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Tunisie : une révolution arabe loin d’être terminée




Dans le concert ébouriffant des révoltes populaires arabes qui se multiplient, un nouvel épisode aurait pu passer inaperçu en raison des sanglants développements en Libye : le Premier ministre tunisien a démissionné dimanche après-midi, refusant d’assumer plus longtemps la période d’instabilité qui se prolonge dans son pays, qui a coûté la vie à cinq personnes samedi dans la répression de manifestations très violentes.
La première impression donne à penser que Mohamed Ghannouchi est ainsi à son tour la victime de la détermination de la jeunesse tunisienne, descendue massivement dans les rues de Tunis ces derniers jours. Qu’il paie la farouche volonté des citoyens, et d’abord des jeunes, qui n’entendent pas se faire subtiliser leur révolution par les forces encore vives, même si elles sont masquées, de l’ancien régime.
Mohamed Ghannouchi avait conduit le gouvernement tunisien de 1999 à 2011 et, s’il n’en avait pas acquis une vile réputation de corrompu comme tant de ses collègues et s’il s’était contenté de gérer avec compétence les affaires courantes que daignait lui confier Ben Ali, il n’en demeurait pas moins, sur le plan des symboles, une figure majeure d’un passé lugubre. «Un abcès de fixation a été éliminé», comme nous le dit un intellectuel tunisois soulagé par son départ.
Cependant, la méfiance s’impose. Car d’aucuns, en Tunisie, craignent que les foules tunisiennes ne soient manipulées. Par, justement, une catégorie de personnes qui aurait beaucoup à perdre si une véritable démocratie venait couronner la révolution tunisienne. La police politique du régime déchu reste influente et peut encore jouer un rôle néfaste pour protéger des privilèges indus par les moyens les plus retors, y compris une instabilité qui ferait regretter le passé.
Décidément, la révolution tunisienne, la première qui secoua le monde arabe, n’est pas terminée, loin de là. Il est d’ailleurs encore trop tôt pour deviner quels visages émergeront dans la Tunisie de demain. Ceux-là auront à gérer d’immenses défis. Avec le concours zélé, on le souhaite vivement, des dirigeants européens qui tirent pour le moment les leçons de leurs funestes alliances avec les despotes qui s’en vont.

Par Baudouin Loos - Editorialiste belge
Mardi 1 Mars 2011

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