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Tunisie : Les soubresauts de la révolution




Le gouvernement transitoire tunisien sort enfin de l'impasse. A l'issue d'une nouvelle longue journée de manifestations contre le premier cabinet de l'après- Ben Ali, le Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, s'est plié aux principales demandes de la rue en annonçant, dans la soirée, un nouveau cabinet dont les principaux caciques de l'ancien régime ont été écartés des postes clés (Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Finances). Hormis le chef du gouvernement, seuls deux ministres ex-RCD, des personnalités secondaires, demeurent, à la Planification et à l'Industrie.
Le gouvernement a été formé à la suite de «consultations avec tous les partis politiques et les composantes de la société civile qui ont accepté d'y participer», a déclaré le Premier ministre, avant d'égrener la liste des douze nouveaux ministres de son cabinet - des technocrates et des personnalités sans couleur politique - en direct à la télévision publique. «Sa mission sera d'organiser des élections pour que le peuple choisisse en toute liberté», a-t-il ajouté, en précisant qu'une «commission indépendante en garantira la transparence» et en appelant les Tunisiens «à retourner au travail». À peine son allocution était-elle terminée que des cris de joie se sont mis à résonner sous les fenêtres de son bureau, où campent des milliers de protestataires. «La révolution est sauvée ! Notre voix a enfin été entendue !» se réjouit Ahmed, un jeune chômeur de Kasserine, en grève de la faim depuis deux jours.
Cette annonce n'aurait pu être accueillie positivement sans le «feu vert» de l'UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens). À la suite d'une longue journée de discussions entre ses différents membres, la principale centrale syndicale, fer de lance de la contestation, avait préalablement fait part de sa décision de ne pas participer au prochain gouvernement, en acceptant, comme seule concession aux hommes de l'ancien régime, le maintien dans ses fonctions de Mohammed Ghannouchi. Les appels à la grève, qui avaient déteint, jeudi, sur la ville de Sidi Bouzid, ont également été suspendus.
La crise aura été évitée de justesse. Présenté le lundi 17 janvier -soit trois jours après le départ de Ben Ali-, le nouveau cabinet pâtissait, depuis sa création, d'un manque de confiance. Les uns en contestaient le déficit de communication sur les conditions de sa formation, préparée à huis clos et sans concertation préalable avec les divers acteurs politiques et sociaux. Les autres s'étonnaient du maintien, en son sein, d'anciennes personnalités du régime déchu. Très vite, la crise s'était renforcée avec la démission de trois ministres de l'UGTT, rapidement suivie par un quatrième membre du nouveau cabinet. Tandis que les manifestants s'emparaient de la rue, le Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, a pourtant tenté de sauver la face le 22 janvier en assurant à ses détracteurs qu'une fois la transition assurée, il se retirerait «définitivement» de la politique. Mais les promesses de ce technocrate, qui fit carrière dans l'ombre de Ben Ali, n'ont pas suffi à regagner la confiance des protestataires.
En parallèle, manifestations et mouvements de grève se sont enchaînés, de Tunis à Sidi Bouzid en passant par Sfax. Le slogan de départ - «RCD, dégage !» - a, ces derniers jours, fini par céder la place à des revendications plus précises. «Le gouvernement doit tomber !» hurlaient, jeudi, les manifestants. «Ils veulent s'assurer qu'on les intègre dans le projet national du nouveau gouvernement, car c'est de chez eux que la révolte est partie», observait, cette semaine, Mouldi Lahmar, professeur de sociologie politique à Tunis, en exprimant son inquiétude de voir «l'actuelle surenchère politique favoriser une instabilité rampante qui pousserait à un retour du RCD ou à une reprise en main par l'armée». Pourtant, jeudi soir, certaines voix s'élevaient encore pour en demander plus : le départ de Mohammed Ghannouchi lui-même.

D’après Le Figaro
Samedi 29 Janvier 2011

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