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“Touche pas à mon enfant” crée une Coordination dans la capitale : En 2009, 1300 cas de pédophilie devant la Cour d’appel de Rabat




A Rabat, cette assistante sociale, l’une des toutes premières diplômées du pays, n’arrive toujours pas à surmonter la douleur. Ce sont les mêmes images qui la poursuivent, celles d’enfants maltraités, violentés, victimes d’agressions sexuelles. Et elles sont de plus en plus nombreuses ces images de la maltraitance de l’enfance. De plus en plus nombreuses et toujours aussi difficilement supportables. « Je n’oublierai jamais  cette petite fille, employée comme bonne dans une maison, qui est arrivée dans un sale état à l’hôpital des enfants. Elle avait subi les pires violences à la fois physiques et sexuelles. Avant, on devait se cacher derrière les bureaux pour parler de cela. D’ailleurs, la violence contre les enfants, personne n’y croyait vraiment. On passait pour des martiens quand on osait dénoncer les cas qui passaient devant nos yeux. La lutte contre toutes les formes de maltraitance et d’abus sexuels commis à l’encontre des enfants s’organise désormais. Mais le chemin est encore long, très long », soupire cette assistante sociale.
Briser le silence, casser le tabou et agir pour que cesse la violence physique et sexuelle contre les enfants,  Najat El Boukhari Anwar le sait : le combat ne fait que commencer et le rang des victimes ne fait que grossir. « En créant l’Association Touche pas à mon enfant en juillet 2004, je ne pensais pas que nous allions vivre toutes les choses terribles que nous vivons aujourd’hui. Il fallait s’organiser et mettre en place un cadre pour lutter contre les abus sexuels et autres formes de violence dont peuvent être victimes les enfants de ce pays. Et au fil des années, les affaires de pédophilie se sont multipliées. Une menace grave pèse sur nos enfants. Il y a longtemps que la sonnette d’alarme a été tirée par tous ceux et celles qui se battent pour mettre fin aux agressions sexuelles contre les mineurs », explique la présidente-fondatrice de « Touche pas à mon enfant ».
Agir vite et efficacement avant qu’il ne soit trop tard. C’est désormais la devise des activistes de cette ONG qui agit dans le cadre de la protection de l’enfance marocaine. Le danger est là, guettant des bambins arrachés à l’enfance.  A Marrakech, Agadir, un peu partout dans les grandes villes du pays, les enfants sont une proie, chassés par des touristes en vacances pour assouvir leurs pulsions. Il y a quelques jours à peine, une sale et triste affaire secouait la ville ocre. Un touriste accostait des gamins devant une école à Tahanaout. Après avoir abusé d’eux,  il les livrait à ses chiens. « Les enfants de ce pays, nos enfants, sont-ils à ce point une proie facile ? Ce que ces personnes ne peuvent commettre dans leurs pays parce qu’elles savent qu’elles y encourent des peines lourdes, elles viennent le faire, ici ! », s’indigne Najat Anwar.Le Maroc serait-il en train de devenir une destination de tourisme sexuel ? C’est en tout cas ce que craignent ceux et celles de l’association « Touche pas à mon enfant ». L’ONG a sonné le tocsin de la mobilisation depuis qu’un touriste allemand a été condamné à une simple amende de 2000 DH après avoir abusé sexuellement d’un enfant. La dénonciation s’est alors organisée et des sit-in ont  été tenus pour dénoncer une clémence qui bafoue les droits des enfants d’un pays, le Maroc, qui a pourtant adhéré à la convention internationale relative aux droits des enfants. En appel, ce touriste a été finalement condamné à 3 ans de prison ferme.

Une justice clémente avec les pédophiles
C’est justement cette insoutenable clémence des juges qui mobilise aujourd’hui « Touche pas à mon enfant ». Dans la majorité des cas de pédophilie qui passent devant les tribunaux marocains, la peine prononcée ne dépasse pas deux ans de prison ferme. « Avant de procéder à une réforme de la loi, commençons seulement par appliquer ce que prévoient les textes. Parce que les textes sont clairs en matière de crimes sexuels : la peine maximale encourue est de dix ans », soutient Said Kachoun, un avocat spécialiste dans les affaires de pédophilie.
Cet homme à la robe noire n’arrive toujours pas à s’accommoder des sentences rendues dans les dossiers de pédophilie avérée et prouvée. Récemment, témoigne-t-il, il plaidait dans une affaire où une petite fille de 5 ans à peine a été sauvagement abusée par l’ami de son grand-père, un retraité au-dessus de tout soupçon. Le tribunal l’a reconnu coupable et l’a condamné à … 2 ans de prison. « Les juges sont en train de lui dire qu’il peut récidiver en toute tranquillité. Et le message reçu par les pédophiles marocains, parce qu’ils sont encore plus nombreux que les étrangers qui viennent en vacances sexuelles chez nous, c’est qu’ils ne risquent finalement pas grand-chose ».

La difficile reconstruction d’un enfant abusé
Les chiffres de la pédophilie font peur. Devant la seule Cour d’appel de Rabat, 1300 dossiers ont été présentés en 2009. Des procédures qui n’ont pas été abandonnées en cours de route et des familles qui ont choisi de briser le silence et d’aller jusqu’au bout pour que justice soit rendue.
Pour que justice soit rendue, c’est un long et difficile parcours du combattant qui attend l’enfant victime d’abus sexuels et sa famille. Aucune action n’a été entreprise au niveau de l’accueil mais aussi de l’accueil de cet enfant, terrorisé, traumatisé et complètement détruit. Devant le juge, il est interrogé devant son bourreau. Souvent le magistrat hausse le ton. « Il faut savoir que dans 90% des cas, un enfant abusé ne ment pas quand il désigne celui qui l’a agressé sexuellement. Il est essentiel de mettre en place une stratégie d’accueil et d’audition de cet enfant qui est tout à la fois une victime mais aussi un enfant. Le traumatisme chez un gamin ou une gamine victimes d’attouchements est incommensurable. Il y a une énorme difficulté à reconstruire les enfants qui ont subi cela », soutient  M. Hamdaoui, un psychologue de la place qui n’en finit pas de plaider en faveur d’un véritable suivi psychologique d’enfants victimes de violences sexuelles.  Ce mercredi 24 mars, une mobilisation nouvelle a été décrétée à Rabat. En créant une coordination dans la capitale, l’Association « Touche pas à mon enfant » entend agir de manière concrète et efficace. Entre mise en place, systèmes d’alerte sur le web, lobbying pour l’adoption d’une loi encore plus sévère à l’encontre des crimes de pédophilie, organisation de campagne nationale de sensibilisation et réalisation d’études, des propositions concrètes ont été faites. Parce que les enfants le valent bien. 

Narjis Rerhaye
Samedi 4 Juin 2011

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