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Un ministre de l’apartheid en quête de rédemption dans les townships




A bord de son pick-up fatigué, un vieil homme blanc sillonne un township sud-africain pour distribuer tartes salées, sandwiches et gâteaux aux plus déshérités. La plupart ignorent qu’il a, dans une autre vie, supervisé la répression brutale de la police contre les opposants à l’apartheid.
Adriaan Vlok, ministre de la Loi et de l’Ordre public de 1986 à 1991, est l’une des figures les plus emblématiques et les plus craintes de l’apartheid, le régime raciste qui est officiellement tombé en 1994. Il distribue désormais, deux fois par semaine, de la nourriture aux familles dans le besoin, à une crèche et à une organisation pour personnes handicapées.
“C’était notre boulot d’inspirer la peur aux gens”, raconte à l’AFP Adriaan Vlok, 77 ans, un modeste bonnet noir enfoncé sur son crâne dégarni. “Nous avions des réglementations d’urgence qui nous permettaient d’enfermer les gens sans les juger”, se rappelle-t-il, avant de reconnaître: “Je pensais que l’apartheid était juste”.
A la fin des années 80, Adriaan Vlok supervise des attentats à la bombe contre des églises et des syndicats. Il est, à ce jour, le seul ministre de l’apartheid à avoir demandé pardon à ses victimes. Il n’a cependant jamais purgé de peine de prison pour les crimes qu’il a confessés, laissant un goût amer à de nombreux Sud-Africains qui estiment que les leaders de l’apartheid ont échappé à la justice.
Mais Adriaan Volk est un chrétien “born again” (qui a retrouvé la foi, NDLR) et sa mission est désormais d’expier ses péchés, même s’il sait pertinemment que la plupart de ses victimes ne lui pardonneront jamais. “J’ai honte de beaucoup de choses que j’ai faites”, avoue ce père de famille aujourd’hui veuf. “J’étais dur, sans coeur”, dit-il.
En 2006, tel Jésus avec ses apôtres, il a lavé les pieds de Frank Chikane, un prêtre qu’il avait autrefois tenté d’assassiner en faisant dissimuler du poison dans ses sous-vêtements rangés dans une valise. Frank Chikane en avait réchappé par miracle et Adriaan Vlok s’en était tiré avec une peine de 10 ans de prison avec sursis. Ses détracteurs affirment que la scène du lavement des pieds était une simple tactique pour lui éviter de révéler l’ampleur des abus commis par la police. Mais la sincérité d’Adriaan Vlok n’est pas remise en cause par les personnes à qui il vient en aide aujourd’hui.
Sans escorte, il conduit quelques kilomètres jusqu’au towsnhip d’Olievenhoutbosch, dans la banlieue de Pretoria, sa voiture remplie de cartons de nourriture donnés gracieusement par des supermarchés locaux et boulangeries.
Il héberge aussi, dans sa maison modeste de Pretoria, un jeune Noir entrepreneur, une famille blanche de sans-abri et un ancien prisonnier qui a tué sa femme. Ses “locataires” ne paient pas de loyer mais participent aux factures.
“Dans ma jeunesse, nous regardions les informations et tout ce qu’on entendait sur cet homme était négatif”, se rappelle Rudi Hudson, l’ex-détenu métis de 47 ans.
Rudi Hudson revient de loin. Ancien drogué, emprisonné pour le meurtre de sa femme qu’il avait dissimulé en suicide, il a rencontré l’ancien ministre de l’apartheid pendant une visite de celui-ci en prison. “Nous avons beaucoup parlé de notre passé”, se rappelle-t-il. “Il m’a dit qu’il aurait pu finir derrière les barreaux pour de nombreuses raisons. Quand je suis sorti de prison, (...) il m’a aidé à retomber sur mes pieds.”
Moses Nemakonde, 32 ans, a monté son atelier de tapisserie dans le garage d’Adriaan Vlok où sa machine à coudre cohabite avec le vieux pick-up de l’ancien ministre.
“Mes clients me demandaient qui était le propriétaire de mon atelier. Alors je lui ai finalement demandé comment il s’appelait. (...) C’est là que j’ai réalisé que c’était un ancien homme politique, le ministre de la Police et tout le tralala”, assure Moses Nemakonde.
Adriaan Vlok passe inconnu dans les ruelles sales d’Olievenhoutbosch où il livre de la nourriture. Pour ceux qui dépendent aujourd’hui de sa générosité, l’aide qu’il apporte est plus importante que le malheur qu’il a semé il y a plus de 20 ans.
“J’étais femme de ménage sous l’apartheid et j’avais toujours peur de la police”, se rappelle Angelina Mamaleki, 74 ans, reflétant la crainte généralisée chez les Noirs vis-à-vis des autorités répressives de l’apartheid. “Mais ce qui s’est produit à cette époque, balaie la directrice de crèche d’un revers de la main, c’est derrière nous.”

Mercredi 7 Octobre 2015

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