales, mettre la plus grande partie de l'humanité devant un fait accompli et réduire les autres langues au niveau de choses folkloriques. A titre d'illustration, cette statistique relative aux langues dans lesquelles sont écrits les textes émis par la Communauté européenne :
Il est loin le temps où l'empereur Charles Quint (1500-1556) disait: “Je parle anglais aux commerçants, italien aux femmes, français aux hommes, espagnol à Dieu et allemand à mon cheval”.  Il est loin le temps de l'écrivain espagnol José Cadalso (1741-1782), qui a écrit dans ses Lettres marocaines : “Les Espagnols écrivent la moitié de ce qu'ils imaginent; les Français plus qu'ils ne pensent à cause de la qualité de leur style; les Allemands disent tout, mais de telle façon que la moitié des gens ne les comprennent pas; les Anglais écrivent pour eux seuls…”
Moulay Ahmed Iraqi Ahmed Benseddik
Moulay Ahmed Iraqi est ancien doyen de Faculté de médecine de Casa, ancien ministre de l'Environnement et actuel SG adjoint du Parti Socialiste.
Ahmed  Benseddik, ingénieur de l'Ecole Centrale de Paris et initiateur de la célébration des 1200 ans de Fès.
Principales sources bibliographiques :
http://www.droits-linguistiques.org
http://www.avenir-langue-francaise.fr/
http://www.linguapax.org/

Libé
Mardi 5 Octobre 2010

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