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Un étrange combat pour la Coupe du monde…(II) : Arbitre : Sepp Blatter




Le secrétaire général de la FIFA attendit près de trois semaines avant de lui répondre, le 18 avril. Les droits des Coupes du monde 2002 et 2006 étaient disponibles sous forme de contrat global et, si Drossart était intéressé, il avait intérêt à faire fissa et à soumettre une offre avant le 15 mai. Cela laissait tout juste vingt-sept jours à IMG pour réévaluer  son offre et la garantir.
Le 26 avril, alors même que ses comptables étaient plongés dans des calculs frénétiques pour couvrir deux tournois et rassembler un autre milliard, voire plus, en garanties bancaires, Drossart écrivit à Sepp : « Je dois reconnaître que votre courrier du 18 avril m’a laissé perplexe. Bien que j’accueille l’invitation apparente de la FIFA à participer à l’appel d’offres pour les droits de la Coupe du monde, j’observe des incohérences frappantes dans les lettres que vous nous avez adressées concernant la base sur laquelle ces droits sont offerts et le traitement manifestement préférentiel accordé à d’autres parties tells que la CCC et ISL. Au point qu’il nous est difficile aujourd’hui de croire que la FIFA souhaite sincèrement considérer notre offre sur une base strictement concurrentielle. »
Vers la fin de sa longue lettre, Drossart déclarait carrément : « Sepp, il est très difficile de ne pas en conclure qu’il y a là deux poids et deux mesures… et vos réponses à nos efforts ne sont qu’un exercice cosmétique pour protéger la FIFA d’accusations futures de comportement concurrentiel non équitable et abusif ».
Les négociations parvinrent dans leur phase finale. ISL avait des difficultés à persuader ses banques de garantir son offre. A contrecœur, elle fit appel au reclus Leo Kirch, le magnat de l’audiovisuel allemand qui avait bâti une des plus grandes filmothèques en dehors de Hollywood et détenait les droits de retransmission des plus grands matchs du championnat allemand de football.
Les banques aimaient Leo et lui prêtaient tout ce qu’il voulait. Il n’émit qu’une seule condition : « Je veux les droits de la Coupe du monde pour l’Allemange. » Bien que ce fût là un des territoires les plus prisés, Jean-Marie Weber n’avait d’autre choix que d’accepter. Leo réfléchit à leur requête pendant quelques minutes, puis, faisant montre, une fois de plus, des nerfs d’acier qui avait fait de lui un milliardaire, le magnat munichois donna son accord. ISL était de nouveau en lice.
Toutes les offres furent soumises le 15 mai, et Blatter les enferma dans son coffre. Les soumissions révisées furent déposées un mois plus tard, puis le comité exécutif dut  décider à qui il attribuerait l’affaire. Mais certains membres ne semblaient pas savoir quand aurait lieu la réunion cruciale. Le président de l’UEFA, le Suédois Lennard Johansson, insistait pour que les contrôleurs financiers de la FIFA supervisent les débats.
Le comité se réunit le 5 juillet 1996 et, selon l’ordre du jour, il ne devait s’agir pour les membres que d’une mise à jour de routine sur les droits commerciaux et télévisuels. Le point 3.1 indiquait simplement : «Rapport du comité financier sur l’attribution des droits télévisuels».
Le président Havelange proposa que les droits pour 2002 et 2006 soient attribués à ISL et au consortium de Leo  Krich. Il exigea des membres qu’ils prennent leur décision sur-le-champ. Il se tourna d’abord vers Viacheslav Koloskov, le représentant de la Russie :  « Vous n’êtes pas d’avis que nous devrions accepter cette offres, mon ami?» le Russe acquiesça aussitôt.
Tandis qu’Havelange faisait un tour de table, regardant fixement chacun dans le blanc des yeux, Blatter tenait les comptes. Neuf membres se rangèrent à l’avis du président, six votèrent contre et trois s’abstinrent. Henry Fok, un milliardaire âgé représentant Hong Kong, et le représentant allemand Gerhard Mayer-Vorfelder étaient absents. L’Allemand raconta plus tard qu’il ignorait qu’un point aussi crucial  était inscrit à l’ordre du jour.
Si Mayer-Vorfelder avait été là et avait voté contre Jean-Marie Weber et Leo Kirch, leur offre aurait été rejetée. Sept voix contre et trois abstentions auraient eu raison des neuf voix pour.
En juillet 1996 , après réception de toutes les offres, on annonça que les termes financiers de l’offre ISL/Kirch étaient supérieurs à ceux proposés par tous les autres soumissionnaires. Il y eut encore dix-huit mois de négociations sur les droits commerciaux. Début septembre 1997, Jean-Marie Weber rapporta à son conseil d’administration que, en raison de « la situation politique délicate » et pour éviter une scission au sein du comité exécutif de la FIFA, l’annonce de la nouvelle qu’ISL avait définitivement remporté le contrat de marketing serait retardée afin que les membres puissent poser toutes les questions qu’ils souhaitaient. Il n’y avait aucune inquiétude à avoir.  «Les membres du comité exécutif de la FIFA peuvent poser des questions, mais pas empêcher la signature du contrat avec ISL », rapporta-t-il avec jubilation. Dans le compte-rendu de la réunion, Christoph Malms félicitait Weber et son équipe.
L’avis de virement dévastateur qui arriva dans la salle du courrier du QG de la FIFA à Sonnenberg par ce glacial matin d’hiver 1998, révélant un transfert de 1 million de francs suisses à un haut cadre du football, provoqua plus qu’une brève consternation dans le bureau d’angle du secrétaire général. Tout le monde au département des finances l’apprit le jour même. C’était une bourde colossale. Mais comment était-ce arrivé?
Une source proche de la transaction m’expliqua plus tard : «  C’était une erreur commise par un employé d’ISL à qui on avait demandé de faire un paiement au noir à un haut responsable du football qui avait aidé à décrocher le contrat. Au lieu de lui envoyer directement l’argent, il avait été accidentellement envoyé à la FIFA. Avant la fin de la journée, l’argent  avait été retransféré à son destinataire. »
Cinq ans plus tard, Eric Drossart a déclaré au magazine Business Week : «  La manière dont ils ont procédé ne nous a jamais été expliquée et, quand j’ai fait mon offre, je n’ai reçu que des réponses vagues.»
Pour ce livre, j’ai demandé à Drossart s’il accepterait d’en dire plus.
«Comme vous le savez, le timing est d’une importance capitale dans la vie et, à mon avis, le moment où j’aurais été prêt à parler des questions que vous soulevez est passé… » Il resta songeur  un moment avant d’ajouter : « Comme on dit en français, ce serait considéré comme de la moutarde après le dîner. Désormais, je cherche plutôt à aider ma société à décrocher de nouveaux contrats substantiels (et plus accessibles !) à travers tout l’éventail des sports».


L
Mardi 1 Septembre 2009

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