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Un dirigeant du PJD ose remettre en question le système d’héritage

Moqrii Abou Zayd ne risque-t-il pas de se voir traité d’impie par Hakkaoui et Benkirane ?




L’information est passée inaperçue. Pourtant, elle n’a rien d’anodin. Al Moqrii Abou Zaid Al Idrissi, parlementaire du PJD et dirigeant assez en vue de la mouvance islamiste marocaine, a appelé à une révision du système d’héritage et à la modification de ses règles en conformité avec les valeurs en vigueur dans la société marocaine.  «Les valeurs de soutien financier et de responsabilité  imposées aux hommes envers les femmes ne sont plus les mêmes comme à l’époque de la Révélation du Coran», a-t-il indiqué lors d’une conférence organisée par le Mouvement unification et réforme (MUR) samedi dernier à Salé. Et de préciser : « La femme exerce aujourd’hui le même travail que l’homme. Elle assume les mêmes responsabilités et prend en charge sa famille au même titre que l’homme et il serait donc injuste de garder le système d’héritage sans changement».
Comment conçoit-il ce changement ? Pour le dirigeant pjdiste, la question de l’héritage a été souvent débattue selon deux points de vue contradictoires.  Entre ceux qui conçoivent les règles de la Charia selon l’optique traditionaliste et qui sont contre tout changement et ijtihad, et  ceux qui sont pour une annulation pure et simple de ces règles de la Charia y compris celles relatives à l’héritage. Pour  dépasser ces deux optiques, Al Moqrii Abou Zaid Al Idrissi estime que la révision de la question de l’héritage doit être inspirée de la réalité marocaine et loin de toute contrainte, qu’elle émane de l’Onu ou de l’Occident en particulier. Mais comment compte-t-il s’attaquer à la problématique? La révision passe-t-elle par un contournement des règles explicitement édictées par le Coran? Va-t-elle se référer  à l’ijtihad (jurisprudence) des oulémas alors que très peu d’entre eux s’aventurent sur ce terrain? Silence radio.
Mais avant de répondre à ces questions, qu’en est-il de la position officielle  de son parti ? Est-il devenu moins réticent  à l’idée de révision du système de l’héritage ?  Est-il prêt à soutenir l’approche de son parlementaire ? Et qu’en est-il de sa position récemment affichée concernant la proposition du CNDH de réviser le Code de la famille, dans le but de permettre aux femmes de bénéficier des mêmes droits successoraux que les hommes, et qu’il a qualifié de «violation flagrante» de la Constitution et notamment l’article 19 qui « encadre l’égalité homme-femme par les constantes religieuses et nationales» du Maroc ? Qu’en est-t-il également de la position de Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, qui a déclaré, que les préceptes coraniques sont clairs sur la question de l’héritage et que l’homme et la femme ne peuvent pas être traités sur un pied d’égalité. Mieux, elle a jugé que s’il y a mutations sociétales exigeant des réformes, c’est au législateur de trouver un moyen de protéger la femme ? La voix d’Al Moqrii Abou Zaid Al Idrissi est-elle singulière au sein du PJD ?
« Il faut nuancer, d’une part, entre la position et le discours officiel du parti de la Lampe et la mouvance islamiste sur cette question qui demeure ferme et constante contre toute réforme de l’héritage comme l’atteste le dernier tollé soulevé contre le CNDH. Et d’autre part, le discours non officiel circulant en aparté et dans les coulisses parmi les pro-islamistes qui sont pour une révision de cette question », nous a précisé Khadija Rebbah, présidente de la Coordination nationale pour la démocratisation de la parité.
Pour elle, les propos du député pjdiste s’inscrivent dans un contexte particulier. Celui du débat sur la question de l’héritage soulevé par les acteurs associatifs féministes. Mais, elle met en doute le timing de cette sortie médiatique. « Nous redoutons une  instrumentalisation de cette question à des fins électoralistes, d’autant qu’on est à quelques mois du scrutin législatif. Nous craignons que ce débat de société se convertisse en sujet électoral à leur profit et donc sacrifie  un débat à fort enjeu sociétal à des fins purement politiciennes», nous a-t-elle précisé. Et d’affirmer : « C’est pourquoi il ne faut pas accorder à ces propos plus d’importance qu’ils ne méritent ».
Notre source estime que la question de l’héritage s’impose aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, dans un contexte de mutations de l'institution familiale et des structures symboliques des relations entre homme et femme. « Ce n’est pas l’Occident ni l’ONU qui ont dicté ce sujet. Le débat n’a rien de récent, car il a déjà été abordé par des partis politiques depuis les années 60-70 », a-t-elle précisé. Et de conclure : « Le nombre de femmes chefs de foyers ou celui des femmes qui sont dans la vie active et prennent en charge leur foyer exigent une refonte du problème de l’héritage, tout en prenant en considération les mutations en cours ainsi que certaines pratiques des Marocains qui ont commencé à régler autrement cette question de succession (testament, vente, entre autres).

Hassan Bentaleb
Mercredi 23 Mars 2016

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