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Transferts en Turquie : Une ferveur sonnante et trébuchante




Accueillies par des bains de foule à l'aéroport, les nouvelles recrues du championnat turc -- Valbuena, Gomis, Pepe, etc -- mettent en avant cette effervescence. Mais ces choix de carrière reposent surtout sur les salaires pharaoniques promis.
La SüperLig, notamment les trois géants d'Istanbul, a frappé fort en attirant sur les bords du Bosphore Mathieu Valbuena (de Lyon à Fenerbahçe) et Bafétimbi Gomis (de Marseille à Galatasaray) ou encore Pepe (du Real Madrid à Besiktas). L'ex-Bordelais Jérémy Ménez, a quant à lui, choisi Antalyaspor sur la côte méditerranéenne.
Un autre international français, Gaël Clichy, en fin de contrat à Manchester City, s'est engagé avec le club stambouliote du Basaksehir, surprise de la saison dernière, deuxième derrière le double champion en titre Besiktas.
Galatasaray, club historique créé en 1905 par des anciens du Lycée français du même nom, a engagé un autre ex-pensionnaire de L1, l'international marocain Younès Belhanda. Ce dernier affrontera lors du bouillant derby contre Fenerbahçe son compatriote et ex-Monégasque Nabil Dirar.
Si les joueurs fraîchement recrutés invoquent volontiers l'engouement populaire dans un pays fou de foot, ils s'attardent peu généralement sur ce qui semble le principal attrait du championnat: de juteux contrats.
Les dirigeants regardent peu à la dépense, avec des salaires dépassant largement les revenus des clubs: un mode opératoire peu sain mais encouragé par un contexte mêlant rivalités locales, nationalisme exacerbé et show-business.
Vainqueur de l'Euro-2016 avec le Portugal, Pepe, 34 ans, percevra ainsi sur deux ans un salaire net, hors primes, de 9,5 millions d'euros à Besiktas, alors que Gomis émargera à 3,35 millions d'euros net par saison, tout comme Belhanda.
"Aujourd'hui les revenus générés par l'ensemble des clubs turcs sont de l'ordre d'environ un milliard d'euros soit 4 milliards de liras au cours actuel. Par contre leurs dépenses s'élèvent de 5,54 à 6 milliards de liras. Par conséquent il y a un écart très important entre les deux, de l'ordre de 50%", explique à l'AFP Tugrul Aksar, spécialiste en économie du football.
"En fait les clubs turcs dépensent dès aujourd'hui de l'argent qu'ils n'ont pas encore en prélevant une avance sur les revenus futurs. Pour cette raison les clubs turcs sont des clubs endettés", ajoute-t-il.
Selon M. Aksar, la SüperLig se classe en sixième position en termes de revenus en Europe "mais c'est un championnat qui dépense beaucoup plus que ce qu'il gagne et qui est endetté".
A partir de la saison prochaine, les clubs de SüperLig toucheront plus de 500 millions de dollars en droits de retransmission du championnat, détenus par le bouquet Digiturk, propriété de BeIn. Mais cette manne ne suffira pas à effacer leurs dettes, selon l'économiste.
Certains d'entre eux peuvent toutefois compter sur un coup de main du gouvernement. "De temps en temps, les dettes fiscales de certains grands clubs sont effacées. Mais à l'arrière plan, ce sont des intérêts politiques", explique M. Aksar.
La chasse aux grands noms s'explique aussi par la volonté de redorer l'image d'un championnat terni par le retentissant scandale de matches truqués en 2011. Depuis, le nombre de spectateurs dans les stades a considérablement baissé, avec l'année dernière une moyenne de près de 10.000 par rencontre...
"Pour attirer plus de supporters dans les stades, ils ont l'obligation de faire venir des joueurs connus de l'étranger. C'est une question de réputation et de show-business", affirme M. Aksar.
Daghan Irak, docteur en STAPS et sociologue à l'unité de recherche "Sport et Sciences Sociales" de l'Université de Strasbourg, souligne lui l'importance de la fibre nationaliste dans le foot turc et les recrutements onéreux qu'il opère.
"L'Etat sera toujours là pour soutenir les clubs turcs" notamment avec des exonérations ou des amnisties fiscales, confirme-t-il à l'AFP.
"En Turquie, les grands clubs sont destinés à survivre à n'importe quelle difficulté parce qu'ils sont là pour représenter la Turquie en Europe. Il faut savoir que +jouer contre les (clubs) étrangers+ est la raison d'être de ces clubs depuis leur émergence. Leur existence est fusionnée au nationalisme turc", affirme-t-il.
Outre la rémunération, les recrues sont ainsi attirées par la "visibilité" d'un championnat dont au moins un représentant participe à la Ligue des champions.
"Ils viennent ici pour l'argent mais sans disparaître des radars dans leur pays. Ils arrivent à maintenir un bon niveau", résume Serdar Dinçbayli, journaliste à Fanatik, le plus grand quotidien sportif turc. "Pour eux, la Turquie est la dernière étape avant de s'éteindre".

Libé
Mercredi 12 Juillet 2017

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