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Un feuilleton trop réaliste pour plaire aux autorités chinoises




C'est une histoire de maîtresses, d'appartements à des prix inabordables, d'évictions et de responsables corrompus alliés aux promoteurs dans la Chine actuelle: la série télévisée "Woju" est l'une des plus regardées, au point d'avoir été censurée à Pékin.
En 35 épisodes, "Woju" -- "modeste demeure" en français --, produite par Shanghai Media Group et Huayi Brothers, deux groupes privés, relate la vie de deux soeurs dans la ville fictive de Jiangzhou, une copie à peine voilée de Shanghai, où elle a été tournée.
Lancée en juillet, elle a fait sensation et déclenché la polémique en raison de l'actualité des sujets qu'elle évoque, en particulier la difficulté de se loger dans les grandes villes.
La soeur aînée, venue de province, n'a qu'une obsession: pouvoir s'acheter l'appartement de ses rêves dans la métropole, quitter enfin la petite pièce qu'elle partage avec son mari et récupérer sa petite fille laissée aux soins de ses parents faute de place.
Pour assouvir les rêves de l'aînée, la petite soeur n'hésitera pas à devenir la maîtresse d'un cadre corrompu.
"J'ai remboursé mes obligations sentimentales avec mon corps! A partir de maintenant je serai une maîtresse professionnelle!, s'écrie-t-elle.
Une réplique devenue culte et qui a fait florès sur l'internet.
"Chacun peut s'identifier à la série", explique l'une de ses fans, Zhang Ya, une commerciale de 33 ans qui travaille à Shanghai et est originaire de la province pauvre du Jiangxi (est).
Comme Guo Haiping, le personnage de la grande soeur, Zhang a dû emprunter de l'argent à plusieurs proches pour l'acompte de son petit appartement en banlieue.
Ce succès télévisuel a inquiété à Pékin.
Li Jingsheng, directeur du bureau des séries TV de l'Administration de la radio, des films et de la télévision, a dénoncé l'"influence sociale négative et vulgaire d'une série qui met en valeur des blagues pornographiques, des responsables corrompus et du sexe".
Et si la censure avait approuvé la série, une télévision de la capitale l'a déprogrammée au bout de dix épisodes malgré, ou à cause de, sa popularité croissante.
Cependant, elle n'a pas été censurée dans le reste du pays et les épisodes sont largement disponibles sur les principaux sites chinois de partage de vidéos.
C'est une illustration de la tension croissante entre les censeurs de Pékin et des médias privés de plus en plus audacieux et à la recherche de programmes susceptibles d'attirer l'audimat dans un contexte de forte concurrence.
"Pour l'heure, nous n'avons reçu aucune instruction de l'Administration", a indiqué à l'AFP Liu Yong, un responsable de Shanghai Media Group.
Pour Li Datong, ancien responsable d'une revue officielle devenu une voix critique de la censure chinoise, la série représente "le haut de l'iceberg du matérialisme déchaîné dans la Chine moderne".
Mais, ajoute-t-il, le pouvoir aura du mal à la faire disparaître, sinon "encore plus de gens s'y intéresseront".
Adaptée du livre éponyme de la romancière Liu Liu, "Woju" a même été portée au théâtre à Shanghai ce mois-ci.
Et pour se venger de Li Jingsheng, le haut fonctionnaire de l'Administration qui a attaqué la série, des groupes de fans ont même publié sur l'internet les photos de propriétés luxueuses censées lui appartenir.

AFP
Mercredi 27 Janvier 2010

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