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Un amphi porte désormais le nom de l’auteur de “Soltane Tolba”

A Larache, l’Association Kanfaoui plaide pour la réhabilitation du théâtre




Un amphi porte désormais le nom de l’auteur de “Soltane Tolba”
Un retour aux sources. Abdessamad Kanfaoui, le géant du théâtre populaire en terre marocaine, est enfin de retour à Larache, la ville qui l’a vu naître. C’est un combat militant et culturel qui a rendu possible le rapatriement de l’Association Abdessamad Kanfaoui à Larache et, surtout, sa résurrection. Il a fallu que des enfants de la ville se mobilisent, s’engagent et s’investissent dans cette mission de sauvegarde d’une mémoire culturelle meurtrie, dès qu’il s’agit de théâtre, pour que le patrimoine légué par Kanfaoui ne meurt pas à son tour.
Présidée par le chirurgien cancérologique Abdelilah Souadka, un Larachois qui n’a jamais cessé de l’être, l’Association Abdessamad Kanfaoui, nouvelle version, nouveau bureau, n’a pas encore un an mais des ambitions et des projets clairement affichés.
« Le pari de la culture sur fond d’une régionalisation agissante, solidaire et intelligente, c’est quelque part notre credo. Notre premier combat a été de faire revenir l’œuvre de Kanfaoui à Larache. Maintenant, notre défi est de faire rayonner cette mémoire du théâtre au niveau national, en partant de notre ville. Parce que si Kanfaoui était un Larachois et fier de l’être, son œuvre appartient à tous les Marocains », explique le président de cette association culturelle dédiée à A. Kanfaoui avant d’annoncer l’organisation d’un festival de théâtre et des arts populaires en juillet prochain.
Après avoir édité, il y a quelques mois à peine, cinq œuvres de Kanfaoui dont « Bouktaf », « Soltane Tolba » ou encore « Si Taki », l’association a organisé ce week-end à la Faculté polydisciplinaire de Larache une conférence sous le thème «Théâtre marocain, réalités et perspectives». Si la rencontre effectuée en collaboration avec la coalition marocaine des arts et de la culture a été d’abord une occasion de communiquer sur le retour du fils prodigue et sur une association qui a choisi la culture comme enjeu de développement, elle a été aussi et surtout une opportunité pour débattre de la situation du théâtre marocain. « Le théâtre est dans le coma. Il est en salle de réanimation. De temps en temps, on le met sous perfusion. Mais personne ne veut vraiment le sauver ! » s’est exclamé l’universitaire et homme de théâtre Redouane Hdadou avant de proposer la création d’un prix « Abdessamad Kanfaoui » pour récompenser une œuvre théâtrale.
Au Maroc, le théâtre se porte mal. Crise de l’imaginaire ou culte du rire gras, le malaise est immense, à la mesure de l’absence d’infrastructures à même d’accueillir œuvres et troupes. « Mais il n’y a pas que cela. Quel est l’interlocuteur des hommes et des femmes de théâtre ? Combien de troupes compte le Maroc ? Combien sont-ils à aller voir des pièces de théâtre ? Et que représentent vraiment les subventions en la matière ? ». Les questions de l’auteur Redouane Hdadou dérangent parce qu’elles mettent le doigt sur des plaies vives.
A Larache, ce samedi 16 avril, c’est toute la réhabilitation du théâtre qui était au cœur de cette toute première conférence organisée par l’Association Abdessamad Kanfaoui. L’universitaire et spécialiste du théâtre marocain, Mohamed Mahboub a dressé le bilan du théâtre marocain. Partisan du verre à moitié plein, il a plaidé pour une nouvelle approche de l’aide étatique au théâtre et une implication forte du secteur privé. « Le capital doit investir dans la culture. Il faut croire en l’entreprise culturelle », martèle ce professeur de l’université de Fès. Justice a-t-elle vraiment été rendue à Abdessamad Kanfaoui, l’homme de théâtre qui a donné toutes ses lettres de noblesse au dialecte marocain, devenu ici une quête identitaire ou presque ? Ce géant du théâtre populaire, proche des petites gens, ami de Samuel Beckett et Eugène Ionesco, les pères fondateurs du théâtre de l’absurde, Kanfaoui était aussi diplomate, homme politique, syndicaliste, passant du théâtre ouvrier au sérail alaouite. « Ce sont là toutes les contradictions de cet homme qui font sa force et son parcours inédit. Kanfaoui nous a quittés très tôt. Il avait à peine 50 ans. Et il nous a beaucoup laissé », constate le professeur et homme de théâtre Hassan Tribak, qui a longtemps côtoyé l’auteur de « Soltane Balima ».
Ce samedi 16 avril, la mémoire de l’enfant de Larache a été ressuscitée par les enfants de la ville. Et comme un événement peut en cacher un autre, un amphi de  la Faculté polydiscipinaire de la ville porte désormais le nom d’Abdessamad Kanfaoui. C’est toujours beau une ville qui rend hommage à l’un des siens.

Narjis Rerhaye
Mardi 19 Avril 2011

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