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USA : un second plan de relance ?

Les appels à l’augmentation des dépenses de relance s’intensifient




«Les appels à l’augmentation des dépenses de relance s’intensifient», titrait récemment la première page du Wall Street Journal. L’auteur Deborah Solomon affirme que «certains économistes font pression à la Maison-Blanche pour adopter un second plan de relance. » L'article ne mentionne toutefois que deux économistes, dont l'un des chefs d’un «groupe d’experts de gauche» (l'Economic Policy Institute) qui réclame constamment une hausse de la dépense publique. L'autre, un ancien conseiller de Bush, rêve de « quelque chose de relativement rapide et astucieux » comme des « réductions d'impôts individuelles. » Mais demander au Parlement de faire quelque chose de rapide et astucieux revient à demander à un poisson de voler.
Ironiquement, on pouvait lire dans un autre titre dans le même journal le même jour, «les dépenses publiques de l'Inde effraient les indices boursiers de Bombay». L'article enchaînait : «Les actions indiennes ont chuté de 5,8 % après l’annonce que le projet de budget du gouvernement augmenterait le déficit public du pays. »
Les investisseurs comprennent que l'augmentation des dépenses du gouvernement détourne des ressources précieuses du secteur privé, et finit par imposer des prélèvements toujours plus démoralisants sur le travail et les capitaux.
Une étude d’Alberto Alesina et de trois de ses collègues de Harvard sur 18 grandes économies est parue en 2002 dans l’American Economic Review. Selon cet article, «Fiscal Policy, Profits and Investment», le moyen le plus sûr de provoquer une relance économique peut être par le biais de coupures radicales dans les dépenses publiques – tout l’inverse du plan de relance aux vertus très contestables.
Par exemple, l’Irlande a réduit ses dépenses publiques de plus de 7 % du PIB de 1986 à 1989 — soit presque autant que les 8,4 % du PIB des États-Unis consacré à la sécurité sociale et Medicare.
L'économie irlandaise est subitement passée d’une croissance annuelle du PIB réel de 0,2 % au début des années 1980 à 7,2 % de 1989 à 2001. Avec un PIB doublant tous les dix ans, la dette publique est passée de 125 % du PIB à moins de 40 %. En revanche, le Japon a dépensé des milliards en plans de relance keynésiens après 1991, en doublant le ratio de la dette publique au PIB, et, étonnamment, persiste dans cette voie. La «décennie perdue» nipponne sera bientôt en réalité deux décennies de stagnation économique, sans signe d’amélioration en vue.
La réduction des dépenses publiques entraîna des taux d'imposition beaucoup plus faibles en Irlande, y compris des réductions substantielles de l’impôt sur le revenu, des prélèvements obligatoires et de la TVA, ainsi que le célèbre impôt sur les sociétés de 12,5 %.
En Inde, des restrictions budgétaires semblables, quoique temporaires, ont facilité la réduction du taux de l'impôt sur le revenu, qui passa de 60 % à 30 %, au début d’un autre « miracle économique ».
A l’inverse, en raison de l'énorme dette accumulée par des politiques de relance, le Japon s’est senti obligé d'ajouter de nouvelles taxes sur la consommation, le foncier, les valeurs mobilières et la plus-value.
L'étude d’Alesina reconnaît que la réduction des dépenses publiques a été propice à des régimes fiscaux encourageant la croissance, mais cette même étude a également révélé qu’une forte dépense publique est foncièrement mauvaise pour la croissance économique. Les auteurs ont noté qu’en attirant les travailleurs qualifiés vers le fonctionnariat, l’État évince la main-d'œuvre hors des entreprises privées.
Les employeurs du secteur privé sont alors obligés d’augmenter les salaires, souvent aux dépens de l'embauche. Stimuler artificiellement le coût de la main-d'œuvre provoque à son tour une chute des profits et des investissements. Ils ont également constaté qu'une réduction de 1 point de pourcentage dans les dépenses publiques rapportées au PIB conduit à une augmentation immédiate de l’investissement privé rapporté au PIB, qui s'élève à 0,8 point de pourcentage après cinq ans.
En d'autres termes, les dépenses publiques (qu’elles soient financées par des emprunts, des prélèvements ou la création monétaire) évincent les investissements privés sur un rapport de presque un à un.
Les auteurs (Alesina, Ardagana, Perotti et Schiantarelli) concluent que les politiques fiscales qui « ont conduit à une augmentation de la croissance se composent principalement de réduction des dépenses, particulièrement sur les salaires et les subventions publics, tandis que les politiques fiscales associés à un ralentissement de l'économie sont caractérisés par une augmentation des impôts. »
En réalité, le soi-disant plan de relance était en fait une augmentation d’impôts différés de $ 787 milliards de dollars plus les intérêts. Comme ce fut le cas avec la récente frénésie des dépenses publiques en Inde, et avec le fiasco du plan de relance perpétuel nippon, le marché boursier américain a réagi très mal à la dernière augmentation importante dans les dépenses publiques lors de son passage à la Chambre des représentants et au Sénat.
Le marché obligataire a lui aussi subi des reculs significatifs à la suite de l'incroyable ampleur de l'emprunt du Trésor. Peter Orszag, le directeur du budget du Président Obama, a cosigné une étude réalisée en 2003 avec Bill Gale, soutenant qu’une « hausse des déficits prévue de 1 % du PIB entrainerait une hausse des intérêts à payer sur la dette de 20 à 60 points de base » [NDLR ; soit une augmentation allant de 0,2 % à 0,6 %.] Orszag et Gale ont probablement eu tort à ce sujet. Mais le déficit budgétaire actuel est de cinq fois plus grand que le déficit de 2003 ; nous naviguons maintenant en eaux inconnues. A l’époque, Orszag, Robert Rubin et d’autres économistes avertissaient déjà que les déficits entraîneraient «un chaos budgétaire et financier. »
Avec des emprunts du Trésor à des niveaux forçant les agences de notation à prévoir un déclassement, il est manifestement irresponsable d'envisager d'accroître la dette du Trésor dans le cadre d’un nouveau plan de relance.
Que nous parlions de l'Inde, du Japon ou des États-Unis, il a été démontré à maintes reprises que ces dépenses publiques sont juste bonnes à faire chuter la valeur des actions et des obligations (le patrimoine privé). Appeler ce résultat une « relance » tient de l’égarement sémantique et du double discours : ce n’est pas simplement ridicule mais dangereux.

*Chercheur senior au Cato Institute et auteur de «Income and Wealth» (Greenwood Press, 2006)
Publié avec le concours
de www.unmondelibre.org

Par Alan Reynolds *
Mercredi 22 Juillet 2009

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