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Touria Aarab : On ne donne pas de chance à la femme marocaine au niveau national pour une présence dans les instances internationales




Touria Aarab en  compagnie du président de la Fédération  internationale de  volley-ball, Ary Grassa au congrès de 2013  au Rwanda.
Touria Aarab en compagnie du président de la Fédération internationale de volley-ball, Ary Grassa au congrès de 2013 au Rwanda.
Première femme marocaine à être membre de la Fédération internationale de volley-ball et du comité exécutif de la Confédération africaine de la discipline, Touria Aarab, fondatrice et présidente du WAC section volley-ball, s’est investie tout au long de sa carrière en vue d’un 
lendemain meilleur pour le sport féminin au Maroc.
Titulaire d’un master en management sportif dont la thèse a porté sur 
«La représentativité féminine dans les sports collectifs au Maroc», Touria Aarab, 
ex-internationale de volley-ball et de gymnastique, aborde dans l’entretien qui suit plusieurs sujets ayant trait au sport féminin. 


Libé : Pourriez-vous nous dresser l’état des lieux du sport féminin au Maroc ? 

Touria Aarab : Il est difficile de faire un état des lieux en se basant sur le  ouï-dire du fait qu’un jugement correct sur le sport féminin au Maroc devra se faire d’après des études et des enquêtes. Malheureusement, depuis l’indépendance, aucune étude n’a été faite et ce n’est qu’en 2008 que la Commission Femmes et Sport, présidée par Nawal El Moutawakil et relevant du CNOM (Comité national olympique marocain) avait fait une enquête sur « Femmes et sport au Maroc ». Ce fut un travail colossal et de longue haleine mené par plusieurs chercheurs en collaboration avec 45 Fédérations sportives. Il ressort de cette enquête deux aspects, le premier a concerné les statistiques et le second a touché la perception de la pratique du sport féminin au Maroc. Concernant le premier volet, il nous a permis d’avoir un canevas bien détaillé, une sorte de tableau de bord dévoilant toutes les fonctions au sein d’une Fédération. Il a été question de procéder à un recensement faisant la part des choses entre les femmes pratiquantes, championnes, responsables… Le sport scolaire n’a pas été lui aussi en reste. Après examen des données recueillies, les conclusions traduisaient une réalité peu reluisante puisqu’il a été constaté que la représentation féminine était faible aussi bien au niveau de la pratique que celui des sphères décisionnelles. Une petite précision s’impose, cette enquête date de 2008 et il faut l’actualiser pour avoir une idée juste sur ce qu’est devenu le sport féminin au Maroc 7 ans plus tard. Mais ce que l’on peut relever tout de même, c’est qu’il y a un recul au niveau du nombre des présidentes des Fédérations, car elles étaient trois à gérer des instances fédérales (Sport équestre, Bridge et Aerobics), désormais elles ne sont que deux à la tête des Fédérations de volley-ball et d’aérobics. Il faut aussi dire que la loi 30-09 a enregistré un recul. Avant les textes d’application, l’on parlait de deux femmes au sein des comités directeurs, actuellement la présence féminine ne peut être assurée que par une seule femme. Il y a lieu de signaler que d’aucuns ne trouvent aucune gêne à vouloir interpréter la loi 30-09 à leur guise, en avançant que la représentativité féminine peut être assurée par la gente masculine. Bref, il faut rehausser la loi 30-09 au niveau de la Constitution qui évoque la parité dans son article n°19.
Qu’en est-il du volet relatif à  la perception faite à la pratique du sport féminin au Maroc ?
Nous sommes, hélas, dans une société où l’on n’accorde pas encore la confiance qui se doit à la femme qui, selon certains, ne peut être pratiquante ou dirigeante. C’est une mentalité qu’il faut changer et en ce qui me concerne, le sport m’a beaucoup donné et je suis décidée à transmettre ce que j’avais appris durant des années aux générations futures, à savoir le patriotisme, l’esprit d’équipe, la persévérance, la patience et bien d’autres valeurs. Car en un mot, le sport, c’est l’école de la vie.

Quelles sont les mesures à prendre en vue de rectifier le tir ?

Pour remédier à la sous-représentativité, les choses sont bien claires. Il faut appliquer en premier lieu les recommandations de la Lettre Royale adressée aux Assises du sport tenues à Skhirat en octobre 2008 ; appliquer l’article 19 de la Constitution ; appliquer la loi 30-09 ; légiférer une loi disposant de la présence féminine au niveau des clubs et des Ligues ; appliquer les recommandations du Comité international olympique (CIO), procéder à la reconversion des championnes en arbitres, coaches, dirigeantes… La femme n’est qu’un maillon de la chaîne du sport national qui devrait se développer pour que les sportives suivent la cadence. Concernant la pratique, ce sont le ministère de la Jeunesse et des Sports et le CNOM qui sont interpellés en premier afin d’élaborer des stratégies visant le développement du sport féminin.  C’est simple, pour aller de l’avant, il faut avoir une vision et des objectifs à atteindre. Il faut surtout placer l’intérêt national avant l’intérêt personnel.

Y a-t-il lieu de faire une comparaison avec les pays de l’Afrique du Nord ?

Le Maroc a une belle histoire et les excellents résultats enregistrés par nos championnes depuis les années soixante le prouvent. Le Maroc a toujours été en avance comparativement avec les pays de l’Afrique du Nord. Nos championnes ont  été les premières à participer aux Olympiades de Munich en 1972, de même qu’elles étaient les premières à s’illustrer sur la scène internationale grâce à Naoual El Moutawakil aux JO de Los Angeles en 1984. Les Marocaines étaient à l’avant-garde lors des années 70 et 80, sauf que depuis cette date, le vide a pris le dessus. Du côté de la Tunisie, de l’Algérie ou encore de l’Egypte, il faut reconnaître que dans ces pays il y a une politique sportive féminine. La preuve est que dans leurs différents championnats, l’on trouve toutes les catégories engagées, de même qu’ils donnent une grande importance à la formation, c’est pour cette raison qu’ils disposent de clubs forts. Mais le tableau n’est pas si sombre que cela, puisqu’il y a un côté positif qu’il faut relever et qui concerne l’augmentation du nombre des sportives marocaines engagées aux échéances internationales qui ne cesse d’aller crescendo.

Que pourriez-vous dire sur la représentation féminine marocaine au sein des instances sportives régionale, continentale et internationale?

Sans aucun détour, on ne donne pas de chance à la femme marocaine au niveau national pour qu’elle puisse briguer des mandats au sein des Confédérations continentales ou les Fédérations internationales. Mêmes les femmes qui siègent dans les instances internationales, comme Nawal El Moutawakil ou moi-même ne sont pas membres au sein des instances marocaines.

Un mot sur le 8 Mars?

Il s’agit d’une importante occasion annuelle pour faire le bilan sur les réalisations de la femme marocaine, ses acquis et les perspectives d’avenir afin d’aller dans le bon sens. Une journée qui nous permet aussi de voir quelles sont nos forces et nos opportunités en vue de relever tous les défis.

Propos recueillis par Mohamed Bouarab
Vendredi 6 Mars 2015

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