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Un petit village d'Indonésie devenu champion de la lutte antitabac




Niché dans les montagnes du centre de l'Indonésie, Bone-Bone ressemble aux autres petits villages de l'archipel avec maisons et mosquées, à une exception près: fumer y est interdit partout au nom de la lutte antitabac, dans un pays qui compte parmi les plus gros fumeurs du monde.
"Merci de ne pas fumer, dites non à la cigarette", avertit un panneau à l'entrée du hameau sur l'île des Célèbes (Sulawesi), devenu le premier village d'Indonésie à imposer une interdiction totale de consommer du tabac.
"Appréciez les paysages et l'air frais dans notre village", vante une autre affiche à Bone-Bone.
Dix ans après l'entrée en vigueur de cette mesure atypique en Indonésie, plus aucun fumeur n'est visible parmi les quelque 800 habitants du hameau.
La métamorphose ne s'est pas faite du jour au lendemain. En 2000, la commune a commencé par bannir la vente de cigarettes. Trois ans plus tard, il était interdit de fumer dans les lieux publics. Et en 2006, l'interdiction totale de fumer a été étendue jusque dans les foyers, où les éventuels amateurs de cigarettes s'exposent à des sanctions s'ils sont dénoncés.
Ces sanctions sont infligées le plus souvent par le chef du village. C'est en général un travail d'intérêt général, tel le nettoyage de la mosquée de ce village musulman très pieux. Certains contrevenants ont même été obligés de prononcer des excuses publiques, à travers les hauts-parleurs de la mosquée. D'autres se sentent bien mieux depuis qu'ils ont été contraints d'arrêter de fumer, à l'image d'Amir. Ce forgeron, père de neuf enfants, grillait 40 cigarettes par jour. Il mesure maintenant les avantages d'une vie sans tabac.
"Je peux économiser de l'argent, je peux subvenir aux besoins de ma famille et, plus important encore, je peux payer la scolarité de mes enfants", dit-il.
Ce sont davantage des considérations d'ordre économique qui ont incité le chef du village, Muhammad Idris, à introduire cette interdiction. Certaines familles pauvres ne pouvaient pas envoyer leurs enfants à l'école car leur père fumeur dépensait trop pour les cigarettes et les enfants eux-mêmes devenaient accros au tabac. "Je suis allé à l'université avec 13 autres étudiants de ce village et seulement six ont obtenu leur diplôme. Les autres ne l'ont pas eu car ils dépensaient l'argent de la scolarité pour acheter des cigarettes", explique Idris à l'AFP.
L'initiative de Bone-Bone a fait des émules. Une dizaine de villages ont depuis imposé une interdiction de fumer dans leur commune, mesure rendue possible par la décentralisation qui a suivi la chute du dictateur Suharto en 1998.
Mais la lutte antitabac reste marginale dans ce pays d'Asie du Sud-Est de 250 millions d'habitants, dont 30% des adultes sont fumeurs. Les maladies liées au tabac font plus de 200.000 morts chaque année, selon des experts de santé publique.
Plus des deux tiers des hommes en Indonésie consomment du tabac, le taux le plus élevé au monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les femmes fumant nettement moins dans ce pays musulman le plus peuplé au monde.
Au cours des dernières décennies, de nombreux pays développés ont lancé des campagnes pour réduire la consommation du tabac en augmentant les prix, en interdisant de fumer dans les lieux publics et en imposant de sévères restrictions à la publicité pour les cigarettes.
Mais en Indonésie, les efforts sont minimes. Les cigarettes sont très bon marché - un paquet d'une marque locale coûte un peu moins d'un euro -, la publicité pour les cigarettes reste bien mise en valeur sur des affiches à travers l'archipel et les consommateurs sont peu informés des dangers du tabac pour la santé.
De plus, l'Indonésie est le seul pays d'Asie du Sud-Est à ne pas avoir ratifié la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. L'industrie du tabac y est très lucrative et puissante et il est courant de voir des enfants fumer des kreteks, cigarettes au clou de girofle très populaires dans l'archipel réputé pour ses épices.
En août, le ministère indonésien de l'Industrie a même augmenté de 50% l'objectif de production locale de tabac à 130 millions de cigarettes par an pour les quatre prochaines années.

 

Mardi 22 Mars 2016

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