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Un jeune franco-marocain pris à parti par les CRS : L’affaire Anyss Arbib secoue la France




Un jeune franco-marocain pris à parti par les CRS : L’affaire Anyss Arbib secoue la France
La France va mal. Certes cela fait un petit moment que l’on s’en doutait mais de plus en plus de preuves sont là pour nous l’attester. Outre les propos plus que douteux du ministre de l’Intérieur Briche Hortefeux en septembre concernant les « arabes » qui en tour de main (de mots plutôt) étaient devenus des « auvergnats », outre également le faux débat posé par le très controversé ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale précisément sur cette dernière question identitaire, voilà qu’aujourd’hui une nouvelle polémique secoue le pays.
Un petit rappel des faits s’impose : le 18 novembre l’Algérie s’impose face à l’Egypte se qualifiant ainsi pour la Coupe du monde de football.  A l’instar des habitants du Royaume, les français d’origine marocaine sont eux aussi pris d’un fabuleux élan de joie suite à cette qualification.  Anyss Arbib, jeune étudiant de Sciences Po, est lui aussi de la partie sur les Champs Elysées de Paris. Celui-ci raconte précisément le déroulement de sa soirée sur le site communautaire Facebook où il explique  que « le pacifisme » du début de soirée laissant vite place «à des affrontements entre individus et forces de l’ordre toutefois marginaux », lui et ses amis décident de regagner leurs domiciles respectifs.
Comme l’énonce Anyss lui-même sur sa page Facebook :« Ce qui ne devait être qu’un simple retour à la maison s’est transformé en une sorte de remise en cause de mon identité et de ma nationalité. »
Pourquoi ? Parce qu’Anyss a été témoin de scènes d’une rare violence entre les forces de l’ordre françaises et les fêtards présents dans la capitale et qu’il ne peut détacher ses yeux d’un jeune en train de se « faire fracturer le nez » par un coup de matraque d’un CRS. Le jeune étudiant est à ce moment-là, lui-même, pris à parti, et pour avoir répondu aux autorités qui lui demandaient ce qu’il regardait il sera lui-même gazé à coups de bombe lacrymogène.
Les CRS à qui il demande ensuite des explications lui répondent de but en blanc : « Allez dégage sale Arabe. Ce soir c’est la fête pour vous mais surtout pour nous, on peut vous tabasser comme on veut »…
Stupéfiant ? Effrayant ? Révoltant ? Les trois à la fois, mais cette « anecdote » témoigne bien du profond malaise qui s’est emparé de la société française. 
Si Anyss a bien confirmé que les incidents ont d’abord été le fait de certains individus isolés, il n’en reste que la réaction des autorités est condamnable à plus d’un titre. Le collectif français « Police + citoyens » composé de différentes associations défenseuses des droits de l’Homme a affirmé que ce qu’avait vécu Anyss « confirme la discrimination au faciès que subissent quotidiennement des milliers de Français ou de présumés étrangers, lors des contrôles de police » selon le journal Le Monde.
Eric Besson, ministre de l’Intégration, de l’Immigration et de l’Identité nationale exhorte aujourd’hui la nation à réfléchir à « ce que signifie aujourd’hui être Français ». Sans revenir sur l’association contestable de ces trois termes en une fonction ministérielle, il convient de s’interroger plutôt sur ce que signifie aujourd’hui de se faire insulter de « sale arabe » par les forces de l’ordre chargées (à priori) d’assurer la sécurité de TOUS les citoyens français.
Anyss, lui, a une réponse simple et explique que c’est « toujours cette origine qui nous est renvoyée à la face tel un défaut… dans une guerre franco-française qui semble être banalisée. »
Ces mots sont d’une justesse extrême, car d’une guerre « franco-française », c’est bien de cela qu’il s’agit. Tout concourt à penser que le débat lancé sur cette très fameuse identité est, avant même d’être lancé, biaisé. S’acheminerait-on vers une France avec d’un côté les « vrais de vrais » et de l’autre tous ceux dont les origines sont multiples et qui sont issus des vagues successives d’immigration qu’a connues le pays ? Faut-il pour être Français entonner la Marseillaise tous les matins, manger du pain et boire du vin un coq sous le bras ?
La France semble aujourd’hui renier son passé de « terre d’accueil » et s’acheminer vers un nationalisme des plus douteux, toujours mauvais en temps de crise.
Le mérite d’Anyss Arbib est de dénoncer ce qui arrive quotidiennement à de nombreux jeunes. Aujourd’hui ce dernier « aimerait qu’on discute des « vrais problèmes », à savoir « discrimination, chômage des jeunes en banlieue, reproductivité sociale, et égalité des chances » comme il l’explique au micro de Sciences-Po TV.
Grâce à de nombreux journaux et émissions télévisées auxquelles Anyss a été invité le « buzz » médiatique a été lancé.
Finalement la France c’est aussi cela. Savoir dénoncer, en temps voulu, des dérives qui pour beaucoup sont les vrais dangers qui mettent à mal l’identité nationale.

Sofia Aliamet
Vendredi 27 Novembre 2009

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