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Tirana étouffe sous la pollution




Portant sa fille malade dans les bras, Mira Lela se fraie un chemin dans les couloirs d'une clinique bondés de patients présentant des difficultés respiratoires en raison d'une grave pollution de l'air à Tirana, la capitale albanaise.
"C'est urgent, elle respire avec difficulté", s'exclame la jeune maman, prise de panique. "Une crise d'asthme aiguë", constate le médecin Bardhyl Vaqari.
"Le nombre de personnes souffrant d'allergies respiratoires et de problèmes cardiovasculaires est en nette augmentation", dit-il à l'AFP, en précisant que le nombre de patients dans sa clinique a doublé en quatre ans, pour atteindre les 8.000 par an.
Dehors, une ruche chaotique: des camions et autobus surchargés, moteurs ronronnants, aux côtés de Mercedes et BMW parfois luxueuses mais vieilles pour la plupart, laissent échapper des nuages noirs.
Coupée du reste du monde durant l'époque communiste, jusqu'en 1991, Tirana ne comptait que quelques centaines de voitures dans les années 1990. Aujourd'hui, plus de 190.000 voitures circulent au quotidien dans les rues de cette ville d'un million d'habitants dont le réseau de transport public est peu développé.
"Les Albanais vont même acheter leur pain en voiture. Cela explique notamment la densité du trafic tout au long de la journée et pourquoi l'air est de plus en plus pollué", commente Altin Duka, un commerçant de 65 ans, désespéré par cette situation.
A Tirana, les voitures particulières roulent en moyenne depuis 16 ans, deux fois plus que la moyenne de l'Union européenne, relève Gani Cupi, un responsable du Service national d'assistance routière. Et nombre de ces voitures ne sont pas conformes aux normes techniques de l'UE, à laquelle l'Albanie souhaite adhérer.
"La densité du trafic, l'âge des voitures, leur état technique, mais aussi la qualité du carburant sont autant de facteurs qui contribuent à la pollution", ajoute M. Cupi.
Les autorités ont envisagé, via la taxation, de dissuader les consommateurs d'acheter ou de conserver des véhicules très polluants.
 L'idée d'un doublement de l'imposition sur les vieilles voitures a ainsi été un temps caressée, avant d'être abandonnée, des analystes ayant mis en garde contre le risque d'accroître la pression économique déjà forte que subit déjà une majorité de la population, dans l'un des pays les plus pauvres d'Europe.
Sous la pression de l'UE, les autorités albanaises ont même été contraintes de supprimer en 2012 les frais de douane qui prévalaient lors de l'importation de voitures d'occasion. Les voitures neuves ne sont, elles, pas imposées pendant trois ans.
De son côté, le maire de Tirana, Erion Veliaj, s'est engagé depuis quelques années à lutter contre la pollution par l'élargissement des espaces verts, l'introduction d'autobus à propulsion électrique et l'amélioration des infrastructures routières dans une ville truffée de constructions illégales en béton qui ont entravé la circulation naturelle de l'air.
Il assure que 500 personnes meurent chaque année à Tirana en raison de problèmes respiratoires ou cardiovasculaires causés par la pollution, alors que le nombre de voitures ne cesse d'augmenter.
Selon un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement, le niveau des particules en suspension (PM10 et PM2,5) a néanmoins baissé à Tirana entre 2011 et 2013.
Mais il en faudra plus pour rassurer. "Tirana est une des villes les plus polluées en Europe", admet Julian Beqiri, directeur de l'Agence nationale pour l'environnement.
Pris seuls, les niveaux de PM10 sont même à la hausse ces dernières années dans les zones à fort trafic, dit à l'AFP Laureta Dibra, une responsable du ministère de l'Environnement.
Pour sensibiliser la population à la question des particules toxiques, les autorités municipales ont organisé à deux reprises en 2015 une journée sans voitures. La pollution a été à ces occasions quatre fois moins importante que d'habitude, affirment-elles.
Elles font aujourd'hui la promotion... du déplacement à vélo. Depuis avril 2011, un système de vélos en libre-service, appelé "Ecovoli", a été mis en place au prix de 50 centimes d'euros l'heure d'utilisation. Mais les résultats sont pour l'instant modestes.
En attendant que des solutions soient éventuellement trouvées, nombre d'habitants souffrent, fatalistes.
"Chaque soir, je rentre chez moi avec la gorge complètement sèche et un goût amer dans la bouche", témoigne Beqir Veseli, un agent de circulation qui passe huit heures par jour sur un rond point dans le centre-ville. "J'ai des troubles respiratoires, mais qu'est-ce que je peux faire? Demain, je dois retourner au travail".

Jeudi 21 Janvier 2016

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