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Un genre prolifique et polémique : Le biopic de gangster




De «Mesrine », «Sans arme, ni haine, ni violence », «Le Dernier gang », à «Carlos» et aujourd’hui «Les Lyonnais », le «biopic de gangster » est devenu un genre en soi, avec ses codes, ses contraintes et ses polémiques. Un exercice à la mode mais risqué tant il est difficile de ne pas tomber dans l'œuvre partisane. Décryptage.
Le renouveau du film noir
Le film de gangster à la française ne date pas d’hier. On pourrait même dire qu’il a connu ses heures de gloire dans les années 50 et 60 avec les classiques de Jean-Pierre Melville et les savoureux dialogues de Michel Audiard. Mais si le film noir a toujours existé, le biopic de voyou, assumé en tant que tel, est bien un phénomène nouveau. Bien sûr, il y en a eu des films inspirés de la vie de gangsters, comme Borsalino (1970), mais les noms ont toujours été soigneusement modifiés, ne laissant aucun doute sur l’aspect fictionnel de l’œuvre. Depuis quelques années la tendance a changé. C’est désormais le label «histoire vraie» qui fait recette et on nous sert du biopic de gangster à toutes les sauces. Mais alors pourquoi maintenant ? «C’est un phénomène cyclique» répond Jérôme Pierrat, journaliste spécialiste du crime organisé, «Après les années 50, le milieu français était un peu mort et puis il y a eu une vague de gangsters dans les années 70. Aujourd’hui, ils arrivent à la retraite, les affaires se tassent et, avec les années, de nombreux livres sont sortis».
Des films à gros budgets
Qui dit années 70 dit reconstitution et donc gros budgets. « Sans arme, ni haine, ni violence » a coûté 11 millions d’euros, soit un budget deux fois plus important que le film français moyen, même s'il reste faible pour le genre. Car dès qu’on veut donner dans le spectaculaire, la note monte d’un cran : 14 millions pour «Les Lyonnais», le nouveau film d’Olivier Marchal, malgré une partie reconstitution qui ne représente que la moitié du film. Même budget pour «Le Dernier gang ». La palme du biopic de gangster le plus cher revient sans conteste au pharaonique projet «Mesrine» et ses 45 millions d’euros.
Un travail de recherche
compliqué
Pour raconter la vie d’un gangster célèbre, encore faut-il pouvoir la retracer. Non seulement ces personnages mènent une vie secrète par nature, mais il faut obtenir des informations de source judiciaire et faire le tri. Entre les crimes reconnus et les autres, les enquêtes de police, les procès et les zones d'ombre, le travail de recherche n’est pas évident. C’est pourquoi certains réalisateurs achètent les droits de livres et se cantonnent à les adapter comme Jean-François Richet avec «Mesrine» ou Richard Berry avec «L'immortel ». Pour les autres, il faut sans cesse arbitrer. «Nous avons préféré mettre les affaires non résolues de côté», explique Edgar Marie, co-scénariste avec Olivier Marshall des Lyonnais, «comme l’assassinat du juge François Renaud pour lequel certains de nos protagonistes furent un temps soupçonnés». Avec de tels sujets, le travail documentaire a forcément ses limites et c’est pourquoi les films sont systématiquement présentés comme des œuvres fictionnelles, les zones d’ombre demeurant trop nombreuses.
Plus de fiction que de réalité
Alors forcément, il faut interpréter les faits voire franchement broder. Pour Mesrine, Thomas Langmann a pris le parti de s’inspirer de deux biographies écrites par le gangster réputé mythomane et mégalo. Pas de doute, c’est bien la fiction qui l’emporte ici et Mesrine n’est pas un cas isolé. «Il ne faut pas aller voir ce genre de films en espérant apprendre quelque chose sur la réalité» explique Jérôme Pierrat. «Spaggiari par exemple n’a jamais été le cerveau du casse de Nice, c’est une bande de gros voyous marseillais qui en est à l’origine. Bien sûr, ça les arrangeait qu’un guignol mégalo s’en attribue tout le crédit». Pour servir leurs sujets, certains réalisateurs intègrent des personnages fictifs à leurs histoires comme le policier Milan dans « Le dernier Gang » ou Vincent, le journaliste de « Sans armes, ni haine, ni violence ». D’autres jouent la carte de l’anticipation en imaginant le retour aux affaires d’un ancien gangster (Les Lyonnais). Et puis parfois c’est la réalité qui dépasse la fiction, nous raconte Edgar Marie, comme cette fois où la police avait sorti deux chars d’assaut pour stopper le gang des Lyonnais dans leur cavale. «On ne l’a pas mis dans le film, on s’est dit que les gens n’allaient jamais nous croire !».
Un genre polémique
Mesrine, Carlos ou le Gang des postiches ne sont pas seulement des criminels. Ces personnages hors normes sont devenus avec le temps de véritables mythes, attisant ainsi l’intérêt de nombreux réalisateurs. Difficile donc de ne pas sombrer dans la fascination ou en tout cas d’éviter les polémiques. Le policier Robert Broussard, qui a mis un terme à la cavale de Mesrine, s’est insurgé contre le film de Jean François Richet en dénonçant son caractère «partisan et mensonger». L’affiche du second volet, «L'Ennemi public n°1», a elle aussi fait grincer des dents à cause de sa ressemblance troublante avec celle de «La Passion du Christ». Et puis quand le portrait n’est pas assez flatteur, ce sont les criminels eux-mêmes qui montent au créneau comme Carlos qui a tenté en vain depuis sa prison d’obtenir un droit de regard sur le film, jugeant que ce dernier pourrait lui porter préjudice. La solution finalement pour éviter la polémique c’est peut-être d’avoir un point de vue tranché et de l’assumer, comme Olivier Marshal qui présente son héros Momo Duval comme un homme de principes que la société a transformé en criminel. Réponse avec la sortie des Lyonnais le 30 novembre.

Fluctuat
Mercredi 30 Novembre 2011

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