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Un grand ami du Maroc tire sa révérence


Jean Lacouture, journaliste engagé et biographe de talent



Ce grand journaliste, qui s’est éteint jeudi dernier à l'âge de 94 ans, s'est intéressé à de multiples personnages qui ont marqué le 20ème siècle. Preuve que sa curiosité n'avait pas de frontières, il a publié plus de 70 livres et s'est révélé comme l'un des meilleurs biographes de son époque. Il a, par ailleurs, été l’un des fervents partisans de la décolonisation, notamment celle du Maroc, pour laquelle il a consacré un livre de référence: «Le Maroc à l’épreuve»

Après Eric Rouleau, le monde a perdu, jeudi dernier, un second très grand monsieur du journalisme français, un second témoin privilégié de cette relation si particulière qui unissait la France à l’Afrique du Nord. Biographe de certaines des plus grandes figures du 20ème siècle comme  le président français Charles de Gaulle et le père du Vietnam indépendant Hô Chi Minh ou encore le président égyptien Gamal Abdel Nasser, Jean Lacouture s’est donc laissé glisser vers l’au-delà dans la sérénité,  dans la douceur, le sourire aux lèvres. «Il s’est éteint paisiblement chez lui à Roussillon», a déclaré sa fille, Dominique Miollan-Lacouture à  l'AFP. «Une cérémonie sera organisée en  septembre à Paris pour lui rendre hommage», a-t-elle précisé. 
Journaliste engagé ayant collaboré pendant une vingtaine d'années avec le  quotidien de référence Le Monde, il a été l’un des fervents partisans de la  décolonisation, notamment celle du Maroc, pour laquelle il a consacré «Le Maroc à l’épreuve», un livre coécrit avec sa compagne Simone Lacouture qui était également son inspiratrice, sa correctrice et sa protectrice.  
Il vouait, en effet, un amour aveugle pour l'anticolonialisme et avait un regard empreint d'orientalisme -au sens le plus noble du terme - qui le liait d'amitié à Louis Massignon et à Jacques Berque. Dans une interview accordée à Paris Match, le 23 septembre 2012, il déclarait : « J'ai toujours essayé de distinguer la politique du journalisme, tout en exerçant un certain militantisme, au sujet de la décolonisation par exemple. Je l'ai peut-être trop fait. On peut m'opposer cette critique. Sur l'avènement du gaullisme ou sur le mitterrandisme, j'ai sans doute été trop impulsif, très amoureux de mes sujets, alors qu'il faut juste en être l'ami». 
Né le 9 juin 1921 à Bordeaux, dans une famille bourgeoise, Jean  Lacouture a été l'attaché de presse du général Leclerc à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il découvre l'Indochine, où il fréquente les grands acteurs de la lutte pour l'indépendance, du général Giap à Hô Chi Minh. Il part ensuite au Maroc, écrit les discours du Maréchal Juin,  alors résident général dans ce protectorat français, avant de devenir  journaliste. Collaborateur des journaux Combat, France-Soir et du Nouvel Observateur, il  est chef du service Outre-Mer puis grand reporter au Monde de 1957 à 1975. Il  est en poste à Alger au moment de l'indépendance du pays, dont il fut l'un des  premiers partisans déclarés.
Jean Lacouture devient ensuite un biographe prolixe, parfois controversé,  et un observateur passionné de son siècle. Ses biographies passionnées qui constituent des références en la matière l'ont propulsé sur les  devants de la scène intellectuelle internationale. Elles représentent à elles seules une collection à laquelle on peut se référer pour comprendre non seulement l’itinéraire d’un homme mais aussi, et presque surtout, l’époque que celui-ci a traversée. Autant dire que la lecture de ces livres permet d’appréhender une bonne partie du 20ème siècle.
Jean Lacouture est, dès son enfance, fasciné par les personnages d'exception. Sa mère, passionnée d'histoire, est celle qui lui a donné le goût des grandes biographies, celles de Jacques Bainville en particulier : Bonaparte et ses maréchaux, Henri IV et Richelieu font partie de son panthéon. 
Engagé dans la 2ème Division blindée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il suit son premier héros, le général Leclerc lorsqu'il est envoyé en Indochine pour rétablir la souveraineté française et préparer l'évolution institutionnelle.
Affecté ensuite au service de presse, il réalise que la décolonisation est inévitable, du fait du rapport de forces et de l'état de la flotte française : pas d'anticolonialisme idéologique chez lui, ni de critique systématique du rôle de la France, simplement la constatation que cette évolution se produira et que la France  grandira si elle sait la mener pacifiquement. Il est ainsi témoin des accords signés entre Ho Chi Minh et Jean Sainteny le 6 mars 1946, qui font du Vietnam un Etat indépendant dans le cadre de l'Union française. Cette structure est floue mais le sens général ne fait pas de doute pour Jean Lacouture, conscient d'assister à un événement historique. 
Après deux ouvrages sur l'Egypte et le Maroc, rédigés avec sa femme, Simone Lacouture, le journaliste publie «Cinq hommes et la France» en 1961. Il présente dans ce livre cinq de grands personnages de la décolonisation : Mohammed V, Habib Bourguiba, Ferhat Abbas, Ho Chi Minh et Sékou Touré. C'est le début de sa vocation de biographe, une vocation assez tardive puisqu'il a attendu d'avoir quarante ans pour rédiger ces «profils». A cela, Jean Lacouture répondait que «si on peut être un bon journaliste très jeune, il faut une certaine expérience de la vie pour faire un bon biographe». 
En la personne de Jean Lacouture, le Maroc perd un grand ami et un homme qui a fait honneur aux luttes des peuples contre le colonialisme et la domination étrangère. 

 

Hommages

François Hollande :

Jean Lacouture, était «un homme passionné, indépendant et courageux  qui a écrit l'histoire de France en même temps qu'elle se faisait», a salué le président français François Hollande. « Infatigable militant de la décolonisation, il suivit tous les conflits de la France de l'après-guerre pour Combat, Le Monde, France-Soir et Le Nouvel Observateur. Par son sens du récit, il montra ce que le journalisme peut porter de meilleur au plan littéraire », a-t-il souligné.  
Biographe de grandes figures du XXème  siècle, Jean Lacouture « savait aussi reconnaître ses erreurs, preuve de sa grande honnêteté intellectuelle », écrit François Hollande. « Mais il ne cédait rien sur ses idées, ne renonçait à aucune de ses convictions », juge le président de la République.
« Ce girondin est resté toute sa vie attaché à sa terre d'Aquitaine. Il savait en parler. Et le rugby était dans sa bouche plus qu'un sport. Avec Jean Lacouture disparaît ce que l'on appelait jadis un “honnête homme” , salue encore le chef de l'Etat.

Manuel Valls :
«Grand écrivain à la vie aussi riche que ses biographies, Jean Lacouture restera pour la gauche et la France une très grande conscience », a écrit le premier ministre français Manuel Valls sur Twitter au sujet de celui qui, en 2012, avait appelé à voter pour François Hollande. 

Alain Juppé : 
Alain Juppé, maire de Bordeaux, ville natale de l'écrivain et biographe Jean Lacouture, a tenu à saluer la mémoire d'un "grand Aquitain". 
«Naissance à Bordeaux, études aux lycées Grand Lebrun et Tivoli, les racines de Jean Lacouture étaient bordelaises», a rappelé le maire de Bordeaux dans un communiqué. « Certes ses activités le conduisaient à parcourir le monde, mais il revenait régulièrement sur les bords de la Garonne, notamment pour y recevoir, en 1974, le Grand Prix de littérature de la Ville de Bordeaux», poursuit l'ancien Premier ministre.
«Nous ne partagions pas toujours les mêmes idées», reconnaît le maire de Bordeaux, «mais j'appréciais ce journaliste engagé, biographe des grandes figures du 20ème siècle, qui avait l'intelligence de reconnaître certaines erreurs d'analyse».  «C'est un grand Aquitain qui vient de nous quitter», conclut Alain Juppé. 

Fleur Pellerin :

De son côté, la ministre française de la Culture, Fleur Pellerin, a rendu hommage à « un grand témoin passionné de son siècle, (...) un envoyé spécial, un grand reporter et un éditorialiste à la plume parfois polémique, toujours mordante ». « La France perd une grande plume », ajoute-t-elle dans un communiqué.

Mehdi Ouassat
Mardi 21 Juillet 2015

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