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Un certain regard sur le film " Oulad Lbahja "




" Oulad Lbahja " (Hicham Aïn Alhayat avec Hicham Slaoui, Nabila Harfane, Mustapha Tah Tah et autres), téléfilm diffusé en début de soirée sur 2M le 25 août, est présenté comme une comédie.
Mais au fait ce film est-il une satire, une ironie ou une caricature?
Une satire? Apparemment, nous sommes tentés de dire oui. Mais commençons par le commencement : qu'est-ce qu'une satire ? La satire est une production artistique (scripturale, visuelle ou audio-visuelle) dont le but principal est de porter un regard critique d'une manière ironique ou railleuse sur un ou des individus, une ou des personnalités publiques, une ou des catégories sociales…, souvent (point très important) avec l'optique de déclencher le changement, d'inciter le sujet de la satire à se corriger, à s'améliorer.
Par ailleurs, la satire utilise un certain nombre de procédés, entre autres l'exagération.
En effet, l'on exploite une certaine réalité et on se met à l'exagérer démesurément à tel point qu'elle devient burlesque, cocasse, ridicule…, bref caricaturale. Effectivement, la caricature, sorte de satire, utilise à tout bout de champ ce procédé satirique.
Dans ce film, ce qui est visé, ce n'est pas un individu ou une personnalité, encore moins une catégorie sociale, ce qui fait l'objet de la "satire", ce sont tous les Marrakchis. Quelle image le film en donne? Ce sont des gens qui passent leur temps à manger, à dormir, à se raconter des blagues, à chanter, à taper dans les mains ; ce sont des gens auxquels on ne peut pas faire confiance ou confier un travail ou une entreprise ; ce sont des gens irrationnels, des personnes qui manquent de logique et de cohérence ; ils sont roublards, bavards, parlant trop, souvent pour ne rien dire... bref, tous les poncifs et les stéréotypes que l'on tente de faire passer pour une réalité, celle des gens de Marrakech.
Les Marrakchis sont, certes, connus par leur humour (un autre poncif?). Mais ils ne passent pas leur temps à se raconter des blagues. Il y a un temps pour les blagues et aussi un espace. Cet espace n'est certainement pas l'espace du travail. Le temps n'est certainement pas celui de la douleur et des condoléances. Le temps est celui du désœuvrement et des festivités; l'espace est celui du café, du lieu de la fête et des pique-niques (ou Nzaha) ou encore le temps et le lieu des vacances.
Un autre procédé est utilisé par la satire : la parodie. C'est quoi la parodie?
La parodie, "chant sur un autre air, contre-chant, est le travestissement trivial, plaisant et satirique d'une œuvre littéraire. La parodie se rattache au burlesque, qui est aussi un travestissement du même genre ; mais elle en diffère en ce qu'elle change la condition même des personnages, tandis que le burlesque trouve une de ses principales sources de comique dans l'antithèse entre le rang et les paroles de ses héros".
Bref, ce procédé est définissable par le fait d'imiter les techniques et le style d'une personne, d'une chose ou d'un lieu en vue de le ridiculiser. Sauf que ce qui est imité ici, ce n'est pas une œuvre artistique donnée, mais un pseudo-style de vie des Marrakchis dans une forme qui les fait paraître ridicules. Un ridicule qui frise le ridicule, si j'ose dire.
Cependant, je ne pense pas que ce film soit une satire.
Premièrement, une satire suppose de la part de l'auteur satirique qu'il ait une conception qui considère tout ce qui l'entoure comme aberrant, absurde et irrationnel; autrement dit, un monde illogique et insensé où la vérité se trouve violée, enfreinte, transgressée. Ne voulant pas adhérer à ce monde incohérent et au nom d'une vérité ou d'un bon sens qu'il estime partager avec une communauté de gens sensés et rationnels, l'auteur satirique décide de s'attaquer à cette absurdité en recourant à un procédé aussi bien désarmant qu'efficace : la moquerie et la dérision. En utilisant l'humour, le rire, l'ironie et en exagérant jusqu'à la démesure les tares et imperfections de ce monde, il tente de le dévaloriser, de le rabaisser, de le déconsidérer dans le but de rendre clair et visible son manque de véracité et d'authenticité.
Deuxièmement, l'auteur satirique dans sa dénonciation de ce qu'il estime faux utilise un humour qui frôle le mépris.
Troisièmement, il établit une sorte de distanciation et un détachement dans son "discours" satirique.
Enfin, l'auteur satirique a un objectif primordial celui de changer ce monde en l'améliorant, en le rendant meilleur et en corrigeant ses défauts.
Or, l'auteur du film semble au contraire apprécier ce qu'il voit et ce qu'il entend : il n'y a aucun mépris. Le rire est bon enfant. Il ne cherche pas à vouloir changer tout ce monde vu qu'à la fin le "héros", Nizar, finit par revenir parmi les Marrakchis et racheter, avec leur complicité, son Riad. Il y revient car en retournant dans sa ville natale il a ressenti un vide, un manque, une nostalgie et une différence de comportement et de mentalité. Entre la froideur et l'indifférence de ses voisins tangérois et la complicité chaleureuse des Marrakchis, il préfère ces derniers. En outre, il paraît que la même histoire semble vouloir se répéter avec l'ami du "héros" du film.
Vous allez me dire : "Alors où est le problème?"
Le problème est dans le regard porté sur " Oulad Lbahja " ou plutôt sur la ville. C'est un regard qui semble venir d'un étranger. Un regard en quelque sorte folklorique, de carte postale, touristique. Certes, derrière ce regard il y a une bonne intention. Mais, ce regard manque un peu de profondeur. Les Marrakchis ne sont pas un bloc monolithique. Marrakech est une grande métropole où plusieurs couches sociales, plusieurs mentalités et plusieurs individualités aussi différentes les unes des autres se mélangent, se côtoient et se séparent.
Cela vaut pour Marrakech et également pour Tanger. Je ne crois pas que tous les Marrakchis ni tous les Tangérois soient tels que nous les voyons dans le film.
Cependant, ce film a le mérite d'aborder, de relancer une problématique : celle des Riads. Un certain nombre considérable de Riads dont la plupart pourraient être classés comme patrimoine national, a été vendu à des étrangers (à propos ces Riads ont été rénovés et restaurés par  des artisans marrakchis. C'est peut-être un point positif : la vente des Riads a fait renaître un certain nombre de métiers artisanaux). Une partie de l'histoire de la ville, pour des raisons économiques plus ou moins pertinentes, fut vendue, voire bradée. Le film propose également une solution dont la faisabilité reste à calculer : racheter les Riads vendus.
Pour conclure, disons que le film reste un bon divertissement, mais avec un certain nombre de réserves.

Par Abdelkhalek Sabah
Lundi 30 Août 2010

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