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Un fugitif placé par Alger à la tête du Polisario

Ayant fui l’Espagne où il est poursuivi pour torture, Brahim Ghali s’est vu confier la tâche de servir aveuglément ses séides algériens




A quelques semaines de la disparition de Mohamed Abdelaziz, l'Algérie a annoncé  «l'élection» de Brahim Ghali à la tête de la fantomatique RASD et du Polisario.
Entre 1999 et 2008, cet homme né à Smara en 1946, avait été désigné comme représentant du Polisario auprès de l’Espagne. Mais son passage dans le royaume ibérique sera entaché par deux procès intentés auprès de l’Audience nationale, la plus haute juridiction espagnole. D’un côté, une jeune fille l’a poursuivi pour mauvais traitement et de l’autre, des prisonniers sahraouis ont porté plainte contre lui pour torture. Il est, en effet, accusé de "génocide, torture, disparitions forcées, détention illégale et graves violations des droits de l'Homme" dans les camps de Tindouf.
Cité à comparaître en 2008 par l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale espagnole, pour répondre de ces forfaits commis à l’époque où il dirigeait la milice armée des mercenaires entre 1976 et 1989, ce repris de justice ne s’est jamais présenté devant le juge espagnol, mais le magistrat Pablo Ruz a en revanche entendu les témoignages de plusieurs de ses victimes, ainsi que ceux de personnes ayant subi des violations commises dans les camps de Tindouf.
Ces victimes ont livré des témoignages accablants de la torture et des traitements inhumains qu’elles ont subis dans les geôles du Polisario, ainsi que des exactions commises par ses sbires en vue d'imposer leur autorité aux populations des camps.
C’est le cas d’El Kabch Mohamed Nafee, El Kharchi Lahbib et Chouiaar Mohamed Mouloud qui avaient décrit dans des détails poignants, en mars 2014 devant l’Audience nationale, les souffrances qu’ils ont endurées pendant des années dans la prison dite « Errachid» (sud-est de l'Algérie). Ils ont été soumis par la suite à une expertise médicale pour constater les stigmates de la torture subie.
Ces rescapés avaient déclaré devant le juge qu’ils ont été témoins de l’assassinat de plusieurs personnes sous la torture pratiquée par des goujats du Polisario avec la complicité de l’armée algérienne. Devant l’Audience nationale, ils ont dévoilé les noms de ces victimes ainsi que ceux des tortionnaires responsables de ces massacres.
Dahi Aguai, président de l'Association des portés disparus au Polisario (APDP) et victime lui-même de ces actes barbares, a été entendu en août 2013 par le même tribunal, tout comme Saâdani Malainine, fille du défunt El Wali Cheikh Slama, et Mustapha El Kouri.
Les démêlés avec la justice du dénommé Ghali ne se limitent pas à ces actes. Il est également poursuivi en Espagne pour viol de jeunes Sahraouies.
Il doit également répondre d’une plainte déposée à son encontre en 2013 pour viol et abus sexuels à l’encontre de la jeune Khadijatou Mahmoud Mohamed Zoubeir.
L’avocat de la plaignante, Maître Agustin de La Cruz Fernandez, a présenté à la justice une liste de témoins des faits dénoncés, ainsi que des données sur d'autres victimes ayant subi le même sort.
Son nom figure également en tête des terroristes recherchés en Espagne pour des actes commis à l’encontre des ressortissants espagnols durant les années 70 et 80 à l’époque où il dirigeait la milice armée des séparatistes. La plupart des victimes étaient des pêcheurs canariens abattus sous ses ordres par les patrouilles du Polisario.
Leur responsable n’était autre que Brahim Ghali, rappelle le président de Focasa (Forum Canario-Sahraoui), Miguel Ortiz.
"C’est Brahim Ghali qui ordonnait les attaques contre les bateaux de pêche espagnols, contre des civils sans défense", a-t-il déploré dans une déclaration à la MAP.
Pour M. Ortiz, il s’agit d’un repris de justice sur lequel pèsent de graves accusations de génocide, d’exactions et de viols instruits par la justice espagnole.
C’est donc cet homme proche des hautes sphères algériennes et issu de la ligne dure et non-pacifiste du Polisario qu’Alger a choisi pour écarter tout espoir de relance du processus onusien de négociations entre les deux parties.
Bien qu'empêtrée dans une grave crise à la fois politique et économique, l’Algérie n'a donc pas lésiné sur les moyens, ceux du contribuable algérien, bien entendu, pour orchestrer un semblant d'élection à huis clos et permettre à ses services de renseignements de nommer un suppôt à la tête du mouvement séparatiste.
Ses médias n'ont pas tardé à annoncer au monde l'élection-mascarade de Brahim Ghali avec un score digne des républiques bananières et des dictatures les plus emblématiques : «Ghali est élu, sans surprise avec 93,16 des voix exprimées», rapportait éhontément l'APS. L'homme était de surcroît, candidat unique. Nul n'ignore que le résultat de cette tartufferie a été cuisinéé au palais d’Al Mouradia.
Mais force est de constater que toute grossière qu'elle fut, la manœuvre n'étonne guère, venant d'un régime passé maître dans la falsification de la volonté populaire au grand dam de ses propres citoyens.
Les observateurs de la vie politique dans ce pays et des quelques scrutins qui y sont tenus depuis son passage de la dictature sous le parti unique, le Front de libération nationale (FLN), au multipartisme au cours des années 1980 du siècle passé, savent que les généraux algériens ont, de tout temps, manœuvré pour saper toute expression libre de la volonté populaire à quelque niveau que ce soit pour garder le pouvoir.
Quand les manœuvres de fraude ne passent pas, ils recourent carrément à la force pour étouffer la volonté populaire, comme ce fut le cas en 1992 lorsque le Front islamique du salut (FIS) a remporté largement le premier tour des élections législatives, lors d'un scrutin des plus transparents, puisque supervisé par des observateurs internationaux et suivi par les médias étrangers.
Craignant pour leurs privilèges et appréhendant de rendre compte des dilapidations des recettes colossales des hydrocarbures, les militaires n'ont pas en effet hésité à démettre le président de la république Chadli Bendjedid et interrompre le processus électoral, enclenchant, par la même, une guerre civile meurtrière qui a fait plus de 200.000 morts.
Ce bref rappel historique est une belle illustration de la démocratie à l'algérienne qui fait de la répression et de la manipulation de la volonté populaire ses principaux leviers.
Il renseigne, par ricochet, sur la méthode de désignation de Brahim Ghali, qui, à l'instar de son prédécesseur, sera une marionnette d'Alger et exécutera les instructions de ceux qui tirent les ficelles, ceux qui l'ont fabriqué.
Pour l'homme lige d'Alger, rien ne va changer, puisque du temps où il occupait le "poste" de représentant des séparatistes dans la capitale algérienne, il ne faisait que relayer l'anti-marocanisme que lui dictaient ses maîtres.  Ce fut aussi la sale besogne dont il s'acquittait en tant que «représentant» du Polisario à Madrid d'où il a été chassé en 2008 à la suite d’une plainte déposée à son encontre. Au lieu de persister dans ses manœuvres visant l’intégrité territoriale du Maroc pour étendre son hégémonie sur la région, Alger aurait dû plutôt restituer aux populations séquestrées et militairement assiégées dans les camps de Tindouf leur liberté de mouvement afin qu'elles puissent regagner leur pays, le Maroc et jouir, aux côtés de leurs concitoyens, des bienfaits du développement tous azimuts que connaît le Sahara marocain et de la démocratie à la faveur de l'Initiative d'autonomie. Avec cette énième manœuvre, Alger ne fait, hélas, que perdurer leurs souffrances et obscurcir encore davantage l'avenir de leurs enfants. 

Mardi 12 Juillet 2016

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